VIDEO. Lyon: «C'est un message très fort envoyé au gouvernement», estime Paul François, vainqueur de son combat contre Monsanto

JUSTICE La cour d’appel de Lyon a reconnu jeudi Monsanto « responsable du dommage causé à Paul François », un agriculteur intoxiqué en 2004 par l’un de ses pesticides

Caroline Girardon

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Jeudi 11 avril, la justice a donné raison pour la troisième fois à l'agriculteur Paul-François, qui a engagé un long combat contre la firme Monsanto.
Jeudi 11 avril, la justice a donné raison pour la troisième fois à l'agriculteur Paul-François, qui a engagé un long combat contre la firme Monsanto. — Jacques Demarthon/AFP
  • La justice a donné raison jeudi à Paul François, intoxiqué en 2014 par un désherbant commercialisé par la firme Monsanto.
  • La cour d’appel de Lyon a estimé que la firme américaine était « responsable du dommage » causé à l’agriculteur.
  • Pour la victime, la décision de la cour d’appel est un « message fort envoyé au gouvernement ».

Heureux mais prudent. L’agriculteur Paul François, qui a remporté jeudi une troisième bataille dans le long combat qu'il mène face à la firme américaine Monsanto depuis son intoxication en 2004 par le désherbant Lasso, a accueilli la décision de la cour d’appel de Lyon avec soulagement. Tout en restant sur ses gardes.

« J’espère que c’est la fin d’un long combat parce que Monsanto n’a plus beaucoup de possibilités de recours. Mais ils peuvent toujours retourner devant la cour de cassation », confie l’homme, un brin inquiet. « Je ne serais pas surpris qu’ils tentent cette manœuvre-là pour gagner encore du temps. Cela m’obligerait à dépenser encore beaucoup d’argent pour me défendre. Et si jamais je venais à mourir ou être ruiné avant la fin de la procédure… On sait que leur stratégie est d’écraser les victimes »

 

« J’ai pris mes responsabilités, Emmanuel Macron, non »

En attendant de connaître la décision du géant américain, l’agriculteur charentais estime que le tribunal de Lyon a envoyé un « signal fort ». « Les firmes ne peuvent plus mettre délibérément des produits dangereux sur le marché sans s’exposer à des sanctions. Jusque-là, elles avaient un sentiment d’impunité et se sentaient au-dessus des lois », juge Paul François. "C’est aussi un message très fort envoyé au gouvernement, ajoute-t-il. Moi, j’ai pris mes responsabilités. Emmanuel Macron avait dit qu’il prendrait ses responsabilités pour une autre agriculture, pour retirer le glyphosate mais il ne l'a pas fait. Agnès Buzyn, non plus. Ce jugement devrait les inciter à se poser des questions".

Question de santé publique

Même sentiment du côté de Générations Futures. « Les multinationales ne sont plus à l’abri du droit commun. J’espère que ça servira de leçon aux autres firmes. Mais cette décision montre aussi qu’on ne peut plus tolérer des produits chimiques aussi dangereux », estime François Veillerette son directeur et porte-parole, pointant du doigt le plan de réductions des pesticides annoncé par le gouvernement français. « On attendait des actes forts. Pour l’instant, il n’y en a pas. La France, qui émet 68.000 tonnes de pesticides par an, s’est engagée à réduire ses émissions de 25 % d’ici 2020. On n’en prend pas le chemin, rappelle-t-il. Or c’est une question de santé publique ».