Quelles sont les différentes formes de contestation contre les réformes Blanquer?

EDUCATION Ce jeudi a lieu une nouvelle journée de mobilisation, à l’appel de plusieurs syndicats d’enseignants, pour contester le projet de loi du ministre de l’Education nationale et sa réforme du lycée

Delphine Bancaud

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Des enseignants qui manifestent le 19 mars 2019 contre les réformes Blanquer.
Des enseignants qui manifestent le 19 mars 2019 contre les réformes Blanquer. — SEBASTIEN SALOM GOMIS/SIPA
  • Jeudi, la mobilisation des enseignants contre les réformes Blanquer pourrait être importante dans le premier degré et même entraîner la fermeture totale d’écoles.
  • Mais depuis plusieurs semaines, les enseignants dégainent aussi d’autres armes : la notation très bienveillante des élèves, l’organisation de nuits des lycées, le boycott des bacs blancs.
  • Et la menace d’une grève le premier jour du bac plane également.

La contestation des différentes réformes du ministre de l’Education s’amplifie. Plusieurs syndicats enseignants appellent à une nouvelle journée d’action ce jeudi, qui devrait entraîner des fermetures d’écoles. 20 minutes fait le point sur les différentes formes de rébellion observées au cours des dernières semaines.

Des manifs dans les premier et second degrés

La grève dans les écoles maternelles et élémentaires a été suivie mardi 19 mars par près d’un quart des enseignants, selon les chiffres du ministère de l’Education, alors que le principal syndicat du primaire recensait de son côté quelque 40 % de grévistes. Samedi dernier, 36.000 enseignants d’écoles maternelles et élémentaires, de collèges et de lycées, selon le ministère de l’Intérieur, ont défilé en France à l’appel des cinq principaux syndicats de l’Education pour protester contre « la loi Blanquer » et la réforme du lycée. Jeudi, la mobilisation pourrait, dans certains cas, entraîner la fermeture totale d’écoles. En cause, plusieurs dispositions du projet de loi « sur l’école de la confiance », notamment la création d'« établissements publics des savoirs fondamentaux », dont l’objectif sera de rassembler en une seule entité un collège et une ou plusieurs écoles du même secteur, et qui fait redouter à certains la disparition des directeurs d’école. Le SNUipp-FSU, premier syndicat du premier degré, prévoit qu’au moins un professeur des écoles sur quatre en grève jeudi. « On s’attend à environ 60 % de grévistes en Ile-de-France, 50 % en Corse, 45 % dans l’Oise, 40 % en Loire-Atlantique ou en Haute-Garonne. Car il s’agit d’une vraie colère, qui n’a rien de ponctuel », explique à 20 Minutes Francette Popineau, secrétaire générale du syndicat. Et la mobilisation prendra plusieurs formes : dans les Hautes-Alpes, on organise des pique-niques revendicatifs, à Nîmes un « Carnaval à Blanquer », un « Blanquer’s games » à Limoges…

Dans le secondaire, de nombreux enseignants contestent aussi la réforme du lycée, qui se traduira l’an prochain par la suppression des séries (L, ES et L), remplacées par des choix de spécialités. Les profs prévoient un emballement des élèves de seconde pour la spécialité maths, alors que la réforme du lycée voulait justement casser la domination de cette matière. Les nouveaux programmes sont majoritairement jugés trop lourds en contenu, ce qui fait craindre des difficultés pour les élèves. Les enseignants redoutent que les classes soient surchargées, car la réforme va s’appliquer dans un contexte de suppressions de postes. « Nous sommes dans une dynamique d’amplification de la mobilisation et elle devrait être importante jeudi, notamment à Toulouse, Reims, Strasbourg, Nantes », indique à 20 Minutes Claire Guéville, secrétaire nationale du Snes-FSU, premier syndicat du secondaire.

Les actions des parents pour faire sécher l’école à leurs enfants

Des parents d’élèves de Picardie, ont organisé, lundi 25 mars, une opération « établissements morts » dans des écoles pour dénoncer le projet de loi « pour une école de la confiance ». Le taux d’absentéisme des élèves était très variable selon les établissements, mais il a parfois dépassé les 90 %.

Des actes de désobéissance dans le secondaire

Dans certains lycées, des enseignants mènent depuis plusieurs semaines des actions de désobéissance pour montrer leur désapprobation. Certains enseignants ont décidé de boycotter les conseils de classe et de mettre 20/20 à tous les bulletins du deuxième trimestre des élèves de seconde et de première, comme à Reims ou à Toulouse. « On n’a pas changé les notes des élèves de terminale pour ne pas les pénaliser sur Parcoursup », précise Lucas, professeur au lycée Turgot, à Paris, à l’AFP. Dans d’autres lycées, comme à Toulouse, des profs principaux ont décidé de démissionner de cette mission pour s’opposer à la réforme du lycée. Un symbole fort, puisque leur rôle a été renforcé avec la réforme du lycée, deux profs principaux étant désignés en terminale pour aider les élèves à s’orienter. Dans d’autres établissements encore, des profs ont occupé leur établissement après les cours pour une « nuit des lycées », afin de renseigner les parents sur le nouveau bac, attendu en 2021. « Des boycotts de bacs blancs ont aussi été organisés », informe Claire Guéville (Snes-FSU).

La menace de désorganiser certaines épreuves du bac

« Nous mettons en débat l’idée d’une grève le premier jour des épreuves du bac, le 17 juin. Nous avons lancé un sondage auprès de nos adhérents à ce sujet et nous aurons les résultats d’ici aux vacances de printemps », indique également à 20 Minutes Claire Guéville. Difficile, pour l’heure, de dire si cette menace pourrait être mise à exécution, car les enseignants redoutent toujours de mettre en difficulté leurs élèves en employant de telles méthodes.