Classement des lycées: Comment les lycées privés réussissent-ils à faire progresser leurs élèves?

EDUCATION Comme chaque année, le ministère de l’Education publie ce mercredi les indicateurs des lycées dans lesquels plusieurs établissements privés brillent

Delphine Bancaud

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Dans un lycée de banlieue parisienne.
Dans un lycée de banlieue parisienne. — A. GELEBART / 20 MINUTES
  • Certains lycées privés recrutent des élèves très moyens, les gardent jusqu’au baccalauréat et font tout pour les faire progresser.
  • C’est le cas des lycées Charles-Peguy et Notre-Dame de Sion à Paris, qui offrent un bon encadrement aux élèves, les stimulent, épaulent ceux qui sont en difficultés et les aident à s’épanouir via de multiples activités.

Bien sûr les lycées privés choisissent leurs élèves et ont un peu moins de mérite à les faire progresser que les établissements publics qui accueillent tout le monde. Il n’empêche que certains lycées privés possèdent une vraie politique d’ouverture : ils recrutent aussi des élèves très moyens, les gardent jusqu’au baccalauréat, même si leurs résultats ne sont pas terribles en seconde ou en 1ère et leur donnent les moyens de s’améliorer.

Ces établissements privés sont à l’honneur dans les Ival (Indicateurs de valeur ajoutée des lycées) du ministère de l’Education, publiés ce mercredi. « Les Ival nous apprennent la façon dont les lycées accompagnent leurs élèves jusqu’au bac, ce qu’ils leur apportent », explique Fabienne Rosenwald, directrice de l’évaluation, de la prospective et de la performance au ministère de l’Éducation nationale. « Pour chaque établissement, on calcule le taux de réussite au bac attendu au vu des profils d’élèves accueillis », ajoute-t-elle. Notamment en tenant compte de l’origine sociale des lycéens.

Pas de sélection drastique sur les notes

Parmi les lycées privés qui affichent de bons résultats dans les  Ival 2018, figurent le lycée Charles-Peguy et le lycée Notre-Dame De Sion à Paris. Ils ont tous deux obtenu 100 % de taux de réussite au bac en 2018 alors que le taux attendu était de 99 %. Avec un taux de mention de 86 %, Charles-Peguy a aussi dépassé les pronostics du ministère qui visaient 81 % pour 2018. Idem pour Notre-Dame de Sion qui affiche un taux de mention de 95 % en 2018, contre les 84 % qui étaient attendus par le ministère. Une progression qui s’explique par de multiples mesures.

Point commun à ces deux lycées privés : ils n’opèrent pas une sélection drastique sur les notes à l’entrée de l’établissement en seconde. « Je garde les élèves qui étaient déjà dans l’établissement en 6e quel que soit leur niveau et j’en accueille 80 nouveaux en seconde. Le recrutement se fait en premier lieu sur l’adhésion de nos familles à notre projet éducatif. Et je veille à la diversité de nos élèves, qui n’ont pas tous les mêmes origines sociales, ni le même niveau scolaire. D’ailleurs la participation des familles est calculée en fonction du quotient familial », explique Dominique Paillard, qui dirige le lycée Charles-Peguy.

Un suivi strict des élèves

A Notre-Dame De Sion, on n’accueille pas non plus que des premiers de la classe : « Je prends des élèves qui étaient dans la moyenne de leur classe en 3e, sachant que celle-ci varie beaucoup selon l’établissement d’origine. Mais ce qui compte le plus pour moi, c’est la marge de progression de l’élève, et ce qu’il peut apporter à l’établissement », déclare Philippe Toussaint, le chef d’établissement.

Pour tirer les élèves vers le haut, les lycées privés revendiquent leur capacité à bien encadrer les élèves. « Deux cadres éducatifs par niveau font le lien entre les enseignants, les élèves et leur famille. Ils connaissent bien les lycéens et sont capables de réagir à la moindre difficulté », explique ainsi Dominique Paillard. « Nous consacrons beaucoup de temps à l’accueil des élèves. Nous nous intéressons aussi bien à leur parcours académique qu’à leur psychologie pour établir avec eux un climat de confiance », note de son côté Philippe Toussaint. Et les élèves sont évalués très régulièrement : « ils ont des devoirs sur table chaque semaine dès la seconde et passent fréquemment des oraux », poursuit-il.

Des aides pour les élèves en difficultés

Parmi les mesures permettant aux lycéens de progresser figure l’accompagnement personnalisé des élèves. « Deux heures par semaine, les élèves bénéficient d’un accompagnement à l’orientation, d’une aide méthodologique par petits groupes ou d’un soutien scolaire. Et les élèves n’ayant pas de difficultés approfondissent leur travail », décrit Dominique Paillard. A Charles Peguy, les cours de physique chimie, SVT, maths, français, anglais sont en partie dédoublés, ce qui favorise la participation orale. Même logique à Notre-Dame de Sion : « Pour les élèves en difficulté, nous proposons des études surveillées. Et nous incitons aussi les élèves à s’entraider », indique Philippe Toussaint. Le travail à la maison est aussi conséquent, car il ne s’agit pas d’un simple travail d’application.

Parallèlement, les chefs d’établissement doivent pouvoir fédérer les équipes autour d’un projet pédagogique. « Je choisis mon équipe en fonction de sa capacité à être bienveillante tout en étant très exigeante. Nos enseignants sont aussi formés à la pédagogie différenciée et à la gestion mentale (la manière dont un enfant s’approprie un savoir) pour pouvoir s’adapter à des profils différents », explique Dominique Paillard. Même logique à Notre-Dame de Sion : « Je demande à tous les profs d’être capables de s’investir à fond auprès des élèves : ils doivent les évaluer régulièrement, être capables de réexpliquer une notion mal comprise au moment de la récréation… », précise de son côté Philippe Toussaint.

De multiples activités qui contribuent au bien-être des élèves

Pour renforcer l’implication des élèves dans leur scolarité, chacun à sa recette. A Charles-Peguy, ils peuvent assister à leur conseil de classe : « le fait d’entendre ce que les enseignants pensent d’eux est important », estime Domique Paillard. Mais la qualité d’un établissement ne repose pas uniquement sur les aspects pédagogiques. Et les élèves doivent s’engager dans un projet associatif ou humanitaire au sein de l’établissement. L’équipe pédagogique organise par exemple souvent des voyages culturels : « La motivation d’un jeune résulte aussi de la motivation d’une classe. Les voyages permettent aux élèves de s’apprécier et de prendre confiance en eux dans une collectivité », juge Dominique Paillard.

A Notre-Dame de Sion, on demande aussi aux élèves de s’impliquer de différentes manières dans l’établissement : « Il y a un club de débats, des concerts des talents, un conseil des lycéens pour améliorer leur quotidien, une activité théâtre. Ils font également des expos in situ, ils peuvent aider des associations caritatives, préparer le test de Cambridge Esol. ». Des activités qui leur donnent confiance en eux et contribuent à leur envie de s’investir scolairement…