Marseille: La mairie lance son audit sur l'état des écoles...en plus de celui mené par l'Etat

EDUCATION Ce lundi, les élus marseillais doivent se prononcer sur le lancement d’un audit des écoles marseillaises, dont le délabrement fait régulièrement l’objet de polémiques

Mathilde Ceilles

— 

Une élève d'école primaire arrive pour le premier jour d'école, le 1er septembre 2015 à Marseille
Une élève d'école primaire arrive pour le premier jour d'école, le 1er septembre 2015 à Marseille — BERTRAND LANGLOIS AFP
  • La ville de Marseille fait l’objet de multiples polémiques sur l’Etat de ses écoles
  • Elle s’est résolue à lancer un diagnostic des besoins, en plus de celui mené par l’Etat sur la question…
  • Le sujet sera abordé ce lundi lors du conseil municipal. 

Là, un toit qui s’effondre après des pluies abondantes. Ici, de fortes odeurs nauséabondes qui révèlent que le bâtiment n’est pas raccordé au tout-à-l’égoût. A Marseille, le délabrement de certaines écoles est devenu problématique, au point de plonger la ville dans une polémique d’ampleur nationale. En février 2016, un article de Libération avait en effet mis en lumière les classes surchargées et les écoles vétustes avec lesquelles les enseignants de la cité phocéenne devaient composer depuis plusieurs années.

Une véritable « bombe » selon les termes de Jean-Claude Gaudin lors d’un conseil municipal en 2017. Quatre ans plus tard, la majorité s’est décidée à dégoupiller un diagnostic du patrimoine scolaire communal, qui a été voté ce lundi au conseil municipal. Telle que présentée à la presse, ce diagnostic serait fait via un marché public par un ou plusieurs bureaux d’études. « On pense que les audits pourront se dérouler au mois de juillet, peut-être même en août, si les bureaux d’études sont mobilisés à ce moment-là, estime Jean-Claude Gondard, secrétaire général de la Ville. On pense qu’à la rentrée, on pourrait disposer des monographies, école par école. »

Un sujet éminemment politique

L’objectif annoncé est double. Il s’agit tout d’abord de réaliser « un véritable état des lieux de l’ensemble des écoles de la ville. », selon un communiqué de la ville. D’un coût estimatif de six millions d’euros, ce diagnostic permettra également, selon cette même source, « d’adapter la programmation des travaux aux préconisations qui y seraient faites ».

Mais un troisième objectif semble se cacher derrière ce diagnostic, lancé un an avant les prochaines élections municipales : celui d’éteindre ce qui s’apparente à un incendie politique. Le sujet des écoles marseillaises, brûlant, a transpercé les murs de l’espace Bargemon où se tient le conseil. Le ministre de l’Education nationale en personne s’est dit favorable à la réalisation d’un audit à la fin de l’année 2018. Puis, la députée LREM de Marseille Cathy Racon-Bouzon a déposé un amendement spécifique à la loi sur « l’école de la confiance » pour obtenir cet état des lieux d’ici fin septembre.

Pétition et diagnostic de l’Etat

En parallèle, le 4 mars dernier, à l’initiative du recteur et du préfet, une lettre a été envoyée aux différents directeurs d’école, afin de « recueillir une image précise et factuelle de l’état » de leurs écoles. Près de 360 d’entre eux ont répondu à ce courrier selon Danièle Casanova, adjointe aux écoles. Quant à l’opposition municipale, elle a lancé une pétition réclamant notamment « un diagnostic complet des écoles marseillaises » et un grand plan de rénovation. La pétition a recueilli à ce jour plus de 12.000 signatures et sera déposée ce lundi sur le bureau du maire.

« On en a marre des procès politiques, s’agace Yves Moraine, chef de la majorité au sein du conseil municipal. Les services municipaux sont tous les jours dans les écoles, mais on ne les croit pas. On confie donc à un bureau d’étude indépendant le soin de l’analyse. Au moins on mettra fin au procès politicien à visée électorale telle qu’il est développé par l’opposition de gauche au conseil municipal, relayé par les députés LREM et appuyé de façon inacceptable par les représentants de l’État dans le département qui se livrent une immixtion inconstitutionnelle dans la gestion des collectivités locales. » Et d’ajouter : « puisque l’État veut un audit, il a qu’à participer au financement ! » La mairie réclame en effet trois millions d’euros de la part du gouvernement pour la soutenir dans ce projet.

« On ne lâche rien »

Et qu’importe si cet état des lieux là fait doublon avec celui lancé par le gouvernement… « Encore faut-il que la loi passe, lance Yves Moraine. Nous, on a fait le choix de faire appel à un bureau d’étude spécialisé, indépendant, agrée pour cela. Pas le ministre. Alors oui, peut-être il y aura deux diagnostics… ». Lors du conseil municipal, comme le rapporte Marsactu, le maire Jean-Claude Gaudin a indiqué vouloir saisir le conseil constitutionnel si l'audit porté par Cathy Racon-Bouzon était voté par le Parlement. 

« Je suis contente que la mairie réagisse après moult pressions, mais je ne suis pas dupe sur cette guerre des audits, lance Cathy Racon-Bouzon. Il y a des chances que cet audit, on ne le voit jamais, donc on ne lâche rien. La ville répond à une vexation, car ils n’ont pas fait ce qu’ils devaient faire. Mais si l’amendement va jusqu’au bout, on sollicitera la ville de Marseille, et cet audit technique peut servir au rapport du gouvernement. « Sur un tel sujet, il serait incompréhensible d’en rester à la phase des annonces ! », abonde Benoît Payan. Avec près de 450 établissements, la ville de Marseille compte deux fois plus d’écoles que sa voisine lyonnaise.

​​​​