«Gilets jaunes» à Avignon: «Cela va être une zone de guerre»… La ville se prépare pour la manifestation nationale interdite

MOBILISATION Des caméras de vidéosurveillance ont été installées avant la mobilisation des « gilets jaunes », tandis que les commerces se préparaient à fermer, face à des habitants plutôt flegmatiques

Caroline Delabroy

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Avignon s'attend à une manifestation d'ampleur nationale pour l'acte 20 des gilets jaunes.
Avignon s'attend à une manifestation d'ampleur nationale pour l'acte 20 des gilets jaunes. — C.D / 20 Minutes
  • La préfecture du Vaucluse a interdit la manifestation d’ampleur nationale des « gilets jaunes » samedi à Avignon.
  • La ville a décidé de fermer monuments, parkings et jardins publics, et aucun train ne desservira la gare d’Avignon-centre.
  • Vendredi, à part l’installation de caméras de vidéosurveillance, la protection des commerces, Avignon n’avait pas encore l’allure de ville morte.

« Tiens, ils sont en train de préparer demain », commente un homme, sandwich à la main, en passant devant le Monoprix de la rue de la République, l’artère commerçante d’Avignon. En cette heure du déjeuner vendredi, des travailleurs commencent à sortir les planches pour protéger les vitrines. Plus loin, autour du marché, plusieurs entreprises s’affairent à installer des caméras de vidéosurveillance et à vérifier le bon fonctionnement des bornes d’accès à l’hypercentre. « C’est à cause des “gilets jaunes”, on nous a demandé d’intervenir en urgence », confie un employé.

Avec Toulouse et Rouen, Avignon est l’une des trois préfectures qui a interdit de manifester ce samedi pour l’acte 20 des «  gilets jaunes ». Dans le Vaucluse, le préfet a invoqué, outre sa volonté de protéger le Palais des Papes, « les appels à une manifestation nationale relayés par les réseaux sociaux et notamment la présence prévisible de personnes appartenant à des groupes activistes violents ». La ville a enchaîné, prenant une série de mesures : musées, bibliothèques, monuments, parcs et jardins seront fermés toute la journée. De même que l’office de tourisme, où l’on accueillait ce vendredi le visiteur d’un : « Vous êtes là aujourd’hui ? Cela tombe bien car demain, cela va être une zone de guerre. »

« Fermer les portes, c’est quand le Rhône est en crue normalement ! »

L’office de tourisme – qui avait dû fermer plusieurs jours en décembre à la suite d’intrusion de casseurs – avait remisé depuis quelques semaines ses planches de protection. « Comme à la CCI d’ailleurs, ils vont devoir les remettre », observe Pascal, 57 ans, qui se prépare de son côté à changer ses habitudes samedi. Pas d’emplettes au marché, il sera fermé lui aussi. « Ce sera ménage », dit-il à moitié convaincu, se désolant de ce que « la ville ressemble à un couvre-feu ».

« Autant les revendications des “gilets jaunes” peuvent être compréhensibles, autant les moyens d’action me posent problème », poursuit-il, se souvenant de la fois, « juste avant les fêtes de Noël, où on était avec les enfants, en pleurs, quand la rue de la République était en feu ». A ses côtés, Virginie, 40 ans, trouve « malheureux » d’en arriver à boucler le centre-ville. « Fermer les portes, je n’ai jamais vu ça, lance-t-elle. C’est quand le Rhône est en crue normalement. Ce n’est pas tous les jours, en même temps si c’est pour dégrader la ville. »

« En 20 ans, c’est la première fois qu’on ferme un samedi »

Plus loin, juchés sur leurs vélos, un groupe de jeunes livreurs Deliveroo s’échangent les infos et discutent de travailler demain ou pas. « Autant les commerçants ont tous été avertis de fermer ce samedi, autant nous, on n’a eu aucune communication », regrette Damien 22 ans, tandis que Romain, 21 ans, tranche : « Personnellement, je n’irai pas. Je vais perdre 100 euros mais je n’ai pas envie de me prendre la tête. La dernière fois, dès que je voulais entrer ou sortir du centre-ville, je me faisais fouiller par les CRS. »

Vendredi, les forces de l’ordre n’étaient pas encore visibles, de même que les « gilets jaunes », alors que plusieurs parkings ferment dès 18 heures et que la gare d’Avignon-centre sera fermée samedi toute la journée. Avignon n’est pas encore passée en mode ville morte. Les terrasses sont pleines, et les touristes bien présents. Près du pont d’Avignon, la saison commence à peine pour ce magasin de souvenirs, ouvert tous les jours de mars à octobre.

« En 20 ans que je travaille ici, c’est la première fois qu’on va fermer un samedi », dit cette employée, cependant pas plus perturbée que cela. Sur les réseaux sociaux, l’heure est aux questions pratiques pour rejoindre samedi le point de rendez-vous : 12 heures au Palais des Papes. Un internaute s’amuse : « ça serait tellement drôle au dernier moment de se rassembler autre part que dans Avignon, comme ça ils auront pris toutes leurs dispositions possibles… pour RIEN ».