Pédophilie: Pour l'ancien pape Benoît XVI, les scandales d'abus sexuels dans l'Eglise s'expliquent par... Mai 68

«ANALYSE» Le pape émérite affirme que la révolution sexuelle a notamment permis que la pédophilie soit « diagnostiquée comme permise et appropriée »

20 Minutes avec agences

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Benoît XVI, le 13 février 2013.
Benoît XVI, le 13 février 2013. — AFP

Pour Benoît XVI, les scandales d’abus sexuels sur mineurs dans l’Eglise ont des origines bien précises : la révolution sexuelle des années 1960, les nouvelles idées de théologie et l’effondrement de la foi en Occident. C’est ce qu’il a expliqué jeudi dans un texte de 18 pages publié par la revue chrétienne allemande Klerusblatt.

La révolution de 1968 s’est notamment battue « pour une complète liberté sexuelle qui n’admettait plus de normes », écrit le pape émérite dans sa longue lettre. « La pédophilie a alors également été diagnostiquée comme permise et appropriée. »

Le « radicalisme » des années 1960

Benoît XVI vit aujourd’hui reclus dans un petit monastère au Vatican. Ses propos sur la pédophilie, une de ses rares prises de parole depuis sa démission il y a six ans, ont provoqué une onde de choc chez certains théologiens et victimes d’abus sexuels. Pour le théologien américain Brian Flanagan, le lien que fait Benoît XVI entre années 1960 et pédophilie est une « explication fausse et embarrassante ».

Le pape, qui va fêter ses 92 ans, explique aussi comment le « radicalisme » de cette époque a fait souffler une « modernité » dans la société, y compris chez les prêtres. « Des cliques homosexuelles se sont développées dans différents séminaires », affirme-t-il, critiquant une « dissolution de l’enseignement morale de l’Eglise ». Selon lui, un évêque avait même décidé de montrer des films pornos aux prêtres en formation.

La loi canon revue et corrigée

Benoît XVI parle aussi d’une société occidentale actuelle « où Dieu a disparu de l’espace public » et où l’Eglise est vue comme « une sorte d’appareil politique ». « Pourquoi la pédophilie a-t-elle pris de telles proportions ? », s’interroge-t-il. « Au final cela s’explique par l’absence de Dieu. »

Avant de devenir pape, Benoît XVI a dirigé la Congrégation pour la doctrine de la foi (héritière de l’Inquisition). Ce département du Vatican est notamment chargé d’étudier les dossiers d’abus sexuels. En 2011, il a demandé que les prêtres soupçonnés d’abus soient déférés devant la justice de l’Etat catholique.

Dans la deuxième moitié des années 1980, la question de la pédophilie a pris de l’ampleur dans l’Eglise, notamment aux Etats-Unis. Cela a entraîné progressivement un réexamen de la loi pénale du droit canon. L’Eglise avait auparavant garanti de manière excessive la seule protection des accusés, difficilement condamnables, rappelle le pape allemand.