Conflit au Mans: «Les maires veulent tout aseptiser», s'alarme une figure nationale des forains

ECONOMIE Le président de l'intersyndicale foraine dénonce la volonté des mairies de bouter les forains hors des centres-villes

Frédéric Brenon

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Un stand de confiseries à la fête foraine de Nantes (illustration).
Un stand de confiseries à la fête foraine de Nantes (illustration). — F.Brenon/20Minutes
  • René Hayoun, président de l'intersyndicale des entrepreneurs et artisans de la fête foraine, est inquiet pour l'avenir de la profession.
  • Il déplore une tendance des municipalités à bouter les fêtes foraines hors des cœurs de ville.
  • C'est un conflit de ce type qui a dégénéré en des affrontements au Mans ces derniers jours.

Après quatre jours d’affrontements entre forains et forces de l’ordre, le calme est revenu au Mans ce mardi. Pour autant, le conflit est loin d’être résolu entre des professionnels réclamant d’installer leurs stands et manèges en centre-ville et la municipalité du Mans désireuse de déplacer la foire en périphérie. Une situation qui est « loin d’être isolée en France », selon René Hayoun, président de l’intersyndicale des entrepreneurs et artisans de la fête foraine, figure du monde forain français.

« On a eu des problèmes avec plein de villes »

S’il ne « cautionne pas » les actes de violences commis par ses confrères du Mans, René Hayoun déplore que de plus en plus de maires tentent de bouter les fêtes foraines hors des centres-villes. « On parle du Mans aujourd’hui mais on a eu des problèmes dans plein de villes ces dernières années : à Marseille, Paris, Lyon, Rouen, Orléans, Pau… La liste est longue. A chaque fois, on veut mettre les forains à l’écart dans ce qu’on appelle des aires événementielles, parfois gérées par un opérateur privé. On nous avance comme arguments un réaménagement urbain, que la fête foraine dérange les riverains. Ce sont des prétextes. Les flux, le bruit, ça se gère. »

Pour René Hayoun, la place des fêtes foraines est au cœur des villes. « On fait quand même partie du patrimoine populaire ! C’est un lieu de joie où différentes couches sociales se mélangent. A l’heure où la plupart des métropoles cherchent un moyen de redynamiser leurs centres-villes, il y a une incohérence à nous mettre à 10 kilomètres ! La réalité c’est que les nouveaux maires ont tendance à tout aseptiser. Il est plus facile pour eux d’avoir une ville-dortoir qu’une ville vivante. »

« On nous voit comme un cercle fermé mafieux »

Le représentant des forains craint les conséquences économiques pour une profession qui représente près de 200.000 emplois en France. « Quand on déplace une fête foraine, il faut entre 5 et 10 ans pour refidéliser une clientèle. Or nos charges augmentent, les investissements sont de plus en plus lourds pour les manèges. C’est la mort programmée. »

René Hayoun pense aussi que les forains sont victimes d’une mauvaise image. « On nous voit comme un cercle fermé mafieux alors que nous sommes des chefs d’entreprise et des gens de fête. Mais c’est sûr que les actions violentes du Mans nous desservent. Il y a d’autres moyens pour se faire entendre que de mettre le feu dans une ville ! A Paris, le 16 mars dernier, on a montré qu’on pouvait manifester calmement. »