Paca: Pourquoi Renaud Muselier prend des risques avec l’appellation «Région Sud»?

APPELLATION Renaud Muselier tient beaucoup à ce que l'on appelle la région Provence Alpes-Côte d'Azur « Région Sud »

Adrien Max

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La « Région Sud » s'affiche en grand, à l'entrée du Vieux-Port de Marseille.
La « Région Sud » s'affiche en grand, à l'entrée du Vieux-Port de Marseille. — Adrien Max / 20 Minutes
  • Une délibération du conseil Régional a ajouté l’appellation « Région Sud » à « Provence Alpes Côte d’Azur ».
  • Selon un spécialiste du marketing territorial cette stratégie est « légitime et pragmatique ».
  • Mais la préfecture rappelle que l’appellation « Région Sud » n’a rien d’officiel et que si elle venait à remplacer « Paca », sur les documents officiels, ils en deviendraient de fait caducs.

« Ne m’appelez plus jamais Paca… Ici c’est la Région Sud. » Les choses ne peuvent être plus claires avec cette gigantesque affiche installée récemment à l’entrée du Vieux-Port de Marseille. Depuis décembre 2017 et le vote d’une délibération, la région s’appelle désormais « Région Sud, Provence-Alpes-Côte d’Azur », comme l’a souhaité Renaud Muselier, son président, lassé de l’appellation Paca. Selon lui, « le terme de "Région Sud" associé aux trois "marques monde" que sont "Provence, Alpes, Côte d’Azur", participe au rayonnement international et à la reconnaissance de notre territoire ».

Sauf que dans la pratique, c’est surtout « Région Sud » qui l’emporte, comme en témoigne le slogan de l’affiche. Ou encore ce clip réalisé pour promouvoir la nouvelle appellation.

Une stratégie « légitime et pragmatique », qui n’a rien d’officielle

Benoit Meyronin, spécialiste du marketing territorial et professeur à l’EM Grenoble, rejoint l’avis de Renaud Muselier. « L’acronyme Paca n’est pas très vendeur. Je trouve que c’est une stratégie légitime et assez pragmatique, d’autant plus que cette région est la plus à même de revendiquer l’appellation "Sud" », estime-t-il. Cette stratégie rejoint celle d’autres régions, dont les noms résonnent toujours plus comme des marques. « Prenez "Aquitaine", qui est devenue "Nouvelle Aquitaine". Ce nouveau nom donne un élan de jeunesse. La stratégie est d’être le plus parlant possible pour toucher un maximum de monde », précise-t-il.

Mais cette appellation pourrait jouer des tours à l’institution. Lors de ses vœux à la presse en janvier dernier, Renaud Muselier avait d’ailleurs montré les muscles. « Le préfet m’a écrit pour m’interdire d’utiliser "Sud", je lui ai répondu que je l’interdisais d’utiliser "Paca" », avait-il plaisanté.

Selon la préfecture, « l’appellation "Région Sud" n’est effectivement pas officielle. Selon les dispositions de l’article L4121-1 du Code général des collectivités territoriales, le nom d’une région est modifié par décret en Conseil d’Etat après consultation du conseil régional et des conseils départementaux intéressés ». Or, la demande de changement de nom n’a pas été déposée auprès du Conseil d’Etat par le conseil régional. La dénomination reste donc « Provence-Alpes-Côte d’Azur » pour les actes officiels.

Une marque plus qu’un nom officiel

Si un document venait à faire mention de la « Région Sud », sans « Provence-Alpes-Côte d’Azur », il en deviendrait ainsi caduc. La région en a bien conscience, mais gare à la confusion. « Le nom officiel reste bien évidemment Provence Alpes Côte d’Azur, et c’est ce nom qui est mentionné sur tous les documents officiels. L’appellation "Région Sud" est une marque déposée à l’Inpi, qui sert uniquement de support de communication », explique-t-on.

Si la Région n’a pas communiqué sur le coût d’un support comme celui installé sur le Vieux-Port, le prix de telles campagnes est souvent important. « La Région aurait pu effectivement faire le choix de développer "Provence" "Alpes" et "Côte d’Azur", les trois marques déjà existantes. Cette stratégie peut être la bonne quand ça va plus loin qu’un simple support de com', ou une simple promotion territoriale. Par exemple quand une région veut obtenir des labels », considère Benoit Meyronin. Il rappelle qu’elle remonte à plusieurs décennies, par exemple lorsque les Côtes du Nord, jugé trop défavorisant, sont devenues les Côtes d’Armor le 27 février 1990.