Acte 23 des «gilets jaunes»: «Les ultra jaunes sont minoritaires, c'est du storytelling politique»

INTERVIEW En amont de l'acte 23 des «gilets jaunes», la police dit craindre que des manifestants radicalisés, baptisés «ultra jaunes», ne se livrent à des actions violentes dans la capitale

Propos recueillis par Laure Cometti

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Des — GEAI LAURENCE/SIPA

A la veille de « l’acte 23 » des « gilets jaunes », la police estime que cette nouvelle journée de mobilisation devrait à nouveau être marquée par les violences. Certains « gilets jaunes » ont baptisé ce samedi 20 avril « ultimatum 2 », en référence au premier « ultimatum », organisé le 16 mars dernier. Des scènes de saccages et de pillages s’étaient produites sur les Champs-Elysées, tandis que 10.000 personnes défilaient dans les rues de la capitale, selon les autorités.

« Les casseurs seront à nouveau au rendez-vous », a prévenu le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner, citant les villes de « Toulouse, Montpellier, Bordeaux et en particulier Paris ». La police a un nouveau mot pour qualifier ces casseurs : les « ultra jaunes ». Une note du préfet de police de Paris, dévoilée par Le Point, explique qu'« un bloc radical de 1.500 à 2.000 personnes, composé d’ultra-jaunes et de membres de la mouvance contestataire, devrait chercher à faire dégénérer les rassemblements organisés dans la capitale ». Mais qui sont ces « ultra jaunes » ? 20 Minutes a interrogé Olivier Cahn, professeur de droit pénal à l’université de Tours et spécialiste du maintien de l’ordre.

La police parle désormais d'« ultra jaunes », à quelle réalité cette expression fait-elle référence ?

Il est évident que dans un mouvement qui en est à sa 23e semaine de mobilisation, il ne reste que les plus motivés. Parmi eux, un certain nombre a un rapport pas totalement hostile à la violence, se sont radicalisés. Mais la communication de la place Beauvau verse dans le storytelling, car elle essaie d’assimiler les violences des « gilets jaunes » à celles des activistes d’ultra gauche et d’ultra droite. Au début du mouvement, le ministère de l’Intérieur les qualifiait de « casseurs ». Là il opère un déplacement sémantique en parlant d'« ultra jaunes ». Si demain, des incidents sporadiques éclatent, le ministère pourra dire qu’il y a une convergence entre les ultras et les « gilets jaunes », toujours dans le but de jouer l’opinion publique contre les manifestants.

Sans parler d'« ultra jaunes », une minorité de personnes s’adonne à des actions violentes pendant les manifestations de « gilets jaunes ». Forment-elles un groupe homogène ou hétérogène, composés de militants d’extrême gauche et d’extrême droite, ainsi que de « gilets jaunes » plus radicaux ?

C’est plutôt hétérogène. La mouvance d’ultra gauche, anarcho-autonome, est présente. Ils ne se font que très rarement interpeller. Ensuite, les personnes arrêtées que l’on voit en comparution immédiate ont plutôt le profil de simples « gilets jaunes », pas radicalisés ni très politisés. Il y a des effets d’opportunisme dans les manifestations : parmi la foule, si à un moment cela dégénère, certains individus excédés s’en mêlent, sans être des ultras.

Il y a peut-être quelques « ultra jaunes », mais ils sont extrêmement peu nombreux. Être ultra, cela exige une radicalisation politique très structurée qui ne me semble pas correspondre au profil type du « gilet jaune ». Par exemple, le profil d’un Maxime Nicolle peut être qualifié d'« ultra jaune ».

Les militants d’ultragauche ont-ils infiltré le mouvement ?

On ne peut pas exclure qu’il y ait eu des contacts entre « gilets jaunes » et ultra gauche, c’est très probable. De là à considérer que l’ultragauche entraîne et structure l’ensemble des « gilets jaunes »… L’ultragauche utilise la technique du coucou : pour pouvoir faire une action de type black bloc, il faut des éléments de contexte, c’est-à-dire une manifestation légale organisée.

Pour cet acte 23, la stratégie de l’ultragauche était d’attendre les réactions des « gilets jaunes » aux annonces de Macron, espérant une remobilisation qui aurait permis de refaire des actions. Mais l’incendie de Notre-Dame de Paris a perturbé ce calendrier, et il me semble impossible de prédire ce qui se passera demain car s’il n’y a pas assez de manifestants dans les rues, l’ultragauche ne pourra pas mener d’actions.