VIDEO. Crash d’un avion d’Ethiopian Airlines: Et maintenant, que va-t-il se passer pour Boeing?

ENQUETE Plusieurs experts pointent les défaillances du modèle de Boeing, le 737-8 MAX, en mettant en avant les similitudes entre le crash survenu dimanche et celui de l’appareil de Lion Air, le 29 octobre dernier

Manon Aublanc

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Un Boeing 737 MAX de la compagnie Ethiopian Airlines, le 11 février 2019 à l'aéroport d'Addis Ababa, en Ethiopie.
Un Boeing 737 MAX de la compagnie Ethiopian Airlines, le 11 février 2019 à l'aéroport d'Addis Ababa, en Ethiopie. — Ben Curtis/AP/SIPA
  • Un Boeing 737-8 MAX  d’Ethiopian Airlines, reliant Addis Abeba (Ethiopie) à Nairobi (Kenya) s’est écrasé, dimanche matin, faisant 157 morts, dont neuf Français.
  • L’avion, flambant neuf, avait été livré en 2018 à la compagnie éthiopienne et avait fait l’objet d’une révision le 4 février dernier.
  • Le 29 octobre 2018, un avion du même modèle de la compagnie Lion Air s’était abîmé en mer de Java, près de l’Indonésie, tuant 189 personnes. Une des boîtes noires avait pointé des problèmes d'indicateur de vitesse. 

Un fait rarissime dans l’aéronautique. Six mois après le crash d’un Boeing 737-8 MAX de la compagnie Lion Air, au large de l’Indonésie, faisant 189 morts, c’est un avion, du même modèle, d'Ethiopian Airlines qui s’est écrasé, ce dimanche, tuant 157 personnes. La sécurité de ce modèle, l’un des plus vendus par le constructeur américain, est désormais remise en question.

Problème technique, erreur de pilotage ou combinaison de plusieurs facteurs… Que s’est-il passé à bord de l’avion ? Si l’enquête doit permettre de déterminer les causes exactes du crash, les regards se tournent déjà vers le modèle de l’avion, un Boeing 737-8 MAX. « C’est un avion de conception ancienne qui a été modernisé génération après génération », explique Hubert Arnould, directeur d’une société de conseil spécialisée en navigabilité et sécurité aérienne, qui estime que « ce n’est pas le type Boeing 737 qui pose problème, mais la dernière "version" du modèle, le Boeing 737-8. »

Le modèle mis en cause

Difficile pour les experts d’imaginer que ces deux crashs d’un même modèle, espacés de quelques mois, ne soient une coïncidence : « On ne sait pas encore précisément ce qui s’est passé, mais ce que l’on observe, c’est que ça ressemble beaucoup à l’accident du Boeing 737-8 MAX de Lion Air. Il y a un certain nombre de similitudes. C’est le même modèle qui s’est crashé, les deux avions étaient récents, le problème est survenu dans la même phase de vol, lors de la montée, quelques minutes seulement après le décollage », détaille Hubert Arnould. « Dans les deux cas, l’équipage n’a pas compris ce qu’il se passait, n’a pas pu identifier le problème et a demandé à faire demi-tour. Les pilotes ont essayé de reprendre les commandes de l’avion mais n’ont pas réussi, car ils n’avaient pas toutes les informations à disposition ».

Pour Boeing, le coup porté est déjà dramatique. Le 737 MAX est la version modernisée du 737, le best-seller du constructeur américain, vendu à plus de 10.000 exemplaires. « Le MAX est un programme essentiel pour Boeing pour la prochaine décennie. Il représente 64 % de la production totale du constructeur jusqu’en 2032 et il a des marges opérationnelles significatives », a expliqué Michel Merluzeau, directeur de Aerospace & Defence market Analysis, à l’AFP. En janvier, 350 exemplaires du 737 MAX avaient été livrés sur les plus de 5.000 commandes enregistrées par le constructeur américain, soit un carnet de commandes équivalent à plus de sept ans de production.

Deux scénarios possibles

La suite s’annonce compliquée, pour Boeing. La Chine, l’Ethiopie et l’Indonésie ont décidé  d'immobiliser, jusqu'à nouvel ordre, tous les avions de ce modèle. L’exploitation du 737-8 MAX ne reprendra que lorsque les autorités américaines et Boeing attesteront « des mesures prises pour garantir avec efficacité la sécurité des vols », ont précisé les autorités chinoises. « Il est trop tôt pour savoir ce qui va se passer pour Boeing, mais la construction du modèle va probablement être suspendue momentanément, le temps que les experts identifient le problème et fassent les modifications nécessaires », confie un expert aéronautique à 20 Minutes, sous couvert d’anonymat.

Pour Hubert Arnould, deux scénarios sont désormais envisageables : « Si le problème n’est pas identifié rapidement, la FAA (Federal Aviation Administration), l’autorité américaine chargée des réglementations et des contrôles, peut suspendre le certificat de type pour ce modèle Boeing 737-8, ce qui veut dire que les avions en exploitation seront cloués au sol le temps que Boeing identifie le problème et le règle. » La délivrance d’un certificat de type autorise l’avionneur à produire et vendre ce type d’avion en garantissant un niveau de sécurité optimal pour les compagnies aériennes. Si le problème est clairement identifié, la seconde option, selon l’expert, c’est la publication par la FAA « d’une consigne de navigabilité dans le but de faire des inspections ou des modifications sur le modèle d’avion concerné ».

Des problèmes identifiés avant le lancement commercial du modèle

En mai 2017, peu de temps avant le lancement commercial du Boeing 737 MAX, le constructeur américain avait suspendu les vols tests, en raison d’un problème de qualité de fabrication du moteur Leap 1B produit par CFM, co-entreprise de l’américain General Electric et du français Safran. Entre 30 et 40 moteurs avaient dû être rapatriés pour être démontés et réparés.

Pour gérer la crise et rassurer les clients et les futurs passagers, l’avionneur américain a décidé de reporter la présentation de son nouvel appareil, le Boeing 777X, prévue ce mercredi.