Michelle Obama, figure de «l’empowerment», acclamée comme une star lors de sa conférence à Paris

REPORTAGE En tournée mondiale pour la promotion de son livre « Devenir », l’ex-First Lady donnait une conférence ce mardi à Paris

Anissa Boumediene

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Sur la scène de l'AccorHotels Arena, Michelle Obama est venue faire la promotion de son livre
Sur la scène de l'AccorHotels Arena, Michelle Obama est venue faire la promotion de son livre — Jacques Witt/SIPA
  • Ce mardi soir, Michelle Obama était présente à l’AccorHotels Arena, à Paris.
  • En tournée mondiale pour la promotion de son best-seller Devenir, l’ex-First Lady raconte son parcours et ses engagements.
  • Elle se pose aussi en figure de « l’empowerment », et appelle les femmes à croire en elles et à conquérir la place qui leur revient.

Une salle comble. Plus de 20.000 spectateurs – surtout des spectatrices — attendent avec fébrilité que la star arrive. Ce n’est pas Beyoncé ni Rihanna que les fans sont venus voir. Non, à 20h30, celle que tout le monde acclame à son entrée sur scène, c’est Michelle Obama. L’ex-First Lady américaine, en tournée mondiale pour la promotion de son livre Devenir (éd. Fayard), donnait une conférence à guichets fermés ce mardi soir à l’AccorHotels Arena, à Paris, et 20 Minutes y était. Une sorte de gigantesque talk-show à l’américaine, pour parler de son best-seller déjà écoulé à plus de 10 millions d’exemplaires. Michelle Obama y a raconté sans fard et avec humour son parcours, son ascension, son couple, sa vie à la Maison Blanche et ses engagements. Mais a réservé ses tout premiers mots pour les Français touchés au cœur par l’incendie de la cathédrale Notre-Dame de Paris.

L’ascension d’une femme ordinaire au destin extraordinaire

Elle est à la tête de la première famille noire à être arrivée à la Maison Blanche. Elle a fait plusieurs fois le tour de la planète, a rencontré les plus puissants de ce monde, a le « 06 » de Beyoncé, qui a chanté pour l’investiture de son mari, et les ventes de ses mémoires lui rapportent des millions de dollars. Mais Michelle Obama tient à le rappeler : « Je suis une femme ordinaire qui a eu un parcours extraordinaire. Je viens d’une famille modeste de la classe moyenne afro-américaine. Notre famille n’avait rien de spécial, mais nous avions des valeurs, des ambitions et de l’amour ».

Un discours humble qui parle à Claire : « J’ai adoré son livre, j’y ai découvert la femme, son humilité et son parcours. Ce n’est pas l’histoire d’une femme en politique, c’est celle d’une femme lambda qui a eu un destin extraordinaire. On se sent proche d’elle parce qu’elle partage des choses que vivent toutes les femmes : la difficulté d’être une maman qui travaille, qui doit faire des choix professionnels pour sa famille », confie la jeune femme, enceinte de 8 mois et directrice du développement RH dans une grande entreprise.

Claire est venue assister à la conférence de Michelle Obama avec son mari Régis, et tous deux sont sensibles au discours de l'ex First Lady, qui encourage les femmes à conquérir la place qui leur appartient.
Claire est venue assister à la conférence de Michelle Obama avec son mari Régis, et tous deux sont sensibles au discours de l'ex First Lady, qui encourage les femmes à conquérir la place qui leur appartient. - A. Boumediene / 20 Minutes

Si elle forme, avec Barack Obama, l’un des couples les plus puissants et glamour de la planète, Michelle Obama n’a pas caché les problèmes que son couple a pu rencontrer, ni son combat pour devenir mère, rappelant au passage l’importance du partage et la force de la parole libre pour les femmes. « On ne parle jamais des problèmes de fertilité, des règles ni de la ménopause, déplore celle qui a eu du mal à tomber enceinte de ses deux filles, Malia et Sasha. J’aurais aimé savoir que les fausses couches sont fréquentes. On envoie nos filles dans cet abysse que peut parfois être le fait d’être une femme. Alors que ces choses-là arrivent tous les jours. Si personne n’en parle, on se sent très seule et « cassée » quand ça nous arrive. Alors que c’est aussi ça d’être une femme ». Des mots qui ont touché Dina droit au cœur. « Les règles, les troubles de la fertilité, avant c’était des sujets tabous. Aujourd’hui, notamment grâce aux réseaux sociaux, la parole se libère, et on voit qu’on n’est pas seule dans ces épreuves qui peuvent jalonner la vie d’une femme ».

Michelle, reine de l’« empowerment »

Engagée avec ferveur dans l’éducation des filles à travers le monde et l’émancipation des femmes, Michelle Obama a déploré sur scène que « la société tente constamment de calmer les filles, de les rendre plus dociles ». Avant de se rappeler la petite fille qu’elle a été. « J’ai toujours eu cette flamme en moi, mes parents l’ont vue et l’ont entretenue. Les petites filles naissent avec cette flamme, ce sont des compétitrices, elles aussi veulent gagner. Et tout comme nous l’avons fait pour les garçons, nous devons aujourd’hui faire de la place à cet état d’esprit qui encourage les petites filles à s’accomplir. Le changement commence avec nous, les femmes, a poursuivi Michelle Obama sous les applaudissements. Nous nous sommes battues pour prendre nos propres décisions : faire des études, faire carrière ou pas. Alors arrêtons de nous sentir coupables de nos choix et de nous juger les unes les autres ».

