Transphobie: Le «mégenrage», une discrimination omniprésente dans le quotidien des personnes transgenres

TRANSPHOBIE L’agression d’une femme transgenre à Paris, largement relayée sur les réseaux sociaux, a mis en lumière les nombreuses violences vécues par les personnes trans

Helene Sergent

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Plusieurs rassemblements ont eu lieu à Paris après l'agression d'une femme transgenre le 31 mars dernier.
Plusieurs rassemblements ont eu lieu à Paris après l'agression d'une femme transgenre le 31 mars dernier. — LIONEL BONAVENTURE / AFP
  • Le « mégenrage » consiste à se tromper volontairement ou involontairement de genre lorsqu’on s’adresse à une personne.
  • Les témoignages recueillis par « 20 Minutes » font état d’une violence quasi quotidienne pour les personnes trans.

« Que feriez-vous si, systématiquement dans l’espace public, votre identité de genre était remise en cause ? Si au lieu de dire Madame on vous appelait Monsieur et vice-versa ? », interroge Clémence Zamora-Cruz, porte-parole de l’inter-LGBT. Cette violence, méconnue du grand public, porte un nom, le «mégenrage».

Omniprésente dans le quotidien des personnes transgenres, cette pratique consiste à se tromper volontairement ou involontairement de genre lorsqu’on s’adresse à une personne. Dire « il » quand on s’adresse à une femme transgenre ou « elle » lorsqu’il s’agit d’un homme. Véritable « porte d’entrée » des nombreuses autres discriminations et violences subies par les personnes trans, le « mégenrage » est aussi la plus répandue.

« C’est sans arrêt »

« C’est sans arrêt dans la vie quotidienne et sur les documents. C’est terrible, cela me pose de gros problèmes et beaucoup de gens le font exprès pour blesser, pour nuire et atteindre à ma vie privée », nous écrit Patricia, après un appel à témoins lancé par 20 MinutesComme elle, plusieurs personnes transgenres ont fait état de la récurrence du mégenrage dans leur vie quotidienne. « C’est tout simplement recevoir sans arrêt les lettres du CHU ou d’autres organismes avec écrit sur l’enveloppe ou l’entête "Monsieur Clara". Idem pour les factures ou les courriers de la banque, même le facteur sait que je suis transgenre ! C’est aussi se voir refuser un colis à la Poste car on ne "colle pas" avec notre carte d’identité », poursuit Clara.

Arnaud Alessandrin est docteur en sociologie de l’université de Bordeaux et spécialiste de la transidentité. Pendant des mois, il s’est penché sur cette discrimination avec sa collègue Johanna Dagorn : « Selon notre enquête réalisée à Bordeaux, 77 % des personnes trans disent avoir subi du mégenrage dans les services publics de la ville au cours des douze derniers mois ». Un chiffre qui témoigne de la récurrence du phénomène. « Et c’est une menace car cela revient à dire publiquement qu’elle est trans », poursuit le chercheur. Une situation vécue par Guilhème, lors d’un rendez-vous médical :

« Je devais consulter un médecin pour des soins en ophtalmo dans un hôpital (…) malgré toutes les explications fournies au docteur, il m’a mégenrée volontairement et obstinément, en présence des autres patients, dans la salle d’attente ».

Des conséquences nombreuses

Une discrimination parfois involontaire aux conséquences concrètes, souligne Clémence Zamora-Cruz, porte-parole de l’Inter-LGBT : « Il s’agit de nier expressément l’identité de quelqu’un. Lorsqu’une personne trans demande par exemple à ses collègues et sa hiérarchie de respecter son genre et qu’elle ne l’obtient pas, cela va mettre en place un mécanisme d’exclusion, créer un mal-être qui peut entraîner une dépression ». Une souffrance décrite par Patricia : « Les administrations n’ont aucun respect pour notre identité de genre. Quand je vais porter plainte, ils jouent avec les civilités, je n’en peux plus, je n’arrive pas à vivre normalement ».

Et la sphère institutionnelle n’est pas la seule à exercer ce type de discrimination. Guilhème a entamé sa transition en 2010 et raconte : « Mon frère (…) a été dès le début très hostile à cette transition et il m’a mégenrée jusqu’en 2018 ». Arnaud Alessandrin, docteur en sociologie, précise qu' « il y a aussi du mégenrage non-intentionnel. On le voit notamment chez les parents qui accompagnent leur enfant trans et qui ont besoin d’un temps d’adaptation. Mais qu’il soit intentionnel ou pas, c’est toujours une épreuve ».