Lyon: «Aucun loup n’a encore violé», la colère d'une association contre la campagne anti-harcèlement mettant en scène des animaux

HARCELEMENT SEXUEL La LPO, ligue de protection des oiseaux, a demandé au Sytral de retirer sa campagne de lutte contre le harcèlement sexuel dans les transports en commun, mettant en scène des loups

Caroline Girardon

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Illustration d'un loup.
Illustration d'un loup. — G. Durand / 20 Minutes
  • La LPO, Ligue de protection des oiseaux, demande au Sytral de retirer sa campagne de lutte contre le harcèlement sexuel dans les transports en commun.
  • Une des affiches met en scène trois loups.
  • L’association dénonce la stigmatisation d’une espèce protégée.
  • Le Sytral répond qu’il y a une erreur d’interprétation sur le message véhiculé.

L’information aurait pu faire sourire en ce premier jour d’avril. Elle est pourtant des plus sérieuses. La LPO, ligue de protection des oiseaux, a adressé un courrier au Sytral lui demandant de retirer l’actuelle campagne de lutte contre le harcèlement sexiste dans les transports en commun lyonnais. En cause, l’une des affiches sur laquelle figurent trois loups et ce message : « Il agit en prédateur… Nous réagissons ».

la LPO proteste contre la campagne du sytral
la LPO proteste contre la campagne du sytral - Sytral

« Nos adhérents ont été choqués et nous ont avertis », témoigne Marie-Paule de Thiersan, présidente de la ligue en région Auvergne-Rhône-Alpes. Une lettre a donc été envoyée à la présidente du Sytral et au directeur des TCL. « Aucun loup n’a encore violé, pas même des moutons, pas plus que le Petit Chaperon rouge », s’insurge la LPO. Et d’ajouter : « Le fait d’être carnivore ne peut en aucun cas être assimilé à une perversion. »

« Le loup est toujours pris pour un bouc émissaire »

« Le loup est toujours pris pour un bouc émissaire. Depuis des décennies, il véhicule une image négative », déplore Marie-Paule de Thiersan, agacée par cette « stigmatisation ». « Il s’agit d’une espèce protégée qui fait partie de notre patrimoine faunistique. Aujourd’hui, il a sa place dans le grand courtage de notre faune, même s’il s’agit d’un prédateur. Il faut tout faire pour que la présence des loups coexiste avec les activités humaines dont le pastoralisme », rappelle-t-elle.

Mais du côté de Keolis, qui gère les transports en commun, la surprise est de taille. « Il y a une erreur de lecture. Les loups accompagnent la phrase "Réagissons ensemble". Les loups représentent la meute, le bloc qui fait face aux agressions, à savoir les agents du réseau, les victimes, les témoins », indique-t-on au sein de l’entreprise, qui n’a pas l’intention de retirer la campagne.

Une campagne lancée et primée en 2017

« Elle existe depuis 2017 sur le réseau et a été élaborée en concertation avec nos ambassadrices », ajoute le Sytral, précisant que la campagne, déclinée en cinq affiches et autant de messages différents, avait été récompensée lors des rencontres nationales du transport public. « En 2016, nous avions interrogé un panel de clients pour effectuer des tests et voir comment elle était perçue. Elle a reçu un excellent accueil », précise-t-on. Selon les résultats des tests, 81 % des personnes interrogées avaient notamment « trouvé les messages crédibles », 72 % « convaincants » et 85 %, « adaptés ».

La LPO a demandé au Sytral de retirer sa campagne de lutte contre le harcèlement sexuel dans les transports en commun.
La LPO a demandé au Sytral de retirer sa campagne de lutte contre le harcèlement sexuel dans les transports en commun. - Visuel Keolis

« Nous déplorons une différence d’interprétation du message. Ce n’est pas l’effet escompté », regrette le Sytral, qui répondra par écrit à l’association, « guère convaincue » par ces explications.

La LPO a demandé au Sytral de retirer sa campagne de lutte contre le harcèlement sexuel dans les transports en commun.
La LPO a demandé au Sytral de retirer sa campagne de lutte contre le harcèlement sexuel dans les transports en commun. - Visuel Keolis