VIDEO. Attentats dans l'Aude, un an après: La vie a repris mais les habitants ont du mal à tourner la page

REPORTAGE Il y a un an, le 23 mars 2018, quatre personnes, dont Arnaud Beltrame, perdaient la vie dans les attentats de Trèbes et Carcassone. Reportage à Trèbes avant ce triste anniversaire

Julie Rimbert

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Le Super U de Trèbes, le 15 mars 2019, où trois personnes ont été tuées le 23 mars 2018.
Le Super U de Trèbes, le 15 mars 2019, où trois personnes ont été tuées le 23 mars 2018. — Julie Rimbert
  • Le 23 mars 2019, la ville de Trèbes organise une cérémonie de commémoration, un an après l'attaque terroriste qui a coûté la vie à quatre personnes.
  • Le parvis de l'hôtel de ville va être baptisé « place de la République ».
  • A l'approche de cette date anniversaire, les habitants de Trèbes ont du mal à tourner la page.

C’est un triste anniversaire que les habitants de Trèbes, dans l’Aude, ne peuvent oublier. Le 23 mars 2018, cette commune de 5.000 habitants, va rendre hommage aux quatre personnes tombées sous les balles du terroriste Radouane Lakdim, dont trois à l’intérieur du Super U.

La mairie a prévu samedi prochain une cérémonie de commémoration à l’occasion de l’inauguration du nouveau parvis de l’hôtel de ville, qui sera baptisé place de la République. Tout un symbole pour cette ville qui a connu quelques mois après l'attaque de terribles inondations le 15 octobre 2018, faisant six morts.

Solidarité avec les victimes

« Nous avons vécu un évènement dramatique, fort en émotion dont personne ne peut sortir indemne, confie Eric Menassi, le maire de Trèbes, dont l’épouse est la directrice du Super U où s’est déroulée l’attaque terroriste. Trèbes a connu une année cruelle mais la barbarie n’a pas gagné car ma ville a toujours donné une belle image de dignité face à ces drames. Personne n’a cédé aux amalgames et la population a été exemplaire dans sa solidarité avec les victimes. Cela reste un anniversaire compliqué pour mon épouse qui a vécu cette journée funeste aux premières loges. Cela rouvre des plaies qui ne se sont jamais refermées ».

Depuis la réouverture du Super U, trois semaines après les attentats, rares sont ceux qui passent les portes du magasin sans penser aux trois victimes qui y ont perdu la vie. Françoise, la soixantaine, vient y faire ses courses une fois par semaine. « Je devais y aller le jour de l’attentat mais comme il faisait beau, j’ai finalement aidé mon mari à couper du bois. Cela m’a beaucoup marqué car je ne pensais pas qu’un tel drame pouvait arriver dans une ville comme Trèbes. J’ai eu du mal à revenir quand le magasin a rouvert mais j’estime que c’est important de continuer à vivre, de ne donner raison à ces barbares ».

Une date tatouée sur la peau

Christian a été pris en otage dans le Super U de Trèbes vendredi 23 mars 2018.
Christian a été pris en otage dans le Super U de Trèbes vendredi 23 mars 2018. - B. Colin / 20 Minutes

Christian Guibbert fait partie de ces clients qui ont échappé ce jour-là aux balles du terroriste. Alors qu’il avait déposé sa voiture au garage en face du Super U, cet ancien policier à la retraite a été faire des courses avec sa femme et sa belle-sœur.

Quand il a entendu les premiers coups de feu et les cris répétés « Allahou Akbar », il a mis ses proches et d’autres clients à l’abri, dans un frigo de la boucherie qui fermait de l’intérieur. Il est ensuite retourné dans le magasin et a prévenu les gendarmes. C’est à ce moment-là que le terroriste l’a vu et l’a visé. Mais Christian Guibbert a réussi à prendre la fuite.

« J’essaie d’occulter un peu cette date anniversaire car cela me replonge dans l’attentat, raconte cet homme de 65 ans, qui s’est fait tatouer récemment la date de l’attentat sur le poignet, surmonté de « sa bonne étoile ». Je revois le regard du terroriste, sa détermination et son envie de tuer. Je suis retourné trois fois dans le magasin mais cela m’a un peu chamboulé. Il me reste aujourd’hui beaucoup d’incompréhension face à ces gens qui tuent au nom d’une religion. A chaque attentat, comme celui de Strasbourg, cela fait remonter ces souvenirs. Mais il ne faut pas se voiler la face, cela va recommencer ».

Un avant et un après attentat

Christian Guibbert a revu récemment les victimes de cette terrible journée, quand il a été invité au tribunal de Carcassonne pour connaître les dernières avancées de l’enquête. Il a alors appris que l’arme du terroriste s’était enrayée quand ce dernier a tenté de lui tirer dessus il y a un an.

Dans le centre-ville de Trèbes, l’approche de ce funeste anniversaire est dans toutes les bouches. « Il y a un avant et un après attentat, assure Elodie, la buraliste. La vie a repris son cours mais on n’oublie pas. J’ai été marquée par le manque d’humanité de ce terroriste, capable d’emmener sa petite sœur à l’école puis d’aller ensuite faire un carnage. Ce qui a changé, c’est que l’on sait que cela peut arriver n’importe où. »

La cérémonie de commémoration et d’hommage aux quatres victimes de l’attaque du 23 mars a lieu samedi à 11 heures sur la nouvelle place de la République, sur le parvis de la mairie de Trèbes.