«Gilets jaunes»: Qu’est-ce que les PMC, Produits marquants codés, annoncés par Edouard Philippe pour marquer les manifestants ?

POLICE Ce nouveau dispositif permettra de marquer pour plusieurs semaines un manifestant afin de le retrouver s’il s’est rendu coupable de vandalisme

Jean-Loup Delmas

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Ils pourront être utilisés dans les grenades lacrymogènes
Ils pourront être utilisés dans les grenades lacrymogènes — SIPA

Ce lundi, Edouard Philippe a annoncé plusieurs mesures dans la foulée des aux violences de samedi lors de l’acte 18 des « gilets jaunes ». Plus grande autonomie des forces de l’ordre, interdiction de manifester dans certains quartiers, mais aussi possibilité pour la police de pouvoir « marquer » les casseurs afin de mieux les identifier. Ce dernier point étant le plus flou, 20 Minutes fait le point en quelques questions.

Comment cela fonctionne-t-il ?

Les PMC (Produits Marquants Codés) sont ajoutés dans les canons à eau ou dans les gaz lacrymogènes. Ils sont incolores, inodores et invisibles, mais deviennent fluorescents une fois qu’on les passe aux UV, permettant ainsi de les repérer. La marque reste très longtemps : plusieurs mois sur les vêtements en résistant au lavage et de trois à quatre semaines sur la peau. Chaque marqueur est unique, permettant de savoir à quel événement le marquage est lié.

Est-ce la réponse attendue par la police ?

« C’est clairement une de nos difficultés du moment : comment identifier des casseurs cagoulés et masqués ? », avance Philippe Capon, secrétaire général de UNSA-Police, qui refuse l’idée d’une solution miracle : « Il faut déjà les essayer en manifestation pour voir si cela fonctionne et si c’est efficace. Et puis, tout dépendra également de la justice. Une fois qu’on a identifié un casseur, il faudra voir quelles sanctions seront prises contre lui lorsque la seule preuve sera le marquage. »

Christian Mouhanna, sociologue et directeur du Centre de recherche sociologique sur le droit et les institutions pénales (CESDIP), est encore plus sceptique : « C’est encore la logique du durcissement progressif et d’accroître la sévérité de la répression… On voit pour le moment les résultats qu’a obtenus cette politique : plus de violences en escalade et un cercle vicieux. La police est vue uniquement comme une unité répressive, ce qui provoque chez les forces de l’ordre elles-mêmes un profond mal-être, alors qu’on pourrait lui donner des possibilités de dialogue et d’apaisement. »

Le dispositif est-il déjà utilisé ?

« Je n’ai pas eu échos d’utilisation précédente par les forces de police, mais on utilise le même principe dans les bijouteries ou certains billets de banques. Cela permet de tracer le voleur en cas de délit », souligne Philippe Capon.

Comment distinguer les casseurs des manifestants pacifiques ?

Il y a d’abord « l’hypothèse d’une utilisation par des armes de précision permettant de cibler individuellement des personnes », décrit le secrétaire général de UNSA-Police. En ce qui concerne les canons à eaux et les gaz lacrymogènes, « ils ne seront employés qu’à partir du moment où les sommations ont été faites. Les tirs de foule ne viseront donc que des individus ayant fait le choix de rester, ce qui est un délit. » C’est aussi l’effet dissuasif espéré par la police : « Je n’ai aucun doute sur le fait que les casseurs "professionnels" tels les blacks blocs continueront à casser malgré l’emploi de cette nouvelle méthode. Peut-être pourrons-nous les retrouver grâce à cela. Ce qu’on espère, c’est que les manifestants "dans l’entre-deux", qui ne sont pas venus pour casser mais qui se laissent aspirer dans la violence, réfléchissent plus avec ce dispositif qui nous permettra de les retrouver, et renoncent. »

Des explications qui ont du mal à convaincre Christian Mouhanna : « Il y a évidemment des risques de dérives et de voir des manifestants marqués alors qu’ils n’ont participé à aucune action des casseurs », déplore-t-il. « On ne peut éluder la difficulté de traiter seulement les bonnes personnes avec cette arme. »