Toulouse: Dominique Bons veut être la voix des parents de djihadistes

TEMOIGNAGE Depuis la mort de son fils en Syrie, la Toulousaine Dominique Bons fait de la prévention et de la sensibilisation contre la dérive djihadiste

J.R. avec AFP
— 
Dominique Bons, présidente de l'association "Syrien ne bouge... agissons".
Dominique Bons, présidente de l'association "Syrien ne bouge... agissons". — DR
  • Dominique Bons a fondé l’association « Syrien ne bouge agissons » après avoir perdu ses deux fils partis faire le Djihad en Syrie.
  • Pour que d’autres ne vivent pas son « échec » et empêcher d’autres départs, cette sexagénaire raconte l’histoire de son fils.
  • Alors que la question du retour des djihadistes français est débattue, elle plaide pour le rapatriement des enfants.

Elle se bat pour éviter que d’autres familles françaises ne vivent son « échec ». Dominique Bons, une Toulousaine de 66 ans, a perdu son fils en Syrie. En décembre 2013, elle apprend que Nicolas, 30 ans, s’est fait exploser lors d’un attentat contre un village chiite.

Ce décès survient quelques mois après la mort de son demi-frère Jean-Daniel, beau-fils de Dominique, lui aussi parti faire le Djihad en Syrie, la pousse à fonder en 2014 son association « Syrien ne bouge agissons » pour aider les familles qui ont vécu le même drame.

Prévenir les départs

« Je ne pouvais pas rester comme ça, j’allais mourir de chagrin. Pour le mien c’était trop tard mais je voulais essayer que cela n’arrive pas aux autres, raconte cette femme aux grands yeux bleus, adjudante à la retraite. Je ne connaissais rien au milieu associatif, j’étais totalement seule avec comme unique soutien le correspondant du journal Libération », Jean-Manuel Escarnot, décédé en janvier.

Pour sensibiliser et prévenir les départs de jeunes djihadistes français, Dominique Bons ne cache rien du parcours de son fils disparu. Absence du père après le divorce, consommation de cannabis, confrontation avec la justice, errance professionnelle, la Toulousaine n’édulcore rien quand elle s’adresse aux jeunes, livrant un vécu brut.

La question du retour des djihadistes

Après les attentats de Paris en 2015, les profils de ces djihadistes déterminés, loin du « bon garçon » perdu et manipulé, compliquent la tâche de sensibilisation de la mère de famille. Les proches des djihadistes sont alors considérés comme des « brebis galeuses » et « c’est encore plus difficile pour les familles musulmanes ».

Loin de se laisser abattre, Dominique Bons engage un nouveau combat avec la question du retour des djihadistes français et de leurs enfants, au moment où les derniers bastions de l’Etat Islamique tombent en Syrie. « Ce qu’il faut, c’est rapatrier les petits, après la justice fera le reste, souligne-t-elle. Toutefois, c’est très compliqué car dans le flot qui est parti, beaucoup ont vraiment adhéré, y compris les nanas ».

Infatigable dans sa mission de prévention contre la dérive djihadiste, elle a écrit une pièce « Chahid », signifiant « Martyr », qui redonne la voix à son fils, et qu’elle souhaiterait voir jouée et débattue dans les établissements scolaires. Une offre qui intéresse le rectorat de Toulouse.

« De toute manière, personne n’a la solution, mais au moins dire les choses, ça aide », conclut-elle.