Privatisation des routes nationales: Les Alsaciens doivent-ils se préparer à payer les autoroutes?

AUTOROUTE Les sociétés d'autoroute lorgnent sur certaines routes nationales pour leur privatisation

Alexia Ighirri

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A351 à Strasbourg ( Archives)
A351 à Strasbourg ( Archives) — G .VARELA / 20 MINUTES
  • Les sociétés d’autoroutes s’intéressent au réseau routier national non concédé. Une hypothétique privatisation pourrait coûter aux Alsaciens.
  • En Alsace, hormis trois petits tronçons, les routes sont gratuites: l'A35 qui traverse la région est une autoroute non concédée.
  • Le président du Bas-Rhin Frédéric Bierry argue qu’une taxe mise en place par le département serait « la plus minime possible et toujours plus faible que si une société privée venait à gérer les routes. Et elle serait reversée à d’autres projets de mobilité. »

Vers la privatisation de routes nationales ? Selon un document révélé par Radio France, les sociétés d’autoroutes s’intéressent au réseau routier national non concédé. Dès 2014, elles proposaient de prendre en charge les « grands itinéraires » pour les transformer en autoroute.

Une hypothèse qui pourrait coûter cher en Alsace, traversée sur 180 km par l’A35, autoroute non concédée et donc gratuite. La région compte 300 km de routes nationales et autoroutes non concédées, dont 153 km dans le Bas-Rhin. Il s’agit essentiellement de l’autoroute, sauf quelques kilomètres de RN59 vers Châtenois et quelques autres de RN4 entre Strasbourg et Ittenheim. Seul un bout de l’autoroute A36 Mulhouse-Beaune au sud, de l’autoroute A4 Strasbourg-Paris au nord et le tunnel Maurice-Lemaire sont payants. Habitués de la gratuité, les Alsaciens pourraient donc avoir à préparer leur portefeuille en cas de privatisation des routes nationales non concédées.

Les départements « ont la compétence » pour gérer les routes

Sauf si leur gestion reste au département. « On gère déjà 3.500 km de routes dans le Bas-Rhin. Cela concernerait 300 km de routes supplémentaires : en termes de moyens, ce n’est pas compliqué, on a la compétence C’est mieux pour gérer la sécurité, la fluidité et la cohérence du réseau », assure Frédéric Bierry. Le président du conseil départemental du Bas-Rhin rappelle que cela a aussi été la demande formulée dans le cadre de la Collectivité européenne d'Alsace « pour mieux organiser le transit des poids lourds avec l’Allemagne. L’Etat ne peut pas, mais nous ça ne nous gêne pas d’aller discuter avec nos voisins allemands » quant à une possible mise en place de taxe pour les poids lourds qui fuient l’Allemagne payante au profit de l’Alsace gratuite.

Frédéric Bierry comprend que les routes peuvent être concédées « de manière lucrative », mais souligne « l’enjeu de service public, d’aménagement du territoire, de développement de routes intelligentes » défendu par le département. Et argue qu’une taxe mise en place par le département serait « la plus minime possible et toujours plus faible que si une société privée venait à gérer les routes. Et elle serait reversée à d’autres projets de mobilité. »

« L’idée c’est qu’une taxe poids lourd en Alsace participe au financement de projets de mobilité transfrontalière. Les sociétés privées le feront peut-être, mais il faudra que ce soit rentable : donc l’usager payera toujours plus. »