« J’aime aussi qu’elle fasse la promotion des femmes. Elle est très inspirante, et je veux transmettre à ma fille cette notion de leadership au féminin », s’enthousiasme Claire, à l’unisson avec Régis, son mari, qui l’accompagne. « Il faut soutenir tous ces projets qui amènent les femmes à prendre leur place dans la société, des places de dirigeantes notamment ».

Tout au long de sa vie, Michelle Obama a essuyé de nombreux jugements. Déjà, adolescente, « je reconnaissais les enseignants qui me croyaient stupide, qui me sous-estimaient, a confié l’ex-Première Dame. Au lycée, quand j’ai expliqué que je voulais étudier à Princeton [une prestigieuse université américaine], la conseillère d’orientation m’a répondu : « je ne sais pas si vous avez ce qu’il faut pour entrer à Princeton » », faisant fi des résultats scolaires brillants de l’adolescente et de sa motivation sans faille. « J’ai fait comme toujours. Je me suis dit : « je vais vous montrer si je ne peux pas entrer à Princeton ». Et j’y suis entrée ! Plus tard, on m’a fait comprendre que je n’étais pas à ma place, en tant que femme, noire, issue de la classe moyenne. Mais j’ai toujours gardé cette flamme, grâce à mon tempérament et à ma famille, et il faut permettre à ces millions de jeunes, à toutes ces filles et ces garçons, quelle que soit la couleur de leur peau, qui ont du potentiel et qui sont sous-estimés, qu’ils et elles doivent croire en eux ». Un état d’esprit qui a réussi à celle qui est devenue avocate, Première Dame et l’une des femmes les plus puissantes au monde.

« Michelle Obama est un modèle pour les femmes du monde entier, et je voulais entendre son histoire et me sentir inspirée par son parcours », explique Devon, une Américaine installée à Paris. « Avec tout ce qui se passe aux Etats-Unis, la politique de Trump, venir l’écouter ici est très inspirant et réconfortant : elle incarne aussi l’Amérique que l’on aime », renchérit Jessi, sa compatriote. Et « en tant qu’Américaine, et je ne pouvais pas être à Paris et ne pas venir voir Michelle Obama ! », ajoute leur amie Maya.

Pour Jessi, Maya et Devon, trois Américaines installées à Paris, il était
Pour Jessi, Maya et Devon, trois Américaines installées à Paris, il était - A. Boumediene / 20 Minutes

« Michelle Obama est tellement inspirante, s’extasie Jessica, 35 ans. On voit à travers elle l’importance de l’empowerment [l’autonomisation] ». A ses côtés, son amie Dina acquiesce : « j’ai eu la plus pourrie des journées aujourd’hui, mais avec des mots simples, Michelle Obama rappelle l’essentiel : nous, les femmes, devons savoir saisir nos opportunités. Et ce discours fait beaucoup de bien ! ». Pour Jessica, « on est au début du mouvement de l’empowerment, il faut l’accélérer, et Michelle Obama est une figure de cet empowerment, elle donne confiance. Désormais, quand je passe un entretien d’embauche, je n’ai pas peur d’imposer mes exigences : je sais que je peux être une femme, active, une mère et une épouse et ne pas m’excuser d’être tout ça à la fois »

Pour Dina et Jessica, Michelle Obama est une figure de l'empowerment.
Pour Dina et Jessica, Michelle Obama est une figure de l'empowerment. - A. Boumediene / 20 Minutes

« Des Michelle, il y en a plein, partout ! »

« La société masculine est très bien organisée, depuis très longtemps, il y a des boys club », observe Dina, qui « plaide pour plus de groupes de femmes. C’est facile pour un jeune homme de trouver un mentor. Il faut que cela devienne aussi facile, pour nous les femmes, d’avoir des figures féminines qui soient inspirantes et proches de nous, de voir et côtoyer des femmes à des postes à hautes responsabilités, et d’avoir nous-mêmes accès à ses postes. Il faut plus de femmes puissantes, et elles doivent plus prendre la parole. Des Michelle, il y en a plein, partout ! Nous aussi, nous sommes des Michelle ! ». Une vision partagée par Devon, l’Américaine : « En l’écoutant, on se reconnaît en elle et dans ses paroles, on se dit qu’il peut y avoir beaucoup de Michelle, de Maya et de Jessi. J’aime l’idée d’encourager toutes ces personnalités en devenir, qui ont leur propre voix et la font entendre ». « Chacune a son histoire, son potentiel et peut réussir », poursuit Maya. Inspirées par l’ex-First Lady, les trois Américaines en sont persuadées : « Nous sommes toutes des Michelle ! »

Sur scène, Michelle Obama a confié que la course à la Maison Blanche de son mari ne l’avait pas ravie à l’époque. « Quand il s’est présenté à la Maison Blanche, honnêtement, je pensais qu’il ne gagnerait jamais (…) J’avais prévu d’être la femme aimante qui le réconforterait à la fin de la campagne en disant : tu as vraiment essayé, mon chéri. J’espérais qu’il perde (…) Mais il a gagné ! », s’est-elle exclamée. « Et deux fois en plus », a plaisanté celle qui a marqué le rôle de First lady de son empreinte et qui a détrôné Hillary Clinton dans le cœur des Américains. De là à imaginer Michelle Obama à la Maison Blanche dans quelques années, il n’y a qu’un pas, que l’ex-Première Dame n’envisage pas de franchir. « J’aurai plus d’impact en n’étant pas en politique, a-t-elle répondu. A la Maison Blanche, j’ai vécu dans une bulle pendant huit ans, et nous avons besoin de leaders qui ne sont pas dans une bulle, qui sont connectés avec la réalité. Moi, je veux faire de la place à la nouvelle génération, aux prochains Michelle et Barack », a-t-elle assuré, avant d’appeler les jeunes à voter « pour exprimer leur voix ».