VIDEO. Entraînement au tir, pompes, conditions de vie rudimentaires... Comment les réservistes de l'armée sont formés?

REPORTAGE «20 Minutes» a pu suivre une journée de la formation dispensée aux réservistes, les civils qui souhaitent s’engager pour donner ponctuellement un coup de main à l’armée

Caroline Girardon

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28 réservistes s'entraînent dans l'Ardèche à la Ferme du Juventin.
28 réservistes s'entraînent dans l'Ardèche à la Ferme du Juventin. — C. Girardon / 20 Minutes
  • « 20 Minutes » s’est rendu à la Ferme du Juventin où sont formés actuellement 28 réservistes.
  • Ces civils se sont engagés pour servir l’armée de façon ponctuelle et aider les « actifs ».
  • Ils devront ensuite 10 jours de mission par an à l’armée.

De notre envoyée spéciale en Ardèche

7h30 : le soleil, fraîchement levé, peine encore à tiédir les collines alentour. La journée s’annonce pourtant estivale. La « Ferme du Juventin », ancienne bâtisse nichée au cœur des forêts de la petite commune du Toulaud, en Ardèche, s’est éveillée depuis longtemps. Dans la cour, on s’active en silence. Rien ne vient encore perturber le calme ambiant.

La « Ferme » est un camp d’entraînement militairedes Spahis de Valence. C’est là que 28 réservistes, en formation pour les vacances de Pâques, vont faire leurs premières armes. Dans les rangs, des étudiants, une mère de famille, un avocat, un maréchal-ferrant, un charpentier. Tous affichent la même volonté : s’engager pour « servir à quelque chose », « aider la nation ». « J’aimerais un monde meilleur pour mes enfants », confie Mélanie, 36 ans, policière municipale, qui avait « envie de voir autre chose » et de vivre une forme d’engagement différente.

Souder les unités

Le petit groupe est arrivé la veille. Ils resteront dix jours sur place pour un entraînement intensif. « Le but est de pouvoir tous les amener jusqu’au bout », sourit le maréchal des logis Pierre-Antoine, chargé d'« évaluer la capacité de chaque futur soldat à remplir sa mission ». Au fur et à mesure, les épreuves vont s’intensifier. « On va monter crescendo en termes d’efforts mais aussi de complicité. L’un des objectifs est de créer de l’entraide, de souder les unités. On ne laisse passe pas un camarade dans la difficulté », prévient le lieutenant Charles, 28 ans, doctorant en économie dans le civil.

La première journée sur place débute par une séance d’exercices physiques en milieu naturel. « Le statut de militaire exige d’être apte à servir par tout type de temps et en tout lieu. La condition physique ne doit pas être un frein », argumente le lieutenant-colonel Erwan, chef du BOI, Bureau Opérations Instruction de Valence.

Les réservistes sont formés durant 15 jours avant de pouvoir intégrés un régiment.
Les réservistes sont formés durant 15 jours avant de pouvoir intégrés un régiment. - C. Girardon / 20 Minutes

Pompes, gainage, jeux de saute-mouton, course sur les chemins escarpés, roulades, pas de temps mort. Les minutes défilent. La sueur coule sur les visages, marqués par l’effort. La terre vient tacher les joues, déjà rougies par la chaleur. Les premiers commencent à vaciller mais tiennent bon. Pas question de flancher. Les autres les encouragent à ne pas lâcher, prêts à leur tendre la main dans les derniers efforts. Malgré la difficulté, les sourires sont de mise. « J’ai toujours été intéressé par les questions militaires. J’ai deux oncles, l’un commando, l’autre légionnaire, qui m’ont donné l’envie de m’engager aussi », révèle Côme, 20 ans, étudiant à Science Po Paris, ajoutant trouver le début de la formation « conforme à ses attentes ».

