Marseille: La plus grande université de France permet désormais aux étudiants trans d'utiliser leur prénom d'usage

TRANSIDENTITE L’université d’Aix-Marseille, plus grande université de France, fait partie des rares facultés qui permettent aux étudiants trans d’utiliser leur prénom d’usage

Mathilde Ceilles
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Lors de la manifestation parisienne annuelle pour les droits des personnes transgenre, l'Existrans.
Lors de la manifestation parisienne annuelle pour les droits des personnes transgenre, l'Existrans. — FRANCOIS GUILLOT / AFP
  • L’université d’Aix-Marseille fait partie des rares universités autorisant aux trans le recours à leur prénom d’usage.
  • Un moyen de réduire les discriminations selon les autorités et la communauté trans.

 

C’est une petite révolution pour ce qui est communément appelée la plus grande université de France, avec plus de 78.000 étudiants répartis sur pas moins de cinq campus. A l’heure où les agressions transphobes, comme celle vécue par Julia à Paris la semaine dernière, sont en hausse de 54 % en France selon SOS Homophobie, la faculté d’Aix- Marseille a rejoint le cercle peu nombreux des universités laissant la possibilité à ses étudiants trans d’utiliser au quotidien leur prénom d’usage.

Après en avoir fait la demande auprès du président de l’université, ces étudiants voient leur prénom d’usage être utilisé comme principal prénom dans leur environnement numérique de travail. Ce prénom apparaît ainsi dans leur mail, leur carte d’étudiant et différents services comme le Crous, en lieu et place du prénom qu’ils ont reçu à l’état civil.

« Offrir de bonnes conditions de travail »

« On avait été contacté par différents étudiants trans et associations d’étudiants trans de Marseille, se souvient Nolwenn Lecuyer, vice-présidente de l’université déléguée à l’égalité entre les hommes et les femmes et à la lutte contre les discriminations. On s’est donc renseigné pour voir ce qui était possible. »

Un changement acté il y a six mois qui peut sembler tout bête, mais qui demeure d’envergure pour une université de la taille de celle d’Aix-Marseille et crucial pour ses étudiants selon Nolwenn Lecuyer. « Il faut offrir à nos étudiants de bonnes conditions de travail, et clairement, pour ces étudiants, ce n’était pas le cas, estime-t-elle. La carte d’étudiant est utilisée au quotidien, pour aller à la bibliothèque par exemple, ou même comme moyen de paiement. » Selon elle, une quinzaine d’étudiants sont d’ores et déjà concernés par cette évolution.

« Respect de la vie privée »

« L’idée, c’est qu’il soit traité comme les autres, dans ce choix de transition qui n’est pas une frivolité, explique-t-elle. Souvent, c’est une idée qui a maturé longtemps : en tant que lycéen, le jeune ne pouvait pas passer cette étape, mais libéré du carcan familial et majeur, à l’université, c’est le moment où il se décide. »

Une initiative applaudie par la communauté trans de Paca, notamment l’association T-Time, qui a accompagné l’université dans ce projet. « Cela évite aux étudiants d’être outé en public, quand l’enseignant fait l’appel par exemple, explique Clémentine Mangeot, la présidente. Si vous voyez arriver un gros garçon musclé qui se présente comme David et qu’on l’appelle Valérie, il y a un gros problème… C’est une source d’inconfort pour l’étudiant et de violence de la part de l’institution. Or, cela relève du respect de la vie privée » Pour Clémentine Mangeot, « un étudiant n’a pas forcément envie d’annoncer cela à tout le monde… Il peut avoir droit à l’anonymat. »

Et d’ajouter : « Le genre d’agressions comme celle vécue par Julia il y a quelques jours reflète l’état d’esprit de certains dans la société. Or, des initiatives comme celle d’Aix-Marseille ont l’avantage de montrer que la transphobie n’est pas acceptable, et que les personnes trans n’ont pas à être ostracisées. » Selon le rapport annuel de l’association SOS Homophobie, 186 personnes transgenres ont signalé en 2017 une agression en raison de leur identité de genre.

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