«Gilets Jaunes» à Lyon: Malgré les aides des collectivités, les commerçants de la presqu'île ne voient pas le bout de la crise

GILETS JAUNES Selon l’association Mouvement Carré Presqu’île, « 20 à 30 % » des commerces sont en grande difficulté économique

Caroline Girardon

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Les manifestations des Gilets Jaunes dans le centre-ville de Lyon, ont fortement ralenti l'activité des commerces, qui déplorent une perte importante de leur chiffre d'affaires.
Les manifestations des Gilets Jaunes dans le centre-ville de Lyon, ont fortement ralenti l'activité des commerces, qui déplorent une perte importante de leur chiffre d'affaires. — ROMAIN LAFABREGUE / AFP
  • Malgré les aides financières des collectivités, les commerces de la presqu’île lyonnaise s’inquiètent pour l’avenir.
  • Les manifestations des « gilets jaunes » ont considérablement ralenti leur activité.
  • 20 à 30 % d’entre eux seront en « grande difficulté » économique.

Des aides perçues comme « un pansement sur une jambe de bois ». Les récentes annonces de la ville de Lyon de débloquer 700.000 euros pour les boutiques, impactées par les manifestations des «  Gilets Jaunes » à Lyon, n’ont pas rassuré pour autant les commerçants du centre-ville. Pas plus que l’idée d'obtenir un prêt à taux zéro, proposée par la région Auvergne-Rhône-Alpes.

« Aujourd’hui, 20 % à 30 % des commerçants de la presqu’île sont en grandes difficultés voire en très grandes difficultés », révèle Carole Chateau, gérante de la Papéthèque et présidente de l’association Mouvement Carré Nord Presqu'île.

« Tout ce qui est perdu en chiffres d’affaires, on ne le rattrapera pas »

« Tout ce qui est perdu en chiffres d’affaires, on ne le rattrapera pas. Il faudra des mois pour se relancer », se désole Mathieu Fradin, gérant de l’enseigne Spode, installée dans le quartier des Cordeliers. Depuis le mois de novembre, la boutique a enregistré un recul de son chiffre d’affaires de 15 % par rapport à l’an dernier. « Cela m’a coûté un salarié. Il était en fin de contrat au mois de janvier mais je n’ai pas pu lui renouveler son CDD. Aujourd’hui, nous avons un employé de moins et nous sommes en flux tendu », poursuit le gérant.

« Le samedi, on réalise généralement la moitié de notre chiffre de la semaine. Mais depuis le début du mouvement, les week-ends sont dramatiques. Le 23 mars, on a observé une baisse de 50 % de notre chiffre d’affaires », dévoile Mathieu Fradin, qui relativise toutefois : « Nous avons la chance de voir nos clients changer leurs habitudes et venir davantage en semaine depuis le début du mois de mars. Cela amortit un peu le choc. D’autres collègues ont perdu bien plus. »

La fuite de la clientèle étrangère

C’est notamment le cas de Grégory, qui travaille près du passage de l’Argue. Depuis le mois de décembre, il accuse une perte de 30 %. « On a un tiers de notre clientèle qui habite en Suisse ou en Bourgogne. Depuis quatre mois, on ne les voit plus », explique ce commerçant, désormais obligé de fermer sa boutique à 16h le samedi. « Même si on ne baisse pas le rideau, on n’a de toute façon plus personne. C’est désert », témoigne-t-il, inquiet quant à l’avenir.

« En attendant, les gens prennent d’autres habitudes de consommation. Malheureusement, on risque de les perdre pour un bon moment ». Aujourd’hui, Grégory se sent « abandonné » par la ville de Lyon et les collectivités. « Quel est l’intérêt de souscrire un prêt à taux zéro ? On ne va pas s’endetter pour un chiffre d’affaires perdu. C’est idiot. Certaines aides concernent uniquement les terrasses des restaurants ou des bars. Nous, on ne nous propose rien. Ce qu’il faudrait c’est tout simplement interdire les manifestations en presqu’île », lâche-t-il.

« Ambiance plombée »

Pierre, qui gère une boutique de vêtements vers la place des Jacobins est tout aussi catégorique. Lui aussi a perdu une importante partie de sa clientèle depuis le mois de novembre : « En termes de fréquentation, c’est une baisse de 48 %. C’est aussi -35 % du chiffre d’affaires, révèle le jeune homme. Nos clients suisses nous ont clairement dit qu’ils ne voulaient pas venir à Lyon tant qu’il y aurait des manifestations. Même les habitués se font plus rares. »

« Après la pause déjeuner, plus personne ne vient. Les gens restent chez eux l’après-midi. On sait que la journée est finie à 15h alors qu’avant la tranche forte de l’activité se situait entre 14h et 18h », appuie sa collègue, qui pointe « une ambiance plombée ». « Parfois, des mamans viennent avec leur poussette, nous demander de s’abriter à l’intérieur du magasin pour échapper au gaz lacrymogène. »

Une réunion lundi à la CCI

A quelques mètres de la place des Jacobins, Benoît Guyot s’estime « chanceux » de n’avoir « perdu que 17 % de son chiffre d’affaires » depuis le mois de janvier. Les aides ? Il n’en veut pas. « Je ne demande rien, sourit-il derrière son comptoir. Je veux juste un retour à la normale ». « Les gilets jaunes nous emm…., les manifestations ont contribué à empirer la situation mais l’activité de nos commerces s’était déjà dégradée avant. Nous nous sommes laissés bouffer par une soi-disant politique de la ville favorable aux commerces », estime-t-il.

Lundi soir, le mouvement Carré Nord de la Presqu’île organisera une réunion à la CCI de Lyon afin d’établir un diagnostic de la situation et recueillir des idées qui pourraient redynamiser la presqu’île. « C’est super d’avoir des aides des collectivités mais nous ne pouvons pas être voués à être sous perfusion économique. Ce qu’il faut aujourd’hui, c’est un plan global pour redynamiser le centre-ville », avance Carole Chateau. Et de conclure : « Ces dernières années, il n’y a eu aucune vision politique en matière de commerces. Si demain, on ne fait rien, nos modèles économiques n’existeront plus. »