Incendie à Notre-Dame de Paris: Comment l'aumônier des pompiers de Paris a sauvé les trésors de la cathédrale

RECIT A la fois prêtre et militaire, le père Jean-Marc Fournier, 53 ans, n’a pas hésité à risquer sa vie pour sauver des flammes qui consumaient la cathédrale les œuvres et objets précieux qu’elle renfermait

Thibaut Chevillard

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Le père Fournier est l'aumônier de la brigade des sapeurs-pompiers de Paris depuis 2011
Le père Fournier est l'aumônier de la brigade des sapeurs-pompiers de Paris depuis 2011 — Thibaut Chevillard
  • La cathédrale Notre-Dame a été en partie ravagée par les flammes dans la nuit de lundi à mardi.
  • Plus de 400 pompiers ont été mobilisés une partie de la nuit pour éteindre l’incendie.
  • Parmi eux, le père Jean-Marc Fournier, l’aumônier de la BSPP, s’est démené pour sauver les œuvres qui se trouvaient dans l’édifice.

Dans les couloirs de la caserne Poissy (5e arrondissement), les journalistes font la queue pour lui parler. D’autres attendent depuis plusieurs heures dans la rue. CNN, le New-York Times, ZDF… Les médias du monde entier sont présents. Celui que tout le monde veut voir, c’est le père Jean-Marc Fournier. Aumônier des sapeurs-pompiers parisiens depuis 2011, il a pris le temps, ce mercredi, de raconter à la presse avec force et détails comment il est parvenu avec d’autres hommes du feu à extirper de l’incendie qui ravageait la cathédrale Notre-Dame des œuvres d’art qui s’y trouvaient depuis des centaines d’années.

Ce soir-là, cet homme de 53 ans, à la fois prêtre et soldat, se rend en voiture à l’école militaire pour dîner avec l’évêque aux armées françaises et d’autres aumôniers. Quand soudain, il aperçoit dans le ciel de Paris « un panache important de fumée noire ». Il pense tout de suite qu’il serait « opportun de rallumer » ses téléphones portables. Effectivement, le centre opérationnel des pompiers avait tenté de le joindre pour lui apprendre que le célèbre monument parisien était en feu. Immédiatement, il fait demi-tour et prend la direction de l’île de la Cité.

« Eviter de sortir des choses sans intérêt »

Le père Fournier se fixe deux objectifs : d’abord, « sauver la couronne d’épines et les reliques de la passion », puis « sauver Jésus » en récupérant le Saint-Sacrement, c’est-à-dire les hosties consacrées. Très vite, il se rend compte de la difficulté d’accéder à la couronne d’épines que Jésus aurait porté avant d’être crucifié, un trésor précieusement conservé à Notre-Dame depuis 1806. Il faut un code pour ouvrir un coffre se trouvant sous le reliquaire. Et les pompiers ne l’ont pas. Avec un colonel de la BSPP, ils cherchent « désespérément » la personne qui le détient. « Ça nous a pris un certain temps », souffle-t-il.

Pendant ce temps, une autre équipe de soldats du feu parvient à trouver un intendant en possession du précieux code et met la couronne d’épines en lieu sûr. « Ils nous ont devancés sur cette affaire-là », sourit le père Fournier. Mais il reste encore de nombreuses œuvres d’art à sauver. Avec un représentant du ministère de la Culture et un intendant de la cathédrale, il en dresse la liste. Tout en haut, « une vierge à l’enfant qui est dans la deuxième chapelle en rentrant à droite ». Il faut agir vite. Dans la cathédrale, tombe « une pluie irisée de plomb fondu ». « On voyait clairement l’endroit où la flèche était tombée », se souvient-il.

Cette première œuvre récupérée, il décide de « structurer » l’intervention. L’adjudant-chef Millet qui l’accompagne « constitue une petite équipe » que le père Fournier conseillera afin « d’éviter de sortir des choses qui n’avaient aucun intérêt ». Méthodiquement, ils inspectent les moindres recoins du monument, déterminent quelles sont les œuvres à sauver prioritairement. « Les pièces de trop grande dimension, trop lourdes ou inaccessibles » n’en font pas partie. Plus tard, la situation devenant trop dangereuse, leur mission est interrompue. « On a fini notre périple avec un tableau représentant les martyrs de Corée, et un très grand du 16e ou 17e. C’est la plus grande pièce qu’on a sortie. »

« J’ai invité Jésus à s’occuper de sa propre maison »

Les tableaux sont désormais en lieu sûr, « entreposés dans l’espace de vie des ouvriers, sous la garde des fonctionnaires de police ». Mais le père Fournier n’a pas oublié qu’il s’était fixé une autre mission : sortir de Notre-Dame les hosties consacrées, représentant pour les catholiques le corps de Jésus-Christ. Ils se trouvent dans deux endroits, dont l’un est désormais inaccessible. Il retourne à l’intérieur et réussit à récupérer les autres qui étaient « dans un tabernacle dans la chapelle Saint-Georges ». Seul dans la cathédrale, entouré par des « vapeurs d’eau, les pluies orangées et rouges qui tombaient », il va alors faire « un grand signe de croix ».

« J’ai invité Jésus à s’occuper de sa propre maison s’il ne voulait pas se retrouver sur le bord du canal Saint-Martin avec une tente 3 secondes pour finir la nuit », plaisante-t-il. Au même moment, la tour nord, menacée par les flammes, risque de s’effondrer et d’emporter sa sœur jumelle. L’action des sapeurs-pompiers, insiste-t-il, a permis d’éviter la catastrophe. « Je veux y voir aussi l’action du Christ qui est intervenu pour dire que la plaisanterie avait assez duré et qu’il fallait préserver les deux tours ». L’interview touche à sa fin. Mais le père Fournier n’en a pas encore terminé avec les médias. A l’extérieur de la caserne, une centaine de journalistes attendent encore de rencontrer celui qui a sauvé les trésors de Notre-Dame.