Sécurité routière : Comment améliorer la sécurité des passages à niveau ?

RAPPORT Une députée propose de multiplier les radars de franchissement

Nicolas Raffin

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Un passage à niveau à proximité de la gare de Saint-Ouen L'Aumone (Val d'Oise)
Un passage à niveau à proximité de la gare de Saint-Ouen L'Aumone (Val d'Oise) — LEVEQUE PATRICK/SIPA
  • Entre 30 et 40 personnes meurent chaque année sur un passage à niveau.
  • Un rapport parlementaire propose une série de mesures pour améliorer la sécurité.
  • Les travaux les plus efficaces sont aussi les plus chers.

La France a toujours autant de mal à sécuriser ses 15.000 passages à niveau. Même si le nombre moyen de tués a légèrement baissé depuis vingt ans (48 morts par an entre 1996 et 2005), entre 30 et 40 personnes perdent toujours la vie chaque année sur un passage à niveau. C’est dans ce cadre que la députée LREM Laurence Gayte a présenté ce vendredi son rapport pour améliorer et sécuriser ces endroits sensibles du réseau.

L’élue des Pyrénées-Orientales a entamé ce travail suite à un drame survenu dans sa circonscription : l’accident de Millas, le 14 décembre 2017. Ce jour-là, un bus scolaire avait été heurté par un TER à un passage à niveau, provoquant la mort de six collégiens. Dans son rapport, Laurence Gayte estime que « la situation de la France impose un plan d’actions ambitieux ». 20 Minutes vous résume les principaux axes du rapport.

Améliorer la « visibilité » des passages à niveau

Selon le rapport, la quasi-totalité (98 %) des accidents mortels sur les passages à niveau est due au comportement inadapté d’un véhicule ou d’un piéton. « Il peut s’agir d’une faute d’inattention, de l’impossibilité de se dégager, ou encore d’une infraction caractérisée alors que les barrières sont fermées » résume Laurence Gayte. Dans son rapport, elle rappelle qu’en moyenne, « un passage à niveau est ouvert 96 % du temps (…) Les habitués connaissent les horaires de passage. Or, parfois, les trains sont en retard ».

Pour limiter les erreurs, elle préconise donc de « renforcer la lisibilité du passage à niveau ». Cela passe par exemple par l’ajout de LED clignotantes sur les barrières ou par un marquage au sol spécifique. La pose de « dalles anti-franchissement » permettrait également d’éviter que les piétons ne tentent de contourner les barrières fermées.

En ce qui concerne les automobilistes, le rapport penche pour un abaissement de la vitesse avant le franchissement des voies ferrées. « Une baisse de 20 km/h de la vitesse maximale autorisée en amont du passage à niveau apparaît un juste équilibre », note la députée.

Installer des « boîtes noires » et des radars

A la manière des avions, SNCF Réseau est incité à installer des « boîtes noires » sur les passages à niveau. Elles permettraient de vérifier le bon fonctionnement du matériel lors de leur examen par des cheminots. Elles serviraient aussi de preuve en cas d’accident, pour vérifier si les barrières ou les signaux lumineux étaient en état de marche.

En parallèle, le rapport recommande de multiplier les caméras de vidéosurveillance, ainsi que les radars de franchissement. « Les radars déjà installés [80 en France] détectent en moyenne une infraction par jour », rappelle Laurence Gayte.

Compléter et harmoniser les données sur la dangerosité des passages à niveau

Depuis 1997, le « programme de sécurisation national » (PSN) définit les passages à niveau à risque (multiples collisions, fort trafic) et qui doivent être aménagés en priorité. En 2018, 155 passages à niveau figuraient dans cette liste. Pourtant, comme le pointe le rapport, « un peu moins de 80 % des accidents se produisent sur des passages à niveau non inscrits sur le plan national ». Autrement dit, le PSN semble un peu dépassé.

Pour y remédier, Laurence Gayte explique qu’il faut « rendre obligatoire la mesure de la dangerosité des passages à niveau ». Aussi incroyable que cela puisse paraître, « les diagnostics n’ont pas tous été réalisés et ils ne sont pas numérisés ». Tout aussi inquiétant, « les 9.200 diagnostics existants sont difficilement exploitables », précise le rapport, car ils sont souvent lacunaires et comportent des « incohérences ». Laurence Gayte préconise donc la création d’ici à fin 2020 d’une base de données nationale numérique pour regrouper l’ensemble des informations.

La question du coût

Toutes ces propositions devront évidemment trouver un financement. Dans son document, la députée LREM estime qu’il faudrait consacrer environ 30 millions par an d’ici à 2022 pour aménager entre 300 et 600 passages à niveau chaque année.

En revanche, Laurence Gayte reconnaît que les options les plus sûres sont difficilement envisageables, car souvent très coûteuses. Ainsi, la dénivellation (création d’un pont ou d’un tunnel pour les voitures et les piétons) coûte entre 10 et 30 millions d’euros pour un seul passage à niveau, soit l’ensemble du budget annuel prévu.

Le rapport met aussi de côté la piste du télécontrôle des passages à niveau. « En Belgique, écrit la députée, la totalité des passages à niveau automatiques font l’objet d’un télécontrôle. Une « grande alarme » se déclenche automatiquement dès qu’un dysfonctionnement atteint 32 secondes. Des techniciens sont aussitôt mobilisés et les trains sont limités à 5 km/h ». Installer ce système en France coûterait beaucoup plus cher, car l’Hexagone compte 10 fois plus d’installations que la Belgique.

Enfin, la piste des « détecteurs d’obstacles » – qui permet de prévenir et d’arrêter le train en amont du passage à niveau si un véhicule est bloqué dessus – est elle aussi jugée très coûteuse, car elle supposerait « une refonte complète de la signalisation ».