VIDEO. Marseille: «J'espère qu'elle nous entend!» Hommage féministe à Marie-Bélen, tuée dans le métro

REPORTAGE Les proches de Marie-Bélen ont voulu que l'hommage à cette étudiante, tuée il y a un mois dans le métro, soit à son image. Bruyant, coloré et très féministe

Jean Saint-Marc

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Environ 250 personnes ont rendu hommage à Marie-Bélen, tuée le 17 mars à Marseille.
Environ 250 personnes ont rendu hommage à Marie-Bélen, tuée le 17 mars à Marseille. — J. Saint-Marc / 20 Minutes
  • Environ 250 personnes ont manifesté ce lundi à Marseille pour rendre hommage à Marie-Bélen, assassinée dans le métro, il y a un mois.
  • Vêtues de couleurs vives, portant du rouge à lèvres, de nombreuses féministes ont rappelé que les féminicides sont principalement domestiques.
  • « Pour nos mortes, une vie de lutte » : voilà comment elles ont conclu cette émouvante mobilisation.

Un cri à vous fendre le cœur. Quand le cortège est arrivé en face de la cité universitaire Lucien Cornil, Ruben Pisano a poussé un terrible hurlement : «  Marie-Bélen ! » « Presente », ont répondu, en espagnol, les 250 manifestants. Ruben, lui, cachait son visage derrière une pancarte avec l’inscription : « Laisse traîner ta fille, les rues seront plus safe » (sûres).

Cet homme timide, miné par le chagrin, parle tout doucement. Mais il voulait une manifestation très bruyante, ce lundi soir, à Marseille, un mois après la mort de sa fille, mortellement poignardée à la Timone.

Ma fille était une artiste, nous a-t-il confié. Elle touchait tout le monde en plein cœur. Elle dessinait, elle peignait, elle avait écrit un poème à la lune. Elle mettait de la couleur dans la vie. Et elle aimait la danse et la musique. Alors si elle est quelque part, j’espère qu’elle entend le bruit qu’on fait pour elle ! »

Au départ de la manifestation, sur le très étudiant et très festif cours Julien, Ruben Pisano faisait part de son désarroi : « J’espérais plus de monde, les étudiants me semblent un peu indifférents… Ils sont confrontés aux mêmes dangers tous les jours, alors ça me révolte un peu qu’ils ne soient pas capables de manifester 500 mètres. »

Ruben, le père de Marie-Bélen, étudiante tuée le 17 mars à Marseille.
Ruben, le père de Marie-Bélen, étudiante tuée le 17 mars à Marseille. - J. Saint-Marc / 20 Minutes

Vêtements colorés et rouge à lèvres

Le cortège s’est toutefois nettement égayé à l’approche de l’arrêt de métro de la Timone, où des fleurs et des petits mots ont été déposés à l’endroit de la mort de la jeune femme. Un cortège bruyant et coloré qui s’étendait derrière un portrait de Marie-Bélen tout sourire et une banderole avec la mention : « pas une de moins, justice pour Marie-Bélen. »

« Assez, assez de cette société qui sème la violence et l’impunité » ou « féministes, en colère, on ne va pas se laisser faire » ont scandé les manifestantes. Vêtues de couleurs vives, elles portaient du rouge à lèvres – une référence au sujet de mémoire de Marie-Bélen, étudiante en anthropologie.

« Toca a una, toca a todas »

Les manifestantes ont repris aussi de nombreux slogans argentins, la deuxième nation de Marie-Bélen : « toca a una, toca a todas », ont-elles crié. « Si tu en frappes une, tu les frappes toutes », un écho au chant bien connu en France : « ils nous exploitent, ils nous abîment, ils nous assassinent… A bas, à bas, le patriarcat. »

« Le meurtre de Marie-Bélen est un féminicide, rappelle Juliette, militante au sein de l’association Marseille Féministe. Mais il faut rappeler que la plupart des violences se déroulent au sein du foyer, pas dans la rue. Et que les meurtriers ne sont pas des inconnus. » Depuis le début de cette année 2019, une femme meurt tous les deux jours sous les coups de son conjoint.

« Pas un monstre isolé »

« L’homme qui a tué ma sœur n’est pas un monstre isolé » a aussi tenu à rappeler Ernesto Pisano. « Il ne suffit pas de le lyncher ou de le mettre en prison pour laver nos maux, même si je souhaite qu’il soit arrêté pour qu’on puisse comprendre. Les monstres, nous les créons, et nous continuerons tant que nous vivrons dans cette société capitaliste, patriarcale et raciste. »

Une société contre laquelle se battait Marie-Bélen, militante féministe revendiquée. Et comme l’a conclu Rosa, du collectif Femmes en lutte 93 : « Pour nos mortes, pas une minute de silence. Pour nos mortes, une vie de lutte ! »