Décès dans un Ehpad: Ce que l'on sait de l'intoxication alimentaire à l'origine de la mort de cinq personnes

FAITS DIVERS Cinq résidents de la maison de retraite «La Chêneraie», près de Toulouse, sont morts d’une intoxication alimentaire. Seuls les pensionnaires ayant consommé un repas mixé semblent concernés

Beatrice Colin

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Devant l'Ehpad
Devant l'Ehpad — E. Cabanis / AFP
  • Cinq membres d’une maison de retraite de Lherm, en Haute-Garonne, sont morts après avoir pris leur repas dimanche soir.
  • Le repas mixé, notamment pour certains patients atteints de la maladie d’Alzheimer, serait en cause.
  • Une enquête pour « homicides et blessures involontaires » a été ouverte par le parquet de Toulouse.
  • Des familles de victimes ont l’intention de porter plainte.

Cinq pensionnaires d'une maison de retraite du sud de Toulouse sont décédés entre dimanche soir et lundi matin.

Selon les premiers éléments de l’enquête, une intoxication alimentaire est à l’origine de leur décès. Lundi, douze résidents se trouvaient toujours hospitalisés, selon le groupe Korian, gestionnaire de l’établissement.

Que s’est-il passé ?

Dimanche soir, vers 19h40, soit une heure après avoir pris leur dîner, 20 résidents de l’Ehpad « La Chêneraie », à Lherm, au sud de Toulouse, ont été pris de vomissements et de diarrhées aiguës, victimes d’une intoxication alimentaire.

A l’arrivée des gendarmes, vers 23h30, quatre pensionnaires, âgées de 95, 93, 92 et 72 ans, étaient décédés. Une cinquième personne de 93 ans est morte lundi matin, après sa prise en charge par les secours.

Les 15 autres pensionnaires touchés par ces symptômes ont été pris en charge par les services de secours et placés en observation à l’hôpital « sans que le pronostic vital soit engagé », précise le parquet de Toulouse. Selon le groupe Korian, gestionnaire de la maison de retraite, qui accueille 80 résidents, trois d’entre eux avaient pu réintégrer l’établissement au cours de la journée.

Les services du procureur de la République, présents dès dimanche soir sur place, ont ouvert une enquête pour « homicide involontaires et blessures involontaires ». Elle a été confiée à la brigade de recherches de la compagnie de gendarmerie de Muret, appuyée par la section de recherches.

Un repas mixé en cause

Selon les premiers de l’enquête et les témoignages des proches, c’est le repas mixé pris par certains résidents, notamment les personnes atteintes d’Alzheimer, qui serait à l’origine des symptômes. Dimanche soir, c’est une salade périgourdine qui était au menu.

Huguette Héroux peut en témoigner. Elle était au côté de sa belle-mère, vers 18h, lorsque son repas lui a été servi. Malade d’Alzheimer, Antoinette, 90 ans, fait partie des résidents qui ont été hospitalisés. « A l’hôpital Rangueil, ils nous ont dit que c’était le repas mixé qui semblait poser problème », indique celle qui occupe le poste de directrice générale des services à la mairie du Lherm.

« Les repas sont préparés sur place. Quand ils sont servis, les personnels sont attentifs à la température, ils plongent le thermomètre dans chaque plat », indique-t-elle.

Une dernière inspection en février

Cette préparation dans les cuisines mêmes de l’Ehpad est confirmée par son propriétaire, le groupe Korian, qui gère 803 établissements à travers l’Europe. Il l’a racheté le 18 février dernier. Sa direction, qui a adressé ses condoléances aux familles, a précisé en cours de journée que les repas de « La Chaîneraie » étaient produits « sur place, avec ses propres équipes de cuisine ».

Elle a précisé que le dernier contrôle réglementaire d’hygiène périodique, « réalisé par un bureau d’étude externe, a eu lieu le 12 février 2019 ». Les résultats « étaient conformes », poursuit Korian, qui a ouvert en enquête interne en plus de celle menée par la gendarmerie.

Analyses toxicologiques en cours

La cuisine de la maison de retraite, où ont été confectionnés les repas, a été mise sous scellés. Des techniciens en investigation criminelle ont réalisé dès dimanche soir des prélevés et sont épaulés par les membres de l’Agence régionale de santé et ceux de la Direction départementale de la cohésion sociale et de la protection des populations.

Ces analyses toxicologiques viendront compléter les résultats des autopsies qui doivent être menées par l’institut de médecine légale de Toulouse au cours des prochaines heures.

En fonction des résultats, elles pourront orienter l’enquête pour savoir si c’est un produit ajouté à la préparation, et contenant des bactéries, qui est à l’origine de ce qui ressemble à un choc toxique.

Plaintes et colère des familles

Si les familles des victimes de l’intoxication ont été prévenues par la gendarmerie au cœur de la nuit, celles dont le proche n’était pas concerné n’ont pas reçu d’appels de l’établissement. Ce qui a suscité la colère de nombreux parents, qui ont appris qu’il s’agissait de leur maison de retraite à la radio ou la télévision.

Certains, qui ont perdu un proche ou dû faire face à une hospitalisation, ont d’ores et déjà annoncé vouloir porter plainte. Une question que se pose Emmanuel, qui a perdu sa maman, Suzette. Prévenu dans la nuit par un coup de fil, cet habitant de Franche-Comté est descendu en avion. Et sur place, « on a réussi à avoir personne », déplore-t-il, ému.

S’il réfléchit à porter plainte, « c’est pour avoir accès au dossier, pour savoir ce qui s’est passé. Depuis que nous sommes arrivés nous avons des versions contradictoires », assure-t-il, même s’il se refuse à accabler le personnel.