Renault Trucks: Exposés à l'amiante, 1.200 plaignants devant les prud'hommes de Lyon

JUSTICE Les prud’hommes de Lyon vont examiner ce mardi les dossiers de 1.200 plaignants qui demandent la reconnaissance du préjudice d’anxiété après avoir été exposés à l’amiante

Elisa Frisullo

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Le site de Renault Trucks à Vénissieux. Illustration.
Le site de Renault Trucks à Vénissieux. Illustration. — P.Desmazes / AFP
  • Exposés à l’amiante sur le site de Vénissieux, 1.200 ex-salariés de Renault Trucks ont saisi les prud’hommes de Lyon pour voir leur « préjudice d’anxiété » reconnu et indemnisé.
  • Le procès a lieu aujourd’hui. En raison de la forte affluence attendue, l’audience a été délocalisée dans une salle de Rillieux-la-Pape.

Pour Jean-Paul Carret, président de l’association Prévenir et réparer (Aper) comme pour les centaines d’anciens salariés du site de Vénissieux engagés dans la procédure, cette journée s’annonce « historique ». Ce mardi, les prud’hommes de Lyon vont examiner les dossiers déposés par 1.200 anciens salariés de Renault Trucks, exposés à l’amiante durant leur vie professionnelle. Un procès délocalisé à l’Espace 170 de Rillieux en raison de l’affluence attendue.

Ces plaignants, qui ont travaillé dans l’établissement de Vénissieux pour Berliet, RVI, Iveco et Renault Trucks, réclament la reconnaissance et l’indemnisation de leur « préjudice d’anxiété ». Cette procédure fait suite à un premier combat judiciaire au terme duquel, en 2016, l’Aper, les syndicats et la 525e mutuelle d’entreprise avaient obtenu le classement de l’établissement de Vénissieux en site amianté. « Après cette décision, il nous restait deux ans avant la date de prescription pour monter les dossiers des plaignants souhaitant faire valoir le préjudice d’anxiété », explique à 20 Minutes Frédéric Panetier, délégué CGT chez Renault Trucks.

30.000 euros réclamés par chaque plaignant

A la suite de la médiatisation de l’affaire et au bouche-à-oreille entre anciens collègues, 1.436 personnes se sont jointes à la procédure collective. Les cas non examinés ce mardi le seront lors d’une prochaine audience. « Toutes ces personnes ont travaillé sur le site au moins un trimestre entre 1964 et 1996, avant l’interdiction de l’amiante », ajoute le syndicaliste. Pour les anciens salariés, l’enjeu du procès est énorme et va au-delà des 30.000 euros d’indemnités réclamés par chaque salarié à Renault Trucks.

« Forcément, le fait que le préjudice subi soit indemnisé est important. Mais au-delà de cela, nous attendons que le manquement de l’employeur soit reconnu par les prud’hommes », ajoute le président de l’Aper Jean-Paul Carret, qui a passé l’essentiel de sa carrière à Vénissieux. « Entre le premier décret rappelant qu’il fallait éviter d’utiliser de l’amiante en 1964, et l’interdiction de ce matériau hautement toxique en 1996, rien n’a été fait par l’entreprise, qui était informée, pour utiliser d’autres produits et protéger les employés », ajoute Frédéric Panetier.

« Tout l’enjeu aujourd’hui, c’est qu’à travers ce procès, les employeurs et l’Etat arrêtent de jouer avec la santé des salariés, que la santé publique devienne une priorité et que l’on applique le principe de précaution. Là, c’est l’amiante, mais il y a sans doute aujourd’hui d’autres choses, comme les ondes, dont on connaît mal les effets et qui se révéleront peut-être tout aussi toxiques », poursuit-il.

« On en a vu des copains ou d’anciens collègues mourir »

Lorsqu’il évoque le préjudice d’anxiété, Jean-Paul Carret sait de quoi il parle. « Je ne vais pas vous dire que j’y pense chaque matin car j’ai des journées bien remplies, confie le retraité. Mais on en a vu des copains ou d’anciens collègues mourir. Alors, forcément, on l’a en tête. J’ai toujours en mémoire un bon collègue, ultra-sportif, en pleine forme. Il s’est mis à tousser. Les médecins ont cru que c’était un mauvais rhume. Cela fait deux ans qu’il fait des stages en chimio pour soigner un cancer ».

Ces dernières années, l’association a eu connaissance d’une vingtaine de décès d’anciens salariés, morts pour bon nombre d’entre eux de cancers bronchopulmonaires. « Mais au plus fort de l’activité, le site a accueilli jusqu’à 13.000 salariés. Il y avait un gros turn-over. Il doit y avoir bien d’autres cas qui ne sont pas remontés jusqu’à nous », explique le président de l’Aper.

Face aux plaignants, la défense de Renault Trucks devrait faire valoir ses arguments pour tenter de démontrer la non responsabilité de l’employeur dans cette affaire. Contactée par 20 Minutes, la société a fait savoir qu’elle ne communiquait pas « sur les actions juridiques en cours ».

Départs anticipés à la retraite

La reconnaissance de l’établissement de Vénissieux comme site amianté a permis à bon nombre de salariés de Renault Trucks de faire valoir leur droit à un départ anticipé à la retraite, calculé en fonction de la durée d’exposition à l’amiante. D’ici à 2035, 790 personnes devraient en bénéficier selon la CGT. En 2017 et 2018, près de la moitié des salariés concernés sont partis en retraite anticipée, selon le syndicat.