Marseille: « On a peur qu'un de nos enfants prenne une balle perdue», confient des mamans de la cité du Racati

SECURITE Quatre jeunes sont morts ces derniers mois à la cité du Racati, près de l’école du quartier, dont deux dans des règlements de compte

Mathilde Ceilles

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Des mamans d'élèves ont manifesté devant l'école de la cité du Racati
Des mamans d'élèves ont manifesté devant l'école de la cité du Racati — Mathilde Ceilles / 20 Minutes
  • Quatre jeunes sont morts en un peu plus d’un an à la cité du Racati, près de l’école du quartier.
  • Des mères d’élèves ont manifesté ce mardi pour réclamer plus de sécurité.

« La loi s’arrête à ce feu rouge de toute façon. Le troisième arrondissement de Marseille, il ne fait pas partie de la ville. » Amina Abelque pointe du doigt l’entrée de la cité du Racati​. Cette mère de quatre enfants vit depuis des années dans ce quartier populaire situé près de la gare Saint-Charles, en plein centre-ville de Marseille.

Le 12 avril, à deux pas de l’école fréquentée par ses enfants, un jeune homme de 19 ans a été tué par balles dans un règlement de compte. En août, un autre jeune est mort entre ces barres d’immeubles grisâtres, dans un autre règlement de compte, huit jours après le passage à tabac d’un troisième. Sans oublier cet adolescent tué d’un coup de couteau, en janvier 2018, toujours dans le quartier.

Alors, en guise d’appel au secours, ce mardi, jour de rentrée scolaire, une quarantaine de mères d’élèves se sont rassemblées au bout de l’impasse qui dessert la cité, devant l’école maternelle et élémentaire. Une manifestation à l’appel des « Minots de Saint-Charles », l’association de parents d’élèves, « une des seules associations du quartier », selon sa secrétaire Hinda Bennour.

« Peur d’une balle perdue »

« Les gens ont peur, les enfants ont peur, affirme-t-elle. Rendez-vous compte, juste derrière l’école, le trafic a installé un vrai drive ! Avec la queue et tout ! Et quand on part en sortie scolaire, les enfants doivent passer au milieu d’eux ! »

« Le réseau cache et se cache dans l’école, il y a régulièrement des intrusions », affirme Anissa Ben Garbia, la présidente de l’association de parents d’élèves. « On a peur qu’à force, un jour, un enfant qui passe par là prenne une balle perdue », renchérit Amina Abelque. « Heureusement, les derniers coups de feu ont été tirés pendant les vacances scolaires », lance une maman à ses côtés. Une des balles tirées s’est même logée dans la loggia de cette mère de famille. « C’est flippant », confie celle qui demande à ce que les journalistes la nomment Sarah, par peur des représailles.

« Un sentiment d’abandon »

Rapidement, les accusations d’immobilisme pleuvent. « Il y a un vrai sentiment d’abandon : nos premiers courriers au préfet datent de 2014 », explique Hinda Bennour. Les mères d’élèves demandent une présence policière renforcée, des médiateurs, et le relèvement de la clôture qui entoure les écoles. « Moi, j’ai des reproches envers la police, s’agace Amina Albeque. Il faut qu’ils soient vraiment présents, qu’ils mènent des opérations coups de poing. »

Le 12 avril, la tension était montée bien avant le règlement de compte survenu à 22 h 30. Les premiers coups de feu ont retenti dans l’après-midi. Au même moment, le Premier ministre Edouard Philippe, se trouvait à quelques centaines de mètres, après avoir visité une cité des quartiers nord. Puis d’autres tirs, vers 17 heures, alors que les enfants sortaient du centre aéré. « Le Racati est à nous, on revient ce soir », auraient crié les jeunes en tirant dans la cité, selon plusieurs manifestantes. Cinq heures plus tard, un jeune garçon était mort au pied d’un immeuble.

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