Lyon: Quand les conducteurs TCL et les cyclistes échangent leurs rôles pour mieux se comprendre

SECURITE Le Sytral a mené jeudi une opération « Vis ma vie » pour mieux prendre en compte les besoins spécifiques de chacun et éviter les accidents

Caroline Girardon

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Le Sytral a invité les cyclistes et les conducteurs TCL a changer de rôle le temps d'une matinée.
Le Sytral a invité les cyclistes et les conducteurs TCL a changer de rôle le temps d'une matinée. — C. Girardon / 20 Minutes
  • Le Sytral, qui gère les transports en commun à Lyon, a invité les cyclistes et les conducteurs TCL à changer de place le temps d’une matinée.
  • L’objectif : mieux comprendre les besoins spécifiques de chacun afin d’éviter les accidents.
  • Il s’agissait aussi d’apprendre à partager plus pacifiquement l’espace public.

Au volant de son bus, Michel, conducteur TCL depuis 12 ans, fait mine de frôler Willy, l’un de ses collègues, perché sur un vélo. « C’est pour qu’il sente un peu l’air », lance-t-il, hilare. Avant de reprendre son sérieux et de se prêter à l’exercice. Le Sytral de Lyon a organisé ce jeudi une opération « Vis ma vie », invitant les cyclistes et les conducteurs de bus ou de tramway à changer de rôle, le temps d’une matinée.

L’objectif : « prendre en compte les besoins spécifiques de chacun » afin de mieux cohabiter dans l’espace public et éviter les accidents. L’an dernier, 5 collisions entre des cyclistes et des tramways ont été recensées et 3 autres impliquaient des bus et des vélos.

Des cyclistes au volant d’un bus ou aux manettes d’un tramway

Distance de freinage, angles morts… Cinq ateliers ont été ainsi été proposés pour que les uns se glissent dans la peau des autres. Installé devant les écrans d’un simulateur, Louis-Emmanuel, 38 ans, a pour mission de conduire un tramway. Manettes à portée de main, le cycliste scrute attentivement l’écran, prêt à déclencher le freinage d’urgence en cas de besoin. Un vélo roulant sur le trottoir vient d’ailleurs de déboîter sous son nez, sautant subitement sur les rails et opérant un virage à gauche.

« C’est un exercice intéressant car il est parfois difficile d’appréhender de telles situations. Dans ce cas, la seule parade pour éviter l’accident est le réflexe du conducteur. Cela donne une bonne idée de la distance et du temps nécessaires pour s’arrêter et stopper complètement le véhicule », expose le trentenaire, adepte de la bicyclette au quotidien. Lui-même s’est parfois senti en danger lorsqu’il lui est arrivé de circuler à côté d’un bus dans des espaces restreints.

Les cyclistes ? Parfois « une source de stress »

Camille, 26 ans, assise derrière le volant d’un bus, est tout aussi convaincue. Elle vient de faire l’expérience des « angles morts », constatant qu’elle avait toutes les peines du monde à voir ce qui se passait le long de l’aile droite du véhicule. « Je n’ai plus envie de doubler des bus », rit-elle. « Lorsque je circule à vélo, je me déporte largement. Je pensais être davantage en sécurité. Mais pas du tout, je réalise surtout que les chauffeurs ne peuvent pas me voir », ajoute-t-elle, confessant facilement être « parfois imprudente ».

« C’est vrai que les cyclistes sont pour nous, une source de stress, surtout ceux qui roulent avec des écouteurs, en téléphonant ou en regardant leurs téléphones. Ils slaloment, totalement coupés de la réalité », expose Michel Juenet, conducteur de la ligne 25.

« Certains ne respectent pas les feux, ne prennent pas en compte les coups de klaxons et finissent par nous insulter. Au début, je ne dis rien, je tente de rester calme mais à la fin de la journée, oui j’ai pu perdre patience », reconnaît Willy, chauffeur de la ligne C14 depuis sept ans. « Ce genre d’ateliers permet d’échanger. C’est très utile car cela prouve qu’on peut partager la route en bonne intelligence », conclut-il.