La somnolence au volant est un risque que font courir fréquemment les conducteurs à eux-mêmes et aux autres.
La somnolence au volant est un risque que font courir fréquemment les conducteurs à eux-mêmes et aux autres. — Ridy/Cover Images/SIPA

ROUTE

Pourquoi la somnolence au volant est-elle devenue un fléau?

Selon une enquête Opinion Way pour Optic 2000 parue ce jeudi, près d’un Français sur deux déclare avoir déjà somnolé au volant et 38 % des sondés avouent même avoir déjà eu peur de causer un accident

  • Selon la sécurité routière, entre 2013 à 2017, la somnolence était en cause dans 25 % des accidents mortels sur les autoroutes.
  • Elle est due à la privation de sommeil, à certaines pathologies, à l’absence de pauses sur la route et à la consommation de médicaments.

Les yeux qui papillonnent de plus en plus avant de se fermer alors que vous êtes au volant. Loin d’être un épiphénomène, la somnolence au volant est un risque que font courir fréquemment les conducteurs à eux-mêmes et aux autres. Selon une enquête* réalisé par Opinion Way pour Optic 2000 parue ce jeudi, près d’un Français sur deux déclare ainsi avoir déjà somnolé au volant et 38 % des sondés avouent même avoir déjà eu peur de causer un accident parce qu’ils avaient une forte envie de dormir.

Un danger dont les effets se mesurent dans le dernierbilan de l'accidentalité routière de l’Observatoire national Interministériel de la sécurité routière, qui indique qu’entre 2013 à 2017, la somnolence était en cause dans 25 % des accidents mortels sur les autoroutes. C’était même la première cause d’accident chez les conducteurs âgés entre 55 ans et 74 ans sur le réseau autoroutier en 2017. « Les longues distances parcourues sur autoroute peuvent être plus propices à la somnolence en raison de la monotonie du trajet. Mais les accidents causés par la fatigue sont aussi constatés sur certaines grandes routes droites du réseau secondaire, comme dans les Landes par exemple », observe le délégué interministériel à la Sécurité routière, Emmanuel Barbe.* Et selon les statistiques de la Sécurité routière, les périodes de 4h à 8h et de 14h à 17h concentrent à elles seules la moitié des accidents mortels liés à la somnolence (respectivement 34 % et 15 %).

La dette chronique de sommeil est en cause

Une somnolence qui a plusieurs causes, analysées par le Professeur Pierre Philip, responsable de la clinique du sommeil du CHU de Bordeaux Pellegrin : « La privation de sommeil, certaines pathologies comme l’apnée du sommeil, la consommation de médicaments (antidépresseurs, somnifères, anxiolytiques…). Et cette somnolence risque d’augmenter avec la progression de certaines pathologies liée au vieillissement de la population et à la dette chronique de sommeil, comme l’a montrée une récente étude de Santé publique France. On y apprenait que les Français dormaient moins de sept heures par nuit en moyenne », souligne-t-il.

Les conducteurs ont aussi plus tendance à piquer du nez lors des grands départs en vacances, observe Nathalie Irisson, la secrétaire générale de l’association Attitude Prévention : « Non seulement les conducteurs ont accumulé de la fatigue les mois d’avant, mais ils ont aussi tendance à se coucher tard la veille d’un départ, pour boucler leurs valises. Ou à partir tôt pour éviter les embouteillages ». « Tous les conducteurs ne respectent pas non plus le principe d’une pause toutes les deux heures, alors que conduire demande une forte concentration », souligne aussi Chantal Perrichon, la présidente de la Ligue contre la violence routière.

Une pause s’impose

Pour éviter d’avoir envie de tomber dans les bras de Morphée, il suffit pourtant de prendre quelques précautions. « Les personnes qui sont sous traitement doivent impérativement regarder sur leurs boîtes de médicament quel est le pictogramme affiché : s’il est rouge, il ne faut pas conduire. Par ailleurs, il faut dormir au moins 7 heures avant de prendre la route pour un long voyage », recommande le Pr Pierre Philip.

Autres conseils de Nathalie Irisson : « Il ne faut pas boire d’alcool avant le trajet et prendre un repas léger. Il est aussi impératif de s’arrêter toutes les deux heures pour se dégourdit les jambes ». Pour Emmanuel Barbe, il faut aussi être attentif aux signaux envoyés par son corps : « Si on a les yeux qui clignent, une raideur dans la nuque, si l’on baille, il faut s’arrêter et faire une sieste de 15 minutes minimum ». Le délégué interministériel à la Sécurité routière invite aussi à des comportements moins sexistes concernant le volant : « Beaucoup d’hommes conduisent pendant les gros trajets au lieu de se faire relayer par leur femme. Or, si c’était le cas, chacun pourrait se reposer à son tour et le risque de somnolence serait mineur », souligne-t-il.

La technologie à la rescousse des conducteurs

Pour aider les conducteurs à mieux prendre en compte leur fatigue, les constructeurs automobiles continuent à innover : « Certains véhicules sont dotés de capteurs qui détectent les petits changements de trajectoires et envoient un signal au conducteur pour lui dire de s’arrêter », précise Chantal Perrichon.

« Il existe aussi des lunettes connectées ​qui détectent la fatigue via les battements de paupière et préviennent le conducteur », ajoute Emmanuel Barbe. Les bandes rugueuses sur certaines routes permettent aussi aux conducteurs de rester vigilants. « Mais toute la technologie du monde ne remplacera un bon repos », insiste Nathalie Irisson.

*Selon un sondage  réalisé par Opinion Way pour Optic 2000. Il a été mené du 27 février au 3 mars 2019 auprès d'un échantillon de 1.350 détenteurs du permis de conduire âgés de 18 ans et plus, selon la méthode des quotas.