Maltraitance animale à La Réunion: Brigitte Bardot n'aurait-elle pas un peu raison?

FLEAU Lysiane Uny, présidente d'une association de protection des animaux à La Réunion, condamne elle aussi les propos de Brigitte Bardot. Mais insiste sur le fait que l'errance animale est un vrai fléau dans le département

Julie Bossart

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Comité d'accueil devant une boulangerie de l'ouest de La Réunion en décembre 2018.
Comité d'accueil devant une boulangerie de l'ouest de La Réunion en décembre 2018. — J.Bossart

La lettre que Brigitte Bardot a adressée mardi au préfet de La Réunion au sujet de l’errance animale dans ce département d’outre-mer a provoqué un tollé chez nombre de Réunionnais et de politiques ultramarins et métropolitains. Depuis, les plaintes contre la militante de la cause animale se multiplient comme des petits pains, tant ses propos sont virulents à l’égard de la population locale, qu’elle accuse d’être « dégénérée » ou encore « barbare ».

Des propos que condamne elle aussi Revez (pour « Rényon viv ensamb ek zanimo »), une association de protection animale qui œuvre depuis 2013 dans l’île. « Choquée » par cette diatribe « discriminatoire, raciste et de généralisation envers les Réunionnais », sa présidente, Lysiane Uni, ne compte pour autant pas porter plainte. Car, si, dans la forme, « BB » a totalement craqué, dans le fond, n’aurait-elle pas un peu raison ?

Il n’a pas été facile de contacter une association de protection des animaux pour la faire réagir sur la polémique. Pourquoi avoir accepté de répondre ?

Parce que nous craignions que le grand public ne s’intéresse qu’à la polémique, et pas au problème de fond. Nous ne commenterons pas les amalgames grossiers concernant les pratiques religieuses diversifiées dans l’île, l’utilisation supposée des chiens appâts et la problématique des attaques de requins. Mais, bien sûr qu’il y a de la maltraitance animale à La Réunion, il serait fou de le nier. Il y a des cas terribles de chiens battus et retrouvés avec des oreilles tranchées ou des pattes sectionnées… Mais ils sont la conséquence de l’errance animale, dont les conséquences sont réelles et multiples.

Pourquoi donc y a-t-il autant d’animaux errants sur l’île ? Selon une étude mandatée par la préfecture, ils étaient au nombre de 73.000 l’an passé…

Cette étude a démontré qu’il y a à La Réunion un animal pour 3,88 habitants, soit le même ratio que celui des Philippines. Cette surpopulation est due principalement à un manque d’information de la population sur ses risques et donc la nécessité de la stérilisation, mais aussi à un manque de volonté des pouvoirs publics.

Quels risques la surpopulation animale fait-elle d’ailleurs courir aux Réunionnais ?

Il y a d’abord les risques d’attaques. Il est rare de voir des meutes de chiens, aux ronds-points, par exemple, se jeter sur les piétons. Mais les sportifs, les joggers, les cyclistes, sont plus exposés. Lorsque c’est sur des véhicules, cela peut entraîner des écarts, des accidents. En règle générale, il faut l’avouer, ce sont plutôt les automobilistes qui foncent sur les animaux. A ce propos, 20.000 chiens et chats sont écrasés sur les routes de l’île, estime le territoire de la communauté d’agglomération de l’ouest de l’île (TCO). Et encore, ce doit être un chiffre sous-estimé, car certains ne sont pas « ramassables » vu leur état. Il y a aussi des problèmes économiques. A Revez, nous avons été en contact avec un éleveur de La Plaine-des-Cafres (sud de l’île) qui a fini par mettre la clé sous la porte à force de perdre ses bêtes, qui étaient décimées par des chiens divagants, qui avaient des maîtres, donc. Il peut aussi y avoir des problèmes sanitaires. A Madagascar, la rage sévit toujours, si un rat malade arrivait clandestinement par bateau à La Réunion, ce serait catastrophique. Il y a enfin les problèmes écologiques. Il arrive que des pétrels de Barau, une espèce menacée, soient attaqués et tués par des chats sauvages.

Comment endiguer le phénomène, selon vous ? Le plan de lutte contre l’errance animale lancé l’an dernier par le préfet de La Réunion ne témoigne-t-il pas d’une prise de conscience ?

Il est vrai que différentes actions ont été mises en place : une campagne de sensibilisation a été affichée sur des panneaux situés sur la voirie et a été diffusée à la radio. Notre association prépare d’ailleurs un spot TV qui doit bientôt être diffusé sur les télés locales. Mais, à nos yeux, il faudrait d’abord une campagne de stérilisation massive ainsi que l’application de la loi.

C’est-à-dire ?

A Revez, nous avons aujourd’hui un objectif principal : sensibiliser les élus et les plus jeunes sur la question de l’errance animale. Nous sommes d’ailleurs en train de mettre en place des sessions dans les établissements scolaires. Nous avions un autre grand objectif, celui de faire appliquer la loi, en portant plusieurs plaintes. Mais nous avons dû arrêter : soit les plaignants se rétractaient au dernier moment de peur des représailles, soit les contrevenants n’étaient sanctionnés que d’un simple rappel à la loi… Ce qui alimente le sentiment d’impunité… Alors, vous savez, procéder à 10.000 euthanasies par an ne réglera pas le problème. Il faut sensibiliser les gens, les pousser à faire stériliser leurs animaux. Ce qui est parfois difficile à faire comprendre car, pour certains, « un vrai chien est un chien entier ».

A ce propos, à La Réunion, on dit souvent, c’est un chien « lakour », un chien qu’on laisse traîner, en quelque sorte, sans y prêter trop d’attention, le nourrissant quand on y pense. Comment décriviez-vous le rapport des Réunionnais à l’animal domestique ?

C’est vrai que le rapport est différent. A cause de la précarité : la misère sociale engendre la misère animale. A cause aussi, peut-être, de l’histoire. A l’origine, les chiens étaient utilisés sur l’île pour rattraper les esclaves qui s’étaient enfuis. Il y avait comme une peur ancestrale vis-à-vis de cet animal. Mais ce rapport a quand même évolué ! Il y a de plus en plus de personnes qui s’intéressent aux animaux. Je pense même qu’il y a environ une vingtaine d’associations dans le département, et qu’elles sont toutes surchargées. Il n’empêche, que La Réunion soit le département français où il y a le plus d’euthanasies d’animaux n’est pas acceptable aujourd’hui.

Vous ne porterez donc pas plainte contre Brigitte Bardot ?

Non, nous, nous préférons nous attaquer au fond, pas à la forme.