Réforme du lycée: Quels sont les risques pointés par les enseignants?

EDUCATION Le désenchantement des enseignants, dont beaucoup étaient pourtant favorables, au départ, à la réforme du lycée, est palpable. Le Se-Unsa les appelle à manifester ce samedi

Delphine Bancaud

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Une manifestation d'enseignants contre la réforme du lycée, le 24 janvier 2019 à Lyon;
Une manifestation d'enseignants contre la réforme du lycée, le 24 janvier 2019 à Lyon; — KONRAD K./SIPA
  • Les profs prévoient un emballement des élèves de seconde pour la spécialité maths, alors que la réforme du lycée voulait justement casser la domination de cette matière.
  • Les nouveaux programmes sont majoritairement jugés trop lourds en contenu, ce qui fait craindre des difficultés pour les élèves.
  • Les profs redoutent que les classes soient surchargées car la réforme va s’appliquer dans un contexte de suppressions de postes.

Plus le temps passe, plus les craintes se font jour. La réforme du lycée va commencer à se mettre en œuvre à la rentrée 2019 pour les élèves de 1re et les équipes pédagogiques ne semblent pas vraiment prêtes pour cette échéance. C’est ce que montre une enquête du SE-Unsa* révélée ce mercredi qui indique que 80 % des enseignants se sentent mal préparés à cette réforme du lycée. Ce qui pousse d’ailleurs le syndicat à appeler les enseignants à manifester ce samedi. 20 Minutes analyse les principaux problèmes déjà identifiés par les profs.

La spécialité maths risque de poser souci

Les lycéens actuellement en classe de Seconde sont en train de faire leurs choix de spécialités. La réforme du bac prévoit la disparition des maths du tronc commun, remplacées par un enseignement scientifique. La discipline sera proposée sous forme de spécialité pour les élèves de 1re et les options « maths complémentaires » et « maths expertes » seront proposées en Terminale. « L’idée de départ était de casser la logique des séries actuelles qui sont trop hiérarchisées et sélectionnent par les maths. Mais dans certaines académies, on sait déjà que les deux tiers des élèves vont choisir la spécialité maths, ce qui reviendra à reproduire la filière S sous une autre forme », estime Nicolas Anoto, professeur d’histoire géographie à Béziers (Hérault). « Et si dans certains lycées trop d’élèves demandent la spécialité maths, il est possible que ceux qui ont les résultats les plus faibles se la voient refuser. Cela risque de créer des conflits avec les parents », prévient Claire Krepper, secrétaire nationale du Se-Unsa.

Les nouveaux programmes font tiquer

Dans l’enquête du syndicat, 74 % des profs interrogés jugent les programmes du lycée trop lourds en contenu. Ceux de la spécialité maths s’avèrent particulièrement exigeants. « Du coup, on peut craindre l’échec de certains élèves de 1re dans cette discipline, qui abandonneront cette spécialité en terminale », redoute Claire Krepper. Pour éviter que des lycéens ne choisissent la spécialité maths, assez lourde, alors qu’ils ont déjà des difficultés dans cette matière, le Se-Unsa préconise de démarrer les options maths prévues en Terminale dès la 1re. Ainsi les élèves qui ne se destinent pas à des études scientifiques mais qui auront quand même besoin de maths dans leurs études pourront se maintenir à un niveau nécessaire.

Certains points du programme d'histoire-géographie, de sciences économiques et de français font aussi polémique. Le syndicat demande aussi la mise en place d’un comité de suivi des programmes et l’engagement du ministre à réviser ceux qui s’avéreront problématiques.

Le risque de classes surchargées pointé

Selon l’enquête du Se-Unsa, 76 % des enseignants pensent que les effectifs vont augmenter avec la réforme du lycée. « Tout d’abord parce que sa mise en œuvre coïncide avec les suppressions d'emplois annoncées par Jean-Michel Blanquer, ce qui va asphyxier la réforme », indique Stéphane Crochet, secrétaire général du Se-Unsa. « On risque d’avoir des groupes à 35 élèves sans pouvoir les dédoubler pour certains cours, comme on peut le faire aujourd’hui. Car les dotations horaires spécifiques dont les établissements disposaient pour ces dédoublements, vont servir à la mise en œuvre d’options. Idem pour l’accompagnement personnalisé, il sera amoindri. Les élèves plus en difficultés risquent d’être moins bien accompagnés », s’inquiète Sandra Murphy, professeur d’anglais dans un lycée à Eaubonne (Val-d’Oise). « Le ministre devrait décider en urgence de dotations supplémentaires pour permettre la mise en œuvre de la réforme », estime Stéphane Crochet.

 

*Enquête menée auprès de 3.264 enseignants dont 27% d'adhérents au Se-Unsa.