Radicalisation: Le gouvernement entrouvre 11.000 fichiers à des chercheurs

PROFILS Seuls des chercheurs de l’Institut national des hautes études de sécurité et de justice (Inhesj) bénéficieront d’un accès aux fiches, qui seront anonymisées

20 Minutes avec AFP

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Le quartier d'évaluation de la radicalisation dans la prison de Vendin-le-Vieil.
Le quartier d'évaluation de la radicalisation dans la prison de Vendin-le-Vieil. — P.Huguen / AFP

Dans l’espoir de comprendre et de prévenir les dérives djihadistes le gouvernement va entrouvrir à des chercheurs, pour la première fois, le Fichier des signalements pour la prévention et la radicalisation à caractère terroriste (FSPRT), créé en mars 2015 après les attentats de Charlie Hebdo et de l’HyperCacher.

Le gouvernement a expliqué vouloir « mieux comprendre » la radicalisation islamiste. « Non pas pour excuser mais pour mieux détecter, mieux prévenir, tout simplement pour mieux protéger », avait déclaré le Premier ministre, Edouard Philippe, lors de la présentation du projet. Certains chercheurs pourront donc éplucher quelque 11.000 « profils actifs » de ce fichier.

« Une base de travail énorme »

Le FSPRT recense un peu plus de 20.000 personnes « engagées dans un processus de radicalisation » et « susceptibles de vouloir se rendre à l’étranger sur un théâtre d’opérations de groupements terroristes ou de vouloir prendre part à des activités à caractère terroriste ». « Il s’agit d’une base de travail énorme », explique, sous couvert d’anonymat, un spécialiste de ces questions, soulignant les limites des ressources actuelles pour comprendre les ressorts complexes de la radicalisation.

« Les sources judiciaires sont compliquées d’accès et il s’agit uniquement d’affaires terminées », poursuit ce spécialiste. Quant aux entretiens en prison, « cela aboutit à un travail très qualitatif, qui est utile, mais il y a très peu de travaux quantitatifs d’ampleur », souligne-t-il. « L’ouverture du fichier permettra ce travail ».

Le gouvernement veut déterminer la « porosité » entre délinquance et radicalisation

Pour limiter les risques, seuls des chercheurs de l’Institut national des hautes études de sécurité et de justice (Inhesj), établissement sous autorité du Premier ministre, bénéficieront d’un accès au fichier, par ailleurs limité. Ils ne pourront ainsi pas consulter toutes les données, les fiches devant être anonymisées, et on ignore le pourcentage de données qui leur seront accessibles.

Le gouvernement dit vouloir mieux comprendre la « porosité » entre délinquance et radicalisation. Une vision pourtant de plus en plus mise à mal par la recherche. « Les actes les plus sérieux sont perpétrés par ceux que l’on attendait le moins :  jeunes issus de familles stables, pour la plupart inconnus des services sociaux, plutôt bons élèves et avec des parents actifs », souligne un rapport des sociologues Laurent Bonelli et Fabien Carrié remis au ministère de la Justice.

« On ne peut pas parler d’un profil déterminé »

Un autre rapport, rédigé pour la Mission de recherche droit et justice, souligne que « contrairement à une idée répandue, le passage par la délinquance n’est nullement un palier obligé » de la radicalisation. « Il y a probablement quelques petites régularités dans le profil de ceux qui sont le plus susceptibles d’entrer dans la violence, mais on ne peut pas parler d’un profil déterminé », prévient Thomas Lindemann, professeur de sciences politiques à l’université Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines.

Dès 2016, la Miviludes écrivait que « la diversité des personnes signalées ne permet pas de dégager un ou des profils types ». « Si l’on regarde, ce sont des jeunes, de 18 à 31 ans, plutôt issus de quartiers un peu paumés, avec une certaine disponibilité biographique – sans engagement professionnel ou amoureux par exemple », mais cela ne suffit pas à en faire des menaces, précise Thomas Lindemann.