«Permis vélo»: «Il faut démocratiser le transport de demain à toutes les classes sociales»

INTERVIEW 20 Minutes a interviewé Olivier Schneider et Bernadette Caillard-Humeau, respectivement président et vice-président de la Fédération des usagers de la bicyclette (FUB) sur le « permis vélo » que compte mettre en place le gouvernement pour les enfants

Propos recueillis par Jean-Loup Delmas

— 

Un enfant sur une vélo (image d'illustration).
Un enfant sur une vélo (image d'illustration). — ISOPIX/SIPA
  • Le gouvernement s'apprête à présenter un "permis vélo" pour les enfants
  • Il s'agirait d'un apprentissage de dix heures pour les 6-11 ans
  • 20 Minutes a interviewé deux responsables de la Fédération des usagers de la bicyclette pour comprendre les attentes

Le gouvernement s’apprête à annoncer une formation de dix heures pour apprendre les rudiments du vélo aux enfants de 6-11 ans selon les informations du Parisien. 20 Minutes a interviewé Olivier Schneider et Bernadette Caillard-Humeau, respectivement président et vice-président de la Fédération des usagers de la bicyclette (FUB) sur ce « permis à vélo ».

Le « permis à vélo », qu’est ce que c’est ?

Olivier Schneider : Il faut déjà bien faire attention au terme. Le «  permis » est un surnom impropre. Aucun document ne sera exigé pour la conduite du vélo. Il s’agit d’une systématisation de l’apprentissage du vélo dans les écoles, à compter de dix heures de formation.

Bernadette Caillard-Humeau : Le but est que les enfants soient suffisamment à l’aise et compétents pour, qu’à l’entrée en sixième, ils soient en capacité d’aller de leur domicile à leur collège en sécurité. C’est important de former les jeunes dès le plus jeune âge car l’enfant a de grandes facultés innées qu’il perdra en devenant adulte. Il faudrait que toutes les maternelles aient des draisiennes dans la cour de l’école ; le jeune enfant y apprend naturellement l’équilibre. Puis ce sont les CM2 qui sont les meilleures cibles pour être en capacité de se déplacer seul dans son quartier en fin d’année.

Quels sont les enjeux ?

Bernadette Caillard-Humeau : Ils sont multiples. D’une part en termes de santé publique, on sait que les nouvelles générations font moins d’exercices physiques globalement que les précédentes, ont moins de capacités respiratoires que leurs aînés au même âge, court moins et on voit une « épidémie » d’ obésité chez les jeunes ce qui est grave. Un jeune doit faire au mois une heure d’exercices physiques chaque jour ! Le vélo lui permet au mois de couvrir la moitié, à l’échelle du collège, on sera dans un rayon de 10-15 minutes de trajet.
Les voitures et moteurs à combustion sont les premiers émetteurs de gaz à effet de serre, de forts polluants, il est temps de mettre nos enfants dans un cadre non pollué avec des établissements scolaires excluant les voitures à l’heure des entrées et des sorties, surtout en développant la marche et le vélo pour se déplacer.

Olivier Schneider : Le but est également pédagogique. On sait qu’il y aura besoin d’un grand nombre de formateurs, donc qu’il faudra sûrement des accompagnements de parents pour aider. L’idée, c’est donc avec cet enseignement du vélo aux enfants, de sensibiliser également les parents ou grands parents présents, qu’ils prennent conscience que c’est une mobilité avec de nombreux avantages, mais également que les cyclistes sont vulnérables sur la route, donc qu’eux-mêmes adaptent leurs comportements lorsqu’ils conduisent une voiture.

Justement, on parle beaucoup de la sécurité routière des vélos, mais n’est-ce pas aux automobilistes d’adapter aussi leurs comportements ?

Bernadette Caillard-Humeau : Mais justement ! Les jeunes qui vont apprendre le vélo à l’école, ce sont des générations nouvelles qui vont savoir se déplacer de façon citoyenne ; ils deviendront les conducteurs de camions de d’automobiles de demain. Le jeune qui aura appris à se déplacer à vélo aura les réflexes d’attention à tous, comme les cyclistes le font et c’est très important pour la sécurité. Il deviendra par la suite un bon automobiliste attentif et il aura aussi le réflexe vélo qui ne le fera pas passer une fois dans la vie professionnelle à la voiture comme le font la moitié des automobilistes pour un parcours de moins de trois kilomètres.

Olivier Schneider : L’idée que c’est que le jeune qu’on aura formé est le « réflexe vélo », et qu’il le prenne automatiquement pour des trajets entre deux et sept kilomètres… voire plus bien sûr. Pour la sécurité routière, c’est aussi -et surtout- aux automobilistes d’adopter leurs conduites, mais c’est en pratiquant le vélo qu’on fait plus attention à eux également lorsqu’on conduit un gros véhicule.

Est-ce aussi l’occasion de donner une certaine « égalité des chances » de l’apprentissage du vélo ?

Olivier Schneider : Le vélo a cette double image d’être le véhicule du pauvre et du bobo. C’est plus vrai le second cas que le premier. Ce qu’on veut, c’est démocratiser l’usage du vélo à toutes les classes sociales. C’est un bon moyen de transport, économe, et qui permet de faire de l’activité physique. Or, on le sait, ce sont les gens défavorisés qui manquent le plus d’activité physique. Rendre le vélo équitable à tous, c’est une bonne façon d’aider les personnes défavorisées, mais aussi de démocratiser le transport de demain à toutes les classes sociales.