Lyon: Un nouveau dispositif pour aider les sans-abri à vivre durablement dans des appartements

REINSERTION Expérimenté depuis six ans dans d’autres villes de France, le programme « Un chez soi d’abord » a ouvert à Lyon depuis janvier

Elodie Charriere

— 

Des SDF dehors dans une rue du centre ville de Lyon (illustration)
Des SDF dehors dans une rue du centre ville de Lyon (illustration) — C. VILLEMAIN / 20 MINUTES
  • Le dispositif « Un chez soi d’abord » a été mis en place dans la ville de Lyon au début janvier.
  • Il propose aux SDF, atteints de troubles psychiques, un logement fixe et un accompagnement personnel par une équipe de professionnels.
  • 85 % des sans-abri se maintiennent dans le logement et se rétablissent au bout de deux ans, selon les statistiques observées dans d’autres villes de France.

« Maintenant, quand je me réveille le matin, je peux me dire que je suis chez moi ». Mourad, ancien SDF, a passé plusieurs années dans les rues de Lille. Avant de bénéficier d’un toit et d’y rester. Il fait partie des personnes ayant été intégrées dans le dispositif «  Un chez soi d’abord ».

Expérimenté à Paris, Toulouse, Marseille et Lille, ce programme, élaboré par un Groupement de Coopération Sociale et Médico-Sociale (GCSMS), a été mis en place à Lyon au début du mois de janvier. L’objectif : éviter queles sans-abri, atteints de troubles psychiatriques, ne soient hébergés seulement trois nuits par semaine dans les centres d’accueil et ne retournent ensuite vivre dans la rue.

Le principe est de les loger dans des appartements ordinaires, les accompagner tout le long de leur convalescence afin de leur permettre ensuite de se réinsérer socialement.

« La maladie mentale n’est pas un frein dans le maintien du logement »

« L’accès au logement pour une personne, qui vit dans la rue, est possible lorsque l’on met un accompagnement adapté », estime Cécilie Christia-Leroy, adjointe du délégué interministériel à l’hébergement et à l’accès au logement.

Les SDF sont ainsi pris en charge par une équipe pluridisciplinaire médico-sociale. Deux médecins psychiatriques, un médecin généraliste et trois infirmières sont à leur disposition à n’importe quel moment de la journée selon les besoins de chacun. « La maladie mentale n’est pas un frein dans le maintien du logement », rajoute la jeune femme.

Les sans-abri doivent en contrepartie remplir des obligations, comme payer leur loyer à l’aide des minima sociaux qu’ils perçoivent. Une façon de les confronter à la réalité et faciliter ainsi leur réinsertion. Si les conditions sont respectées durant deux années, ils pourront ensuite rester dans l’appartement, mis à leur nom.

Loger des sans-abri permettrait de faire des économies

Ce dispositif permettrait de générer une économie importante, selon Cécilie Cristia-Leroy. Et de citer un exemple : pris ainsi en charge, les SDF n’ont plus besoin de se faire hospitaliser. « Les durées de séjour à l’hôpital sont réduites de 50 %. De fait, les frais d’hospitalisation le sont aussi. Le suivi sanitaire se fait majoritairement au domicile », explique la Délégation interministérielle à l’hébergement et à l’accès au logement.

D’après les statistiques communiquées, le programme aurait engendré une économie de 20.740 euros en six ans. Il éviterait aussi que l’état de santé des personnes accueillies ne se détériore davantage.

« Avant j’étais fatigué, malade, maintenant je me sens mieux », témoigne Boumedienne, ancien sans-abri de Lille. Pour certains, ce changement soudain est pourtant difficile à vivre au départ. « Cela n’a pas été facile du jour au lendemain, je ne pensais pas que ça allait aboutir », raconte Mourad.

85 % des personnes accueillies se rétablissent

Depuis 2011, sur 700 personnes ayant bénéficié de ce programme, 85 % se sont maintenues dans le logement proposé et se sont rétablies. 5 %, en revanche, ont été perdues de vue au cours des deux années.

A Lyon, trois personnes en bénéficient actuellement. Onze autres sont susceptibles d’intégrer le programme dans l’année.

Benevole At Home, des anges gardiens au coin de la rue