Nantes: Une exposition compile les remarques sexistes entendues chez les avocats

EGALITE HOMMES-FEMMES L'exposition « Paye ta robe » dénonce le « sexisme ordinaire » au sein du barreau de Nantes

Frédéric Brenon

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Un extrait de l'exposition « Paye ta robe à Nantes ».
Un extrait de l'exposition « Paye ta robe à Nantes ». — F.Brenon/20Minutes
  • L'exposition « Paye ta robe » réunit des phrases rapportées par des avocates du barreau de Nantes. Elle est visible jusqu'au 22 mars à la maison de l'avocat, à Nantes.
  • Son but est de faire réfléchir et de « faire évoluer les mentalités ».

« Les cordonniers sont les plus mal chaussés », sourit une avocate, considérant que l’adage « colle parfaitement » à sa propre profession. Malgré leur formation et la nature de leur activité, les avocats seraient en effet loin d’être exemplaires en matière de respect des droits des femmes. C’est ce que dénonce l’exposition « Paye ta robe à Nantes », visible jusqu’au 22 mars à la maison de l’avocat, sur l’île de Nantes. A travers une dizaine de panneaux illustrés, l’événement présente un recueil de phrases « réellement entendues », témoignages d’un « sexisme ordinaire » au sein du barreau.

« Qui va s’occuper des enfants ? »

Ces paroles misogynes visaient le congé maternité [« On est d’accord, tu prends une semaine ou deux semaines max de congé maternité », « Je rappelle que le cabinet rembourse l’opération de ligatures des trompes »], la conciliation entre vie personnelle et vie professionnelle [« Avocat n’est pas un métier de femmes. Qui va s’occuper des enfants ? »], le physique [« Toi, avec ton sourire, c’est sûr que tu vas attirer les clients »], ou la compétence [« Puisque c’est vous qui plaidez, j’ai déjà gagné ! »].

La parité [« En résumé, pour notre responsable de bureau, on cherche un mec catho de droite »] ou la domination [« Vous serez gentil avec elle ? Vous prendrez bien soin de ma petite Sophie ? »] font également partie des sujets propices aux dérapages récurrents.

Extrait de l'exposition «Paye ta robe à Nantes».
Extrait de l'exposition «Paye ta robe à Nantes». - F.Brenon/20Minutes

« L’idée de ces panneaux c’est qu’ils fassent réfléchir et participent à faire évoluer les mentalités, explique la dessinatrice Léna Bojko, par ailleurs auteure du blog satirique Le Dîner de la cigogne. Le problème du sexisme est connu, il ne concerne pas que le métier d’avocats, mais les changements tardent à venir. »

« Il y a probablement un enjeu de générations »

« Ces phrases auraient pu être dites il y a vingt ans mais elles sont malheureusement toujours d’actualité. C’est choquant de les lire bout à bout mais, en même temps, on y est habitué. La profession d’avocat subit beaucoup de pression, beaucoup de précarité. C’est l’une des plus touchées par les inégalités hommes-femmes, en particulier sur le plan salarial », réagit Pauline Vanden Driessche, avocate à Nantes et coorganisatrice de l’exposition.

Son confrère, Antoine Laplane, se dit « surpris » par la violence de certains propos. « Il y a des blagues de très mauvais goût. Il y a aussi des remarques réfléchies qui sont tout simplement insupportables. Il faut qu’on se libère de cette idée que les femmes sont assignées à une certaine place. » L’avocat se veut toutefois optimiste. « Il y a probablement un enjeu de générations. Je pense que les choses vont évoluer dans le bon sens. » Principal barreau du grand ouest, le barreau de Nantes regroupe quelque 1.200 avocats. Dont 60 % de femmes.