Les Réunionnais «dégénérés»: Les plaintes s'enchaînent contre Brigitte Bardot

MALTRAITANCE ANIMALE Après SOS Racisme, le président de la région ou encore celui de l'association des maires, c'est au tour du préfet de La Réunion de porter plainte contre la militante de la cause animale

Julie Bossart
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Brigitte Bardot à l'Elysée, le 27 septembre 2007.
Brigitte Bardot à l'Elysée, le 27 septembre 2007. — ERIC FEFERBERG / AFP
  • Brigitte Bardot s’en est pris violemment aux Réunionnais, qu’elle accuse de « se conduire sauvagement avec les animaux » : « Les autochtones ont gardé leurs gênes [sic] de sauvages ».
  • Après SOS Racisme, le président de la région, Didier Robert, ou encore le président de l’association des maires du département de La Réunion (AMDR), Stéphane Fouassin, c’est le préfet lui-même, Amaury de Saint-Quentin, qui a décidé de porter plainte.
  • Elle a touché deux points ultrasensibles : le « modèle de tolérance » « à la Réunionnaise » revendiqué autant dans le département qu’à l’extérieur et le fléau, réel, de l’errance animale sur l’île.

C’est ce qui s’appelle faire l’unanimité contre soi. Mais Brigitte Bardot y est habituée, elle qui a déjà été condamnée à cinq reprises pour incitation à la haine raciale. Et d’autres poursuites lui pendent au nez.

Après SOS Racisme, le président de la région, Didier Robert, ou encore le président de l’association des maires du département de La Réunion (AMDR), Stéphane Fouassin, c’est le préfet lui-même, Amaury de Saint-Quentin, qui a décidé de porter plainte ce mercredi contre l’ex-icône du cinéma en saisissant le procureur de la République. Une démarche à laquelle devrait s’associer la ministre des Outre-Mer, Annick Girardin, ainsi qu’elle l’a annoncé mardi, jour où « BB » a créé la polémique.



« Les autochtones ont gardé leurs gênes [sic] de sauvages »

Dans une lettre adressée au préfet de La Réunion hier, la présidente de la Fondation Brigitte-Bardot s’en prend violemment aux Réunionnais, qu’elle accuse de « se conduire sauvagement avec les animaux ». « Les autochtones ont gardé leurs gênes [sic] de sauvages », écrit-elle, avant de parler d'« une population dégénérée encore imprégnée des coutumes ancestrales, des traditions barbares qui sont leurs souches ». La militante s’en prend notamment à la communauté tamoule et à ses traditions, « avec des décapitations de chèvres et boucs en offrandes à leurs Dieux et dont les abats jetés à la mer attirent les requins (…). Tout ça a des réminiscences de cannibalisme des siècles passés. »

Une première lettre en 2017, rappelle la communauté tamoule

Particulièrement visée, la Fédération des associations et groupements religieux hindous et culturels tamouls de La Réunion a elle aussi fait savoir ce mercredi qu’elle portait plainte contre Brigitte Bardot, indique Linfo.re. Son président, Jean-Luc Amaravady, ne trouve aucune excuse à l’ex-star : « Aujourd’hui, on peut défendre tout, mais on ne peut pas dire n’importe quoi, déclare-t-il à 20 Minutes. En 2019, on ne peut pas se permettre de tels propos. Je suis en colère et très déçu d’elle. Mais qu’est-ce qu’elle a contre La Réunion ? Ce n’est pas la première fois qu’elle s’en prend à notre île comme ça. »

En octobre 2017, la présidente de la Fondation Brigitte Bardot avait déjà rédigé une lettre à l’adresse du préfet, dans laquelle, déjà, là aussi, elle parlait d’animaux « utilisés comme appâts vivants pour la pêche aux requins ». Elle se demandait alors si « l’île de La Réunion [était] devenue un Far West où des apprentis cow-boys peuvent se défouler et tirer sur des chiens ? ». Pour Jean-Luc Amaravady, « il s’agit clairement de racisme, qui ne permettra pas de défendre la cause animale, mais juste d’attiser la haine ». Il conclut en insistant sur le fait que sa « communauté a des règles d’hygiène irréprochables. On a un savoir-vivre, on est Français, on respecte la loi. Vous croyez quoi ? Qu’après chaque cérémonie l’un des nôtres part en missouk [en cachette] jeter les restes d’animaux sacrifiés à la mer ? Les collectivités ont mis en place un système de ramassage, on s’y plie ! »

Condamnés à La Réunion, les propos « injurieux » et « racistes » de « BB » le sont aussi en métropole. Entre autres par Marlène Schiappa, la secrétaire d’Etat chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes, Patrick Karam, le président d’honneur du Conseil représentatif des Français d’Outre-mer (Crefom), ou bien Frédéric Potier, le délégué interministériel à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT :




Deux sujets ultrasensibles à La Réunion

Si Brigitte Bardot s’est attiré les foudres des Réunionnais, c’est aussi, quelque part, parce qu’elle a touché deux points ultrasensibles : le « modèle de tolérance » « à la Réunionnaise » revendiqué autant dans le département qu’à l’extérieur et le fléau, réel, de l’errance animale sur l’île. L’Union des étudiants réunionnais de l’hexagone (UERH) rappelle ainsi que, par cette lettre ouverte, l’ex-actrice attaque « manière frontale » « la République et le vivre-ensemble réunionnais ». Et de souligner que ce dernier est « un exemple pour le monde entier ».

En ce qui concerne l'errance animale, le préfet de La Réunion, dans le cadre d'un plan de lutte, a mandaté la Direction de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt de La Réunion (Daaf) pour qu'elle réalise une étude. Menée entre juin 2017 et juin 2018, elle a permis d’établir que « sur les 222.800 chiens détenus par des propriétaires (159.690 pour les chats), 30.900 sont divagants (sans propriétaires identifiés) et 42.100 sont errants (sans propriétaires identifiés) ». Or, « la reproduction excessive des chiens divagants alimente la population de chiens errants. Ainsi, il y a environ 5.500 chiots en 2018 issus de cette reproduction qui n’ont pas trouvé de propriétaire. » Le plan préconise, notamment, de renforcer le nombre de stérilisations (8.000 par an actuellement) des chiens et des chats.


L’errance animale dans le grand débat national

Preuve que l’errance animale est une problématique sérieuse et concernante, le sujet a même fait l’objet d’une réunion publique dans le cadre du grand débat national. Elle a été organisée le 23 février à Saint-Paul (ouest de l’île) par l’association Alliance Zanimos et Milit’Activ’974 et a permis d’échanger sur les solutions pour endiguer le phénomène, rapporte La1ere.