Des conditions rustiques

Il est l’heure de la douche mais ici, il n’y a pas d’eau courante. Paquet de lingettes sous le bras, en short et claquette, chacun s’avance pour prendre sa ration à la bouteille. Les plus pudiques iront se nettoyer derrière les buissons ou dans une pièce réservée. Les autres s’exécuteront rapidement dans la cour de la ferme. « C’est la vie à la campagne à l’ancienne », sourit le lieutenant Charles, qui encadre les nouvelles recrues. Et d’ajouter : « C’est pareil concernant la nourriture. Ils reçoivent une ration pour 24 heures (l’équivalent de 3600 calories). Ils doivent se débrouiller pour réchauffer leur plat. Les conditions sont rustiques mais c’est volontaire. Lorsqu’ils seront sur le terrain, ils seront privés de tout confort ».

Pas d'eau courante, ni de cuisine, des chambres spartiates...durant leur formation, les réservistes apprennent à vivre dans un environnement rustique.
Pas d'eau courante, ni de cuisine, des chambres spartiates...durant leur formation, les réservistes apprennent à vivre dans un environnement rustique. - C. Girardon / 20 Minutes

« La rusticité n’est pas innée. Il faut savoir se faire violence. La privation de sommeil, le fait d’avancer sous la pluie ou les repas improvisés font partie du quotidien d’un soldat. En mission, ils portent 40 kilos sur le dos pendant 24 heures. Rester serein dans ces conditions n’est pas quelque chose de naturel. C’est pour cela qu’on les forme dans ces conditions », complète le lieutenant-colonel Erwan.

Certains pourraient un jour être appelés pour des missions à l’étranger. D’autres sont susceptibles de venir garnir les rangs de Sentinelle d’ici à quelques mois. « Les réservistes sont des personnes amenées à être appelées pour tout. Mais nous devons faire des compromis avec les universités dans laquelle ils étudient ou les entreprises dans lesquelles ils travaillent », précise le maréchal des logis Pierre-Antoine.

Les réservistes apprennent également à manier le Famas durant leur formation.
Les réservistes apprennent également à manier le Famas durant leur formation. - C. Girardon / 20 Minutes

« La réserve a toujours existé mais elle s’est épaissie à la suspension du service national. Mais également depuis les attentats de 2015. Aujourd’hui, on ne peut plus fonctionner sans les réservistes. On a besoin d’eux pour mener bon nombre de missions », développe le lieutenant-colonel Erwan.

La formation dispensée est la même que celle dispensée aux « actifs » « bien que plus édulcorée ». Si les engagés ont trois mois pour apprendre les rudiments de la vie de soldats, les réservistes débutent par une session de 15 jours. « A l’issue, ils doivent savoir se déplacer, se porter et utiliser leurs armes. Ils sauront la tenir, la charger, tirer sur des cibles à 50, 100 et 200 mètres et se positionner », détaille le lieutenant-colonel Erwan. 

10 jours de mission par an

Dehors, des petits groupes ont commencé à se constituer. Premiers contacts avec le Famas. L’arme n’est pas chargée. Il faut déjà commencer par apprendre à la porter sans qu’elle ne soit trop gênante. « La formation est ambitieuse, mais nous faisons le choix de ne pas précipiter les choses », ajoute le lieutenant Erwan. Les réservistes reviendront régulièrement en stage pour se perfectionner et ne pas perdre les réflexes déjà appris.

« Dans 15 jours, ils seront capables d’être employés par un régiment dans le cadre de missions courtes. Les Sentinelles, ça ne sera pas pour tout de suite. Ce serait d’ailleurs les mettre en difficulté mais dans quelques mois, c’est envisageable », complète-t-il. Aujourd’hui, la durée moyenne des missions effectuées par les réservistes est de 15 jours par an. « Ils doivent au régiment un minimum de 10 jours par an. Mais tous ne peuvent pas le faire. Certains sont à l’étranger pour leurs études par exemple ou d’autres ne peuvent se libérer de leur entreprise. Dans ces cas-là, ils sont mis en sommeil avant d’être rappelés plus tard », conclut-il.