Comment améliorer le niveau en langues vivantes des élèves français ?

EDUCATION Une étude du Conseil national de l’évaluation du système scolaire (Cnesco) souligne que les élèves français éprouvent des difficultés d’expression orale en langues étrangères

Delphine Bancaud

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Un cours d'anglais dans un collège francilien.
Un cours d'anglais dans un collège francilien. — DURAND FLORENCE/SIPA
  • Selon le Cnesco, en fin de collège, près des trois quarts des élèves ne sont pas capables de produire une langue globalement correcte en anglais.
  • De mauvais résultats qui s’expliquent par le retard de l’introduction des langues en primaire en France, ou encore l’insuffisante formation des enseignants.
  • Pour corriger le tir, le Cnesco recommande d’augmenter la fréquence des cours de langues, de développer des leçons en langues étrangères dans différentes matières, de booster la formation continue des profs…

Un complexe largement répandu dans l’Hexagone. Plus de 50 % des Français considèrent qu’ils ne maîtrisent pas de langue étrangère*. « Mais ce constat doit être tempéré », affirme Nathalie Mons, présidente du Conseil national de l’évaluation du système scolaire (Cnesco), qui dévoile ce jeudi ses recommandations pour que l’école accompagne mieux les élèves dans leur appropriation des langues vivantes.

Car les élèves français ont fortement progressé en compréhension de l’écrit depuis quinze ans. Ils se sont aussi améliorés, mais dans une moindre mesure, en compréhension orale et en expression écrite. Mais là où le bât blesse vraiment, c’est dans l’expression orale des petits français. En fin de primaire, en anglais, seul un élève sur deux maîtrise la syntaxe des questions et des phrases simples. En fin de collège, près des trois quarts des élèves ne sont pas capables de produire une langue globalement correcte en anglais. Idem en espagnol (et 62 % en allemand). « Des inégalités sociales et le genre s’invitent aussi dans l’apprentissage des langues : les garçons ont un moins bon niveau que les filles. Et si l’on compare les notes au bac à l’écrit d’anglais, les élèves favorisés ont un écart de 2 points avec les élèves défavorisés et de 1,6 à l’oral », observe Nathalie Mons.

Un net retard dans l’introduction des langues au primaire

Le manque d’aisance des élèves français en langues étrangères s’explique par plusieurs facteurs. D’abord par un contexte sociétal, selon Nathalie Mons : « Nous avons un rapport complexe à notre langue dans notre pays. C’est un totem identitaire et on a longtemps cru que le développement du plurilinguisme ferait régresser notre propre langue ». Ensuite par le retard de l’introduction des langues en primaire : « Dès les années 1960, les pays d’Europe du Nord l’ont fait. Chez nous, il a fallu attendre les années 2000 », souligne Nathalie Mons.

De plus, les heures prévues pour les langues en primaire ne sont pas toujours totalement effectuées. Et quand elles le sont, les professeurs des écoles qui les dispensent ne sont pas toujours très à l’aise pour le faire, car seulement 10 % d’entre eux ont suivi une formation en langues dans le supérieur. Quant à l’espoir de doper leurs compétences en langues grâce à la formation continue, il est mince, car en 2016, plus de 80 % des enseignants affirmaient n’avoir suivi aucun stage de formation en lien avec l’enseignement des langues au cours des cinq dernières années.

Mettre encore plus les élèves au contact des langues

Alors, les élèves français sont-ils condamnés à n’être que très moyens en langues étrangères ? Pas du tout, selon le Cnesco, qui entrevoit des solutions pour redresser la barre. Tout d’abord, en initiant les enfants le plus tôt possible aux langues étrangères. « Découvrir des langues dès le plus jeune âge est bénéfique. Dès la maternelle, on peut faire travailler les enfants sur les sons, en leur faisant écouter et répéter des chants et comptines », explique Laury Marion, professeur des écoles à Bordeaux. Puis travailler l’expression orale dès le CE1.

Autre impératif : augmenter la fréquence des cours de langues, quitte à ce qu’ils soient plus courts. « Il faut une plus grande flexibilité dans l’organisation des cours. En prévoyant par exemple, deux séances quotidiennes de 20 minutes en primaire, et quatre ou cinq séances de 45 minutes au collège », recommande Brigitte Gruson, maître de conférences émérite en didactique des langues. Pour exposer encore davantage les élèves aux langues étrangères, le Cnesco préconise aussi de développer les dispositifs Emile, c’est-à-dire le fait d’enseigner une matière dans une langue étrangère. « Cela permet de développer le lexique et la compréhension des élèves », commente Brigitte Gruson. « Au collège, on peut aussi miser sur les outils numériques, pour exposer davantage les élèves aux langues. Par exemple, en mettant à leur disposition des baladeurs MP3 en autonomie pour écouter des textes », suggère Laury Marion.

Inciter les élèves à prendre la parole

Mais les élèves ne progresseront que s’ils se sentent en confiance. D’où la nécessité, selon Romain Galléa, élève de 1re L, qui a participé aux travaux du Cnesco, de reconnaître un droit à l’erreur pour l’élève lorsqu’il s’exprime à l’oral. « Car bien souvent, quand un élève fait une erreur de prononciation, le prof soupire. Ça bloque l’élève, qui n’ose plus continuer », explique-t-il. Le tout en prévoyant des moments où les élèves ne seront pas évalués à l’oral.

Et pour lutter contre les inégalités sociales en matière d’apprentissage des langues, il est indispensable de proposer les classes bilangues ou sections internationales « à tous les élèves, et non de les réserver aux élèves les plus performants », estime Brigitte Gruson. Dans cette optique, « il faut aussi proposer davantage de séjours à l’étranger. En mettant en place un fonds de soutien à la mobilité au niveau académique, afin de financer ces voyages pour les familles qui n’ont pas les moyens », recommande Romain Galléa.

Mais toutes ces actions ne seront possibles que si le niveau des enseignants en langues s’améliore. Or, il n’y a plus d’épreuve de langue dans les concours de recrutement d’enseignants du premier comme du second degré. « D’où notre préconisation de créer une option langues dans les concours de recrutement, qui permettrait notamment aux profs du second degré d’enseigner leur discipline dans une langue étrangère », explique Brigitte Gruson. La formation continue des enseignants en langues ne doit pas non plus être en reste. Car parler une langue, ça s’entretient. Des idées qui inspireront peut-être le ministre Jean-Michel Blanquer, qui doit justement présenter un plan langues le 18 avril.

 

*Selon une étude de la Commission européenne datant de 2015.