VIDEO. «Gilets jaunes»: La police a-t-elle frappé deux journalistes à Toulouse lors de l’acte 22?

FAKE OFF Une vidéo virale montre des policiers frappant une femme et un homme à Toulouse, qui seraient des journalistes, selon sa description

Alexis Orsini

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Des membres de la Compagnie républicaine de sécurité (CRS) lors d'une manifestation des "gilets jaunes" à Toulouse. (Illustration)
Des membres de la Compagnie républicaine de sécurité (CRS) lors d'une manifestation des "gilets jaunes" à Toulouse. (Illustration) — F. Scheiber / SIPA
  • Une vidéo très partagée sur les réseaux sociaux montre des policiers frapper une femme puis un homme lors d'une interpellation. 
  • Il s'agirait de journalistes selon la description de la séquence.
  • La scène a été tournée à Toulouse pendant l'acte 22 des «gilets jaunes» mais les deux victimes ne sont pas à proprement parler journalistes, comme a pu le vérifier «20 Minutes» . 

C’est l’une des vidéos de l’acte 22 des « gilets jaunes » les plus partagées sur les réseaux sociaux : on y voit un policier saisir une trottinette et la jeter un peu plus loin, tandis que sa propriétaire, à terre, se lève pour protester. Il la pousse alors violemment tandis qu’un de ses collègues la jette au sol. Ce traitement, assorti de plusieurs coups, est également réservé par les deux policiers à l’homme casqué qui intervient au même moment pour tenter de protéger la femme – dont le casque est éjecté d’un coup de main.

A en croire la légende de cette séquence reprise sur Twitter et sur de nombreuses pages Facebook de « gilets jaunes » la scène se serait déroulée à Toulouse samedi 13 avril et montrerait « la police tabasse [r] deux journalistes et casse [r] leurs caméras ». Sans que ces deux personnes puissent clairement être identifiées en tant que journalistes sur les images.

FAKE OFF

Les images ont bien été tournées le 13 avril, à Toulouse, plus précisément rue Merly. Lelly Gijabet, l’internaute qui a filmé les images alors qu’elle couvrait en direct la manifestation, raconte à 20 Minutes : « C’était à 13h46. La manifestation a commencé à 12h30, mais elle a mis du temps à se mettre en route. A un moment, je suis arrivée au croisement de cette rue et j’ai vu que cette femme était au sol, puis le policier jeter sa trottinette par terre. »

« Comme elle avait un bandeau blanc sur le casque, et son matériel pour filmer qui a été arraché, je me suis dit qu’elle faisait partie de la presse puisque c’est le signe distinctif utilisé en manifestation par les photographes notamment. L’homme qui tente de l’aider avait aussi un bandeau blanc et un téléobjectif », explique-t-elle, avant d’ajouter : « Je ne sais pas s’ils étaient vraiment journalistes, je ne leur ai pas demandé leur carte de presse, c’est les bandeaux blancs qui me font penser que c’était le cas. Mais ce qui est sûr, c’est que les policiers ne leur ont pas demandé leur carte de presse non plus, ils leur ont foncé dessus sans s’en assurer ».

Une vidéaste néerlandaise

Contrairement à ce qu’indiquent plusieurs posts ou articles sur la vidéo, la femme violentée n’est pas Britannique mais originaire des Pays-Bas. Elle explique à 20 Minutes : « La police jetait du gaz [lacrymogène], j’ai été touchée par un des projectiles. J’étais en train de filmer quand le policier m’a projetée au sol, comme on peut le voir sur les images ». Y compris sur celles qu’elle a elle-même tournées avec son matériel, avant de les diffuser sur sa chaîne YouTube, visibles ci-dessous à partir de 59’19.

On l’y voit clairement progresser dans la rue, obscurcie de gaz lacrymogène, tandis que des manifestants près d'elle progressent avec une banderole, avant de jeter une poubelle devant eux. C’est à ce moment-là que la police charge et interpelle certains des manifestants avant de s’en prendre à la vidéaste, qui s’écrie « Je suis de la presse ! » en anglais.

« Ce groupe policier était en barrage dans cette rue, où des black blocs, réfugiés derrière une banderole, ont décidé de les agresser. Il s’agissait de personnes déjà repérées plus tôt dans la manifestation comme étant violentes » affirme à 20 Minutes la direction départementale de la sécurité publique (DDSP) de Haute-Garonne. « Les policiers ont pris les devants et ont demandé aux personnes présentes d’évacuer, y compris aux personnes qui se prétendent journalistes. Elles n’ont pas pu ignorer les appels et sont restées sur le côté, où elles gênaient délibérément les opérations », poursuit-elle.

« Watchdog »

La vidéaste néerlandaise est-elle journaliste, comme l’affirment les différentes légendes de la vidéo ? Elle explique avoir étudié le journalisme aux Pays-Bas et pouvoir, si elle le souhaite, détenir une carte de presse. Mais elle refuse ce titre et lui préfère celui de « chien de garde » (« watchdog »), elle qui est venue en France pour couvrir les violences policières contre les manifestants après avoir d’abord suivi le mouvement des « gilets jaunes » grâce aux directs vidéo diffusés sur les réseaux sociaux : « Mon casque porte clairement la mention "International watchdog livestream" ».

Difficile en revanche d’identifier l’homme qui lui vient en aide : elle explique ne pas le connaître mais l’avoir déjà croisé pendant les manifestations. Selon une source locale contactée par 20 Minutes, c’est un jeune Français présent avec son appareil photo aux dernières mobilisations de « gilets jaunes », mais qui ne fait pas partie des photojournalistes professionnels connus à Toulouse.

D'après nos confrères de LCI qui ont pu le contacter, il s’agit en fait d’un étudiant en photo qui porte volontairement l’inscription « presse » pour se protéger des forces de l’ordre. Il avait en outre déjà été violenté par la police le 23 mars, comme le montrait une vidéo filmée ce jour-là.

Pour la DDSP de Haute-Garonne, ce type de confusion fait partie des « difficultés récurrentes sur ce type de manifestation : de faux journalistes se prétendent journalistes et où de vrais journalistes se retrouvent violentés par des manifestants, ce qui oblige la police à intervenir pour les exfiltrer ».