VIDEO. Notre-Dame de Paris: Pourquoi les incendies sont-ils si fréquents sur les chantiers ?

RISQUES Les feux sont souvent causés par des travaux par points chauds, des installations électriques, ou des cigarettes

Laure Cometti

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La cathédrale Notre-Dame de Paris, en travaux depuis juillet 2018, a été le théâtre d'un incendie le 15 avril 2019.
La cathédrale Notre-Dame de Paris, en travaux depuis juillet 2018, a été le théâtre d'un incendie le 15 avril 2019. — Christophe Ena/AP/SIPA
  • Un incendie spectaculaire, parti des combles, a ravagé la charpente et une partie de Notre-Dame de Paris lundi soir. La cathédrale était en travaux depuis juillet 2018.
  • Les incendies sont fréquents sur les chantiers. Ils sont principalement causés par les travaux par points chauds ou les installations électriques.

Les images spectaculaires de l’incendie à Notre-Dame de Paris lundi ont fait le tour du monde : des flammes qui lèchent la flèche, la charpente, et un immense échafaudage. La célèbre cathédrale était en travaux depuis juillet 2018, afin de restaurer des sculptures, l’un des arcs-boutants du chœur et de changer la couverture de plomb de la flèche.  Si les causes de l’incendie ne sont pas encore établies, le chantier suscite les interrogations des experts. « Il y a de fortes chances qu’il soit lié à l’incendie », estime auprès de 20 Minutes Thierry Fisson, consultant sécurité incendies au Centre national de prévention et de protection (CNPP).

Il est en effet fréquent que des incendies se déclarent sur des chantiers, qu’il s’agisse de restauration de monuments ou de construction de bâtiments neufs. Par exemple, L'hôtel Lambert à Paris a été ravagé par les flammes alors qu’il était en restauration, en 2013. Selon les pompiers de Paris​, en 2014, un incendie de chantier se déclarait tous les trois jours dans la capitale et en petite couronne. « Il y a en général deux principales causes aux feux de chantiers : les travaux par points chauds et l’électricité », explique Thierry Fisson.

 

Chaleur et étincelles

Les travaux par points chauds sont tous les travaux qui génèrent de la chaleur ou des projections d’étincelles. « Un chalumeau, une disqueuse, une meuleuse, la soudure à l’arc, peuvent provoquer des étincelles ou de la chaleur et ensuite enflammer des matières à proximité du site des travaux », explique le spécialiste, qui a notamment travaillé sur les chantiers des cathédrales de Poitiers et d’Angoulême.

Ainsi, en 2015, la quasi-totalité de la toiture de la basilique Saint-Donatien à Nantes a été détruite à cause d’une soudure.

« On amène le loup dans la bergerie »

« Lorsque des travaux par points chauds sont menés dans des bâtiments comme des églises, on amène le loup dans la bergerie », estime Thierry Fisson, car le mobilier, les combles, sont inflammables et la configuration de l’espace rend les interventions anti-incendies compliquées. « Les escaliers sont souvent très étroits », illustre-t-il.

Autre source d’incendie potentiel : les installations électriques. « Pendant un chantier, des installations électriques supplémentaires sont utilisées, pour alimenter les outils, éclairer, chauffer… Cela augmente les risques de courts-circuits qui peuvent causer des départs de feu », témoigne Jean-Marc Pujau, conducteur de travaux pour l’entreprise entreprise Travaux Monuments Historiques (TMH).

Fumer sur le chantier est également dangereux. « On a progressé au niveau de la cigarette, car beaucoup moins de gens fument », témoigne Jean-Marc Pujau. « Fumer est systématiquement dans nos règlements de chantiers ».

Le permis de feu

Pour limiter le risque d’incendie, il existe un « permis de feu », que nous détaille Thierry Fisson. « C’est une procédure : on fait une analyse des risques et de l’environnement : quels outils à risques seront utilisés ? A quoi pourrait-il mettre le feu ? Puis on met en place des mesures de sécurité préventives, comme débarrasser le site de certains objets combustibles, isoler le chantier avec des écrans ou panneau ignifuges, prévoir une personne en charge de surveiller le chantier… »

Le permis de feu est obligatoire dans les établissements relevant du ministère de la Culture et de la Communication, comme Notre-Dame de Paris. En outre, dans la capitale, une ordonnance de 1970 a rendu obligatoires des mesures de sécurité en cas de travail par points chauds.

Le danger des feux couvants

Des détecteurs de fumées peuvent aussi être mis en place, en permanence, ou temporairement, le temps des travaux. « C’était déjà le cas dans les combles de Notre-Dame de Paris. Mais parfois, les détecteurs sont désactivés si des travaux provoquent de la fumée, et on oublie de les réactiver », raconte Thierry Fisson.

Or il se produit parfois des feux couvants, particulièrement difficiles à détecter. « Ils sont provoqués lorsqu’un matériau combustible est chauffé lentement, jusqu’à ce qu’une flamme apparaisse, parfois plusieurs heures plus tard », détaille Thierry Fisson. Le risque est que l’incendie se produise après la fin de la journée de travail, lorsque la vigilance est parfois moins élevée.

Pour les éviter, « lorsque l’on réalise un travail qui génère de la chaleur, il faut le stopper au moins deux heures avant de quitter le chantier. Cela permet d’observer la réaction de l’ouvrage et d’éviter les feux couvants », explique Jean-Marc Pujau.

Certains optent pour les caméras thermiques afin de détecter les départs de feu. « Mais on n’est jamais à l’abri d’un incident, d’une défaillance humaine ou technique », constate Jean-Marc Pujau. Il n’y a selon lui pas plus de risques d’incendies sur un chantier dans un monument historique que dans des habitations ou des bâtiments industriels. En revanche, il est parfois plus compliqué d’intervenir pour éteindre un incendie dans ces monuments, souligne Thierry Fisson. « Les églises n’ont pas été construites conformément aux règlements d’aujourd’hui ».