Grève des profs: «Jean-Michel Blanquer fait une crise d’autoritarisme», selon un syndicat

INTERVIEW Pour Francette Popineau, secrétaire générale du SNUipp-FSU, les enseignants de maternelle et du primaire sont remontés contre la politique éducative du gouvernement

Propos recueillis par Delphine Bancaud

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Grève des enseignants le 19 mars 2019 à Marseille.
Grève des enseignants le 19 mars 2019 à Marseille. — Boris HORVAT / AFP
  • Selon les chiffres du ministère de l’Education rendus publics à la mi-journée, 23,84 % des enseignants du premier degré sont en grève ce mardi.
  • Ils protestent notamment contre le projet de loi « sur l’école de la confiance », voté en février à l’Assemblée nationale, et contre la méthode de Jean-Michel Blanquer.

Certains profs ont fait l’école buissonnière ce mardi. Selon les chiffres du ministère de l’Education rendus publics à la mi-journée, 16,09 % des enseignants étaient en grève lors de cette ajournée de mobilisation interprofessionnelle à l’appel de plusieurs syndicats. Ceux du premier degré étant plus nombreux (23,84 %) que ceux du second degré (8,85 %) à se mobiliser. Francette Popineau, secrétaire générale du SNUipp-FSU, explique à 20 Minutes pourquoi la colère monte dans les rangs des écoles maternelle et primaire, notamment contre le projet de loi « sur l’école de la confiance », voté en février à l’Assemblée nationale.

Le ministère de l’Education évoque 23,84 % et vous de 40 % de grévistes dans le premier degré, comment pouvez-vous expliquer cet écart ?

Comme à chaque fois, le ministère veut minimiser la contestation. Mais la mobilisation des professeurs des écoles est vraiment importante ce mardi. Notamment parce que nous ne voulons pas du projet de loi Blanquer, qui ne propose rien pour faire avancer l’école, mais invente de nouveaux problèmes. Il ne résout pas les soucis de moyens, de formation d’enseignants, d’accompagnement des élèves handicapés, qui exigeraient pourtant des solutions urgentes.

Ce texte envisage la création d'« établissements publics des savoirs fondamentaux » qui regrouperaient les classes d’un collège et d’une ou plusieurs écoles environnantes. Pourquoi ce projet est-il tant décrié ?

Ce projet est une usine à gaz dont le seul intérêt est budgétaire, puisque ces fusions d’établissements vont permettre de récupérer des postes. Les écoles vont passer sous la tutelle du second degré, alors même que le premier degré possède de réelles spécificités. Pour les familles, cela risque d’entraîner une perte de lien de proximité avec le directeur d’école, puisque celui-ci ne sera plus que l’adjoint du chef d’établissement. Et on ne sait pas s’il sera à plein temps, quelles seront ses missions… Nous craignons qu’il ne puisse plus faire le même travail de coordination des équipes, d’interface avec les élus, de pilotage pédagogique… Par ailleurs, avec ce projet, certaines écoles vont fermer, ce qui va entraîner un temps de transport plus long pour beaucoup de familles, qui devront accompagner leurs enfants dans un établissement plus éloigné de chez elles.

Pourquoi l’instruction obligatoire dès 3 ans vous pose problème ?

Car presque tous les enfants qui ne vont pas à l’école maternelle résident dans les départements d’Outre-Mer. Or, dans ces territoires, le bâti des écoles est parfois très précaire, ce qui dissuade les parents d’y mettre leurs enfants. Le projet de loi ne dit pas que davantage de moyens seront donnés aux établissements ultramarins, il impose juste la scolarisation, sans prendre en compte les difficultés du terrain.

Vous reprochez aussi au ministre sa méthode…

Oui, car Jean-Michel Blanquer fait une crise d’autoritarisme et beaucoup de décisions sont prises sans prendre en compte les réalités du terrain. Lorsqu’il n’arrive pas à convaincre, il passe en force. Comme pour les évaluations en CP-CE1 : le ministère menace de sanctions les enseignants qui refusent de participer à ces évaluations dans une lettre qui a été envoyée aux recteurs. Six organisations syndicales ont d’ailleurs rendez-vous avec lui vendredi pour aborder ce sujet…

Pensez-vous que la grogne pourrait croître chez les enseignants du premier degré ?

Je le crois et nous avons déjà prévu une autre journée d’action le 30 mars.