Sécurité routière: Les radars « tourelles », comment ça marche?

AUTOMOBILE Plus grands, plus efficaces, plus polyvalents, plus pédagogiques, les radars « tourelles » vont bientôt envahir nos routes

Jean-Loup Delmas

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Le radar Mesta Fusion sur la rocade L2 de Marseille.
Le radar Mesta Fusion sur la rocade L2 de Marseille. — Mathilde Ceilles / 20 Minutes

Dégradations, mortalité sur les routes en hausse, vandalisme… Sale temps pour les radars de France. Mais la donne pourrait changer, avec l’arrivée de 400 nouveaux radars dernier cri d’un tout nouveau genre, dit radars tourelles ou Mesta Fusion 2 de leurs petits noms officiels, selon FranceInfo. Ils seront principalement déployés en remplacement des radars dégradés. 20 Minutes a mené son enquête sur ces nouveaux radars.

Quelles sont les particularités de ces radars ?

Les radars « tourelles » portent bien leurs noms puisqu’ils mesurent quatre mètres de haut, juchés sur des pylônes. Une hauteur « qui permet simplement de voir mieux et plus loin », décrypte Emmanuel Barbe, délégué interministériel à la Sécurité routière. Ce nouveau radar, à la pointe de la technologie, peut, en plus de mesurer la vitesse, repérer un conducteur utilisant le téléphone au volant, n’ayant pas sa ceinture attachée ou ne respectant pas les distances de sécurité. « Contrairement aux anciens radars qui ne prenaient que des photos, les radars tourelles peuvent prendre des bandes-vidéo, ce qui permet de signaler beaucoup plus de choses. » Même si pour le moment, ces engins sont uniquement homologués et prévus pour les infractions de vitesse.

Pour Emmanuel Barbe, l’innovation principale est le système de leurre. « C’est elle qui est à la base du projet. » Concrètement, il y aura un radar actif pour cinq cabines, mais le radar opérationnel pourra être interchangeable entre les différents leurres, ce qui fait que le conducteur ne pourra jamais savoir lequel fonctionnera. « En présence d’un radar, les conducteurs ralentissent et roulent à la vitesse autorisée. Ce service de leurre permet donc de couvrir une très large zone routière, où la vitesse sera respectée puisque personne ne saura quel radar pourra les flasher, sans augmenter le nombre de contraventions, et donc d’éviter les polémiques inutiles sur l’argent. Avec l’ancienne génération de radar, pour faire ce système de leurre, il aurait fallu désactiver cinq radars et en rendre un seul actif, ce qui revenait beaucoup plus cher que de créer un nouveau radar conçu pour. »

Est-ce une réponse aux « gilets jaunes » ?

Emmanuel Barbe s’en défend totalement : « Cela n’a rien à voir. Le projet est en cours depuis 2015, soit bien avant les "gilets jaunes" et les dégradations. » Comme déjà dit, la taille du radar, que certains ont interprété comme une mesure antidégradations, répond uniquement à un souci de vision. Quant à l’arrivée d’une nouvelle génération en elle-même, « il faut bien comprendre que les radars ne sont pas évolutifs, cela nécessite donc de faire de nouvelles générations pour renforcer le système, de façon totalement indépendante des "gilets jaunes" », insiste le délégué interministériel.

Ce qui va effectivement changer avec les « gilets jaunes », c’est la mise en place de ces premiers radars. « Nous allons les installer à la place des radars dégradés par les "gilets jaunes" en premier », indique Emmanuel Barbe. A terme, c’est tout le parc de radars de France qui devrait être changé.

Les radars ont-ils une incidence sur le nombre de morts ?

Pour Anne Lavaud, déléguée générale de l’association Prévention routière, cela ne fait aucun doute : « Les radars ont fait la démonstration de leur sécurité. Lorsque Jacques Chirac les installe pour la première fois en 2002, on comptait par an 9.000 tués sur les routes. Aujourd’hui, il n’est “plus” que de 3.300 environ. Même si ce n’est bien sûr pas le seul facteur, il est difficile de nier que ces radars fixes ont joué un rôle. Avec les dégradations, il y a une impunité des automobilistes à nouveau, et il est normal d’inventer de nouvelles façons de contrôler la vitesse excessive. Le système de leurre est déjà utilisé en Suisse avec succès, il permet un rôle pédagogique, réguler la vitesse du contrôleur sans le verbaliser ni le faire payer. »