Eboueurs à Lyon: Malgré l'ultimatum de la métropole, le conflit chez Pizzorno s'aggrave

CONFLIT SOCIAL Des grévistes sont assignés en référé devant la justice ce mercredi. Aucun dialogue entre les agents et la direction ne semble possible

Elisa Frisullo

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Les éboueurs de la société Pizzorno sont en grève depuis le 2 avril 2019 à Lyon.
Les éboueurs de la société Pizzorno sont en grève depuis le 2 avril 2019 à Lyon. — E. Frisullo / 20 Minutes
  • Pour accélérer la fin de la grève, la métropole a demandé à Pizzorno de trouver une solution pour sortir du conflit d’ici à jeudi, sous peine de pénalités financières.
  • Malgré cet ultimatum, la grève se poursuit et est marquée par des tensions lors des rassemblements de grévistes et l’absence de dialogue avec la direction.
  • Pizzorno a assigné en référé dix salariés grévistes.

Des grévistes encadrés par des policiers et des pompiers mobilisés pour éteindre un feu de pneus devant la société. Après 15 jours de grève chez Pizzorno,​ société chargée du ramassage des ordures à Lyon et dans quelques communes voisines, des tensions ont de nouveau émaillé la mobilisation des éboueurs ce mardi devant l’entrepôt de Vénissieux.

Des incidents qui, comme lundi matin, ont nécessité la présence de la police et des sapeurs-pompiers, et sont révélateurs d’un conflit enlisé. Malgré l’ultimatum fixé par la métropole de Lyon pour accélérer la sortie de crise, le dialogue n’a pas repris entre la direction de Pizzorno et ses agents grévistes. La situation s’est même grandement aggravée entre les deux parties.

Lundi, après avoir reçu la direction de son prestataire de services, la métropole a insisté auprès de Pizzorno pour qu’une solution émerge rapidement. « Si aucune avancée n’est trouvée d’ici à jeudi pour sortir de la grève, la métropole appliquera les pénalités financières telles que prévues dans le contrat la liant à Pizzorno », ont précisé les services de David Kimelfeld. Des sanctions financières pouvant aller jusqu’à 20 euros par poubelle non ramassée.

Des éboueurs convoqués devant la justice

Pour l’heure, ces arguments n’ont pas encore eu le poids escompté par la métropole, inquiète des « conséquences de la grève pour les habitants concernés » mais également « des actes de violence observés au sein de l’entreprise ». Après avoir reconduit la grève ce 16 avril, les agents, mobilisés pour une hausse des salaires (300 euros nets par mois) et une amélioration des conditions de travail, ont prévu de se rassembler mercredi devant le palais de justice de Lyon, où sont convoqués des salariés.

La direction de Pizzorno a en effet décidé d’assigner des grévistes suite « à des actes de violence et de malveillance survenus à l’encontre de personnels non-grévistes », indique l’entreprise dans un communiqué. « La seule réponse de la direction est la répression judiciaire face à la légitime colère des salariés grévistes. Dix employés de Pizzorno, dont deux délégués syndicaux, sont convoqués devant le tribunal de grande instance pour leur participation au piquet de grève », s’indigne Solidaires Rhône, qui soutient le mouvement et dénonce « une attaque inacceptable contre le droit de grève ».

Des ordures ramassées sur les sites les plus sensibles

Comment, dans ce contexte, envisager une issue à la crise ? « Nous exigeons toujours l’ouverture de négociations pour sortir de cette grève par le haut. Depuis le 2 avril, il n’y a eu aucune proposition. Ils ne veulent pas négocier mais jouer l’épreuve de force jusqu’au bout », indique à 20 Minutes un représentant syndical, appelant une nouvelle fois le préfet, le président de la métropole et les élus des communes concernées à intervenir auprès de Pizzorno.

De son côté, la direction estime que les revendications portées par le syndicat sont très excessives. « Le coût de telles mesures, qui devraient être étendues à l’ensemble du personnel en vertu du principe de l’égalité de traitement, s’élèverait à 17 millions d’euros par an », précise Pizzorno.

En attendant que la situation évolue et que les agents reprennent le travail, la métropole a fait procéder ce mardi au ramassage des poubelles sur les sites sensibles présentant des risques sanitaires et de sécurité. Une initiative visant à calmer les riverains, nombreux à se plaindre ces derniers jours de la saleté dans laquelle est plongé leur quartier.