Social : Les Français remontés contre les inégalités de revenus et pessimistes sur leur avenir

BAROMETRE Une étude divulguée ce mercredi montre que les Français réclament davantage de justice sociale, et notamment une forte baisse des salaires des PDG

Nicolas Raffin

— 

Un gilet jaune pendant la manifestation de retraités à Paris contre les projets de réforme des retraites du gouvernement, le 11 avril 2019.
Un gilet jaune pendant la manifestation de retraités à Paris contre les projets de réforme des retraites du gouvernement, le 11 avril 2019. — Vincent Loison/SIPA
  • La Drees, qui a sondé plus de 3.000 Français, dévoile ce mercredi son baromètre 2018.
  • Les répondants se disent attachés au maintien des prestations sociales.
  • Ils réclament aussi de fortes hausses de salaires, pour les ouvriers notamment.

Davantage de justice salariale et un maintien des prestations sociales. Ce ne sont pas les conclusions du grand débat national, mais celles du baromètre 2018* de la Drees dévoilé ce mercredi. Depuis 2000, cette direction administrative sonde les Français sur leur rapport à la protection sociale et aux inégalités. Et les résultats montrent une sensibilité accrue à ce dernier thème.

Pour 40 % des personnes interrogées, les inégalités de revenus représentent en effet le type d’inégalité le « plus répandu » en France, loin devant les autres thématiques (travail, logement, héritage…). Elles sont aussi considérées par 22 % des Français comme l’inégalité « la moins acceptable », devant l’inégalité d’accès aux soins (20 %).

Les inégalités de revenus sont les plus répandues selon les Français.
Les inégalités de revenus sont les plus répandues selon les Français. - Baromètre 2018 Drees

Baisse drastique des salaires des PDG

Ce sentiment se traduit dans l’évolution souhaitée des salaires. Selon la Drees, les Français, toutes catégories sociales confondues, estiment ainsi que les ouvriers devraient être payés 25 % de plus que leur salaire actuel (voir graphique). « Les Français sont également favorables à l’augmentation des salaires des instituteurs (+13 %) » remarque le baromètre. En revanche, la rémunération des PDG de grandes entreprises est jugée trop élevée : pour les cadres supérieurs, elle devrait être abaissée de 30 %. Les ouvriers réclament même une baisse de 50 %.

L'idée d'une baisse des salaires des PDG est largement partagée.
L'idée d'une baisse des salaires des PDG est largement partagée. - Baromètre 2018 Drees

Pas touche aux prestations

Du côté des prestations sociales, les Français souhaitent en majorité qu’elles restent accessibles au plus grand nombre. « Entre 2017 et 2018, la part des personnes qui déclarent que les retraites ou les allocations-chômage ne devraient bénéficier qu’à ceux qui cotisent recule respectivement de 28 % à 21 % et de 37 % à 28 % » relève le baromètre.

De même, une très large majorité de sondés est opposée à la baisse des retraites (88 % contre), à celle des aides aux personnes handicapées ou dépendantes (86 %), ou encore à la baisse des allocations logement (78 %). Pour financer tout cela, près d’un Français sur deux préconise d’augmenter les cotisations payées par les entreprises (ils étaient seulement 32 % à proposer une telle solution en 2012). Une opinion qui n’est pas partagée par Emmanuel Macron : dans son projet d’allocution dévoilé par plusieurs médias, le chef de l’État devait en effet demander aux Français de travailler plus, tout en baissant les impôts des classes moyennes.

Des ouvriers déprimés, des cadres optimistes

Au final, la Drees note le pessimisme croissant des Français quant à leur avenir : ils sont 48 % à se déclarer comme tels (+7 points par rapport à 2017). Cette morosité touche surtout les ouvriers (58 % se déclarent pessimistes, +13 points par rapport à l’année dernière) et les retraités (55 % se disent pessimistes, +12 points). Ces derniers seront peut-être rassurés par la réindexation sur l’inflation des retraites de moins de 2.000 euros que devait annoncer Emmanuel Macron. En revanche, les cadres supérieurs et professions libérales voient leur moral s’améliorer : ils ne sont que 24 % à se déclarer pessimistes pour leur avenir (-3 points vs. 2017).

*L’échantillon est composé de plus de 3.000 personnes et représentatif de la population âgée de 18 ans ou plus résidant en France métropolitaine (méthode des quotas). Les données de la vague 2018 ont été collectées du 15 octobre au 1er décembre 2018.