Sans-abri: Un recensement est «indispensable» en France, estime un rapport parlementaire

PRECARITE Le système d’hébergement d’urgence souffre d’un « déficit de pilotage », car la réalité des personnes à la rue est « très mal connue et quantifiée par les pouvoirs publics », estiment les parlementaires

20 Minutes avec AFP

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Un sans-abri à Strasbourg.
Un sans-abri à Strasbourg. — G. Varela/20 Minutes

Mieux quantifier les besoins, en finir avec la saturation des lieux d’accueil… Dans un rapport, publié ce mercredi, les parlementaires estiment qu’un recensement des sans-abri en France est « indispensable ».

Le système d’hébergement d’urgence souffre d’un « déficit de pilotage », car la réalité des personnes à la rue est « très mal connue et quantifiée par les pouvoirs publics », constate le député Nicolas Démoulin (LREM), dans les conclusions de ce rapport, fruit d’un groupe de travail au sein de la commission des affaires économiques de l’Assemblée.

En quatre ans, le budget consacré à l’hébergement d’urgence a grimpé de 54 %

Les dernières statistiques officielles remontent à 2012, lorsque l’Insee avait recensé 141.000 personnes sans-domicile en France. Un nombre désormais « complètement obsolète » au vu de la crise migratoire et de « l’aggravation de la précarité » survenues depuis. Cette méconnaissance des sans-abri « entrave toute capacité de l’État et des acteurs locaux à programmer une offre d’hébergement adaptée », à un public de plus en plus divers, « dont un nombre croissant de familles, de femmes et d’enfants ».

Pourtant entre 2012 et 2018, le budget consacré à l’hébergement d’urgence a grimpé de plus de moitié (54 %), pour atteindre deux milliards d’euros. Une somme qu'« aucune organisation ne dépenserait (…) sans connaître précisément le public pour lequel elle engage un tel montant », estime le rapport.

Un système d’hébergement saturé, marqué par les « inégalités » entre centres

Une nouvelle enquête de l’Insee apparaît donc « indispensable » aux députés. Et à l’instar de Paris, Grenoble et Metz, qui comptent désormais leurs sans-abri lors d’une nuit d’hiver, «  les nuits de la solidarité devraient être généralisées à toutes les métropoles, au minimum deux fois par an », en hiver et en été.

« Il faut qu’on arrête d’en parler (des sans-abri) en novembre quand la trêve hivernale arrive ou quand on découvre des morts dans la rue », a déclaré Nicolas Démoulin. Les députés décrivent par ailleurs un système d’hébergement saturé, marqué par les « inégalités » entre centres : « des missions élémentaires, comme la distribution d’un repas le soir, ne sont pas partout assurées au mépris de la loi », selon leur compte rendu.

« Accélérer les régularisations des familles sans-papiers » pour libérer des places

La saturation conduit également les centres des zones tendues à établir une « priorisation des publics », en contradiction avec la loi, selon laquelle tout sans-abri doit pouvoir être hébergé sans condition​. Pour libérer des places, le rapport recommande notamment « d’accélérer les régularisations des familles sans-papiers », dont beaucoup engorgent les hôtels sociaux pendant des années car leur situation administrative les empêche d’obtenir un logement.

Alors que le gouvernement mène une politique du « logement d’abord » pour augmenter la production de logements très sociaux, le rapport recommande enfin de développer « les dispositifs d’accompagnement dans le logement (…) aujourd’hui éclatés et insuffisants. »