«Gilets jaunes»: Pourquoi le gouvernement a-t-il remplacé Michel Delpuech à la tête de la préfecture de police?

INSTITUTION A la suite des débordements de samedi à Paris, Didier Lallement, préfet de la région Nouvelle Aquitaine, succède ce mercredi à ce haut fonctionnaire, âgé de 66 ans

Thibaut Chevillard

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Arrivé en 2017 à la tête de la préfecture de police de Paris, Michel Delpuech sera remplacé par Didier Lallement ce mercredi
Arrivé en 2017 à la tête de la préfecture de police de Paris, Michel Delpuech sera remplacé par Didier Lallement ce mercredi — NICOLAS MESSYASZ/SIPA
  • Michel Delpuech a été démis, lundi, de ses fonctions à la tête de la puissante préfecture de police de Paris.
  • Le gouvernement juge sa gestion du maintien de l’ordre lors des manifestations des « gilets jaunes » trop molle.
  • Ce grand préfet était sur la sellette depuis que l’affaire Benalla a éclaté, durant l’été 2018.

Expert en communication, Christophe Castaner l’assure dans les médias. Michel Delpuech, le préfet de police de Paris, n’a pas été « limogé » après les  violences commises sur les Champs-Elysées lors de l’acte 18 des «  gilets jaunes », bien qu’il ait été très critiqué sur la stratégie des forces de l’ordre ce jour-là. Non, le gouvernement a simplement décidé de « faire appel à un préfet qui a de la poigne, comme le préfet Lallement, qui doit remettre de l’ordre là où c’est nécessaire », a expliqué lundi soir le ministre de l’Intérieur sur LCI. « Un choix de management », a-t-il tenu à préciser ce mardi dans Le  Parisien.

Il n’empêche que les images de la plus belle avenue du monde saccagée par des hordes de casseurs ont fait le tour du monde. Les forces de l’ordre ont eu bien du mal, samedi, à empêcher les manifestants de piller les boutiques de luxe et à s’en prendre aux banques et kiosques à journaux. Comment expliquer une pareille débâcle ? « Des consignes ont été données en dessous du préfet de police », demandant aux agents de réduire l’utilisation des lanceurs de balles de défense, poursuit Christophe Castaner sur LCI. Des « instructions » qui ont « échappé » à Michel Delpuech.

Remplacé par un homme à « poigne »

Bref, son départ et celui de deux autres cadres de la « PP » ressemblent bien à une sanction, quoi qu’en dise le ministre. Les « gilets jaunes » n’ont pas réussi à obtenir le RIC (référendum d’initiative citoyenne), ni (pour l’instant) la tête de Christophe Castaner qu’ils réclament tant, mais celle du préfet de police. « Michel Delpuech était le patron et donc responsable de ces dysfonctionnements », souligne le syndicat Alternative Police CFDT dans un communiqué. Exit, donc, ce grand commis de l’Etat, âgé de 66 ans, arrivé en urgence à la « PP » en février 2017. Il sera remplacé en conseil des ministres par Didier Lallement, 62 ans, actuel préfet de la région Nouvelle Aquitaine. « Un geste fort », estime le syndicat Unsa police.

Il faut dire que la réputation de ce Lyonnais, diplômé de l’institut supérieur de gestion, le précède. Directeur de l’administration pénitentiaire entre 2001 et 2004 (au moment donc de la spectaculaire évasion d’Antonio Ferrara de la prison de Fresnes en 2003), secrétaire général du ministère de l’Intérieur de 2012 à 2014, doté d’une solide expérience en préfectorale, Didier Lallement est décrit comme un homme à « poigne ». Il a notamment géré la mobilisation des « gilets jaunes » à Bordeaux, qui s’est révélé rapidement être un bastion de la mobilisation. « Il ne vient pas à Paris pour vendre du muguet, ironise un officier de la gendarmerie. Il y en a certains qui vont se réveiller avec lui. »

L’héritier de Maurice Grimeaux

Récemment, le député La France insoumise de Gironde, Loïc Prud’homme, avait réclamé son départ après avoir accusé la police de l'avoir «matraqué» lors d’une manifestation non déclarée des « gilets jaunes » à Bordeaux. Le préfet - nommé le « violent » par Jean-Luc Mélenchon sur Twitter - avait immédiatement assuré les forces de l’ordre de son soutien. Saura-t-il relever le défi parisien ? « Ce n’est pas qu’une question de personne, mais d’organisation qu’il faut revoir », souligne Johann Cavallero, délégué national du syndicat Alliance.

C’est donc en raison d’une gestion du maintien de l’ordre jugée trop molle que Michel Delpuech a été remercié. Interviewé par 20 Minutes à l’occasion du cinquantième anniversaire de Mai-68, le haut fonctionnaire rappelait qu’à l’époque, « certains dans les plus hautes instances, prônaient une utilisation extrême de la force. Heureusement, cette option n’a pas prévalu ». Et le préfet de police, dans la droite ligne de Maurice Grimeaux, précisait : « Si vous êtes maître de vous, les gens en face le sentent, le respectent. Les dérapages contribuent à renforcer le camp adverse. Aujourd’hui, le principe de base, c’est de ne pas aller au contact. Les gazeuses lacrymogènes, les bâtons de défense, c’est pour tenir à distance. » Une stratégie qui a montré, samedi, ses limites.

Règlement de comptes en Macronie ?

Mais dans les arcanes de la police, son départ était pressenti depuis plusieurs semaines. « Ça ne me surprend pas », glisse Philippe Capon, secrétaire général du syndicat Unsa police. Il se murmurait même, il y a encore quelques jours, que le ministre de l’Intérieur avait décidé de se débarrasser de lui après l’intrusion de « gilets jaunes » dans le ministère de Benjamin Griveaux. Une rumeur persistante le remplaçait par l’actuel directeur général de la police, Eric Morvan. Une manière, disait-on, d’entamer une réforme de la préfecture de police - considéré comme un « état dans l’état » -, régulièrement étudiée en hauts lieux.

Au cœur de l’été dernier, Michel Delpuech avait été pris dans la tempête engendrée par l’affaire Benalla. Il lui avait notamment été reproché de ne pas avoir signalé à la justice les violences commises par l’ex-conseiller d’Emmanuel Macron, place de la contrescarpe, ou d’avoir délivré une autorisation de port d’arme à Alexandre Benalla sans en référer au ministère de l’Intérieur. Auditionné à l’Assemblée nationale, le 23 juillet 2018, le préfet de police s'était défendu comme un lion et était parvenu à sauver (provisoirement) sa tête. Jusqu’à ce lundi 18 mars 2019.