VIDEO. Emeutes à Grenoble: «On veut que justice soit faite»... 2.000 personnes pour l'hommage à Adam et Fatih

RECUEILLEMENT Près de 2.000 personnes ont participé mercredi après-midi à la marche blanche rendant hommage aux deux adolescents décédés samedi à Grenoble

Caroline Girardon
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Près de 2.000 personnes ont pris part mercredi à la marche blanche en hommage à Adam et Fatih à Grenoble.
Près de 2.000 personnes ont pris part mercredi à la marche blanche en hommage à Adam et Fatih à Grenoble. — C. Girardon / 20 Minutes
  • Près de 2.000 personnes ont participé mercredi après-midi à la marche silencieuse en hommage à Adam et Fatih à Grenoble.
  • Les deux adolescents sont décédés à scooter samedi après avoir été pris en chasse par la police.
  • Trois nuits d'émeutes ont suivi dans le quartier Mistral.
  • Les familles des victimes ont appelé au calme.

EDIT : Des tensions sont survenues dans le quartier du Mistral quelques heures après la marche silencieuse. Au moment où nous avons publié cet article, les incidents n’avaient pas encore éclaté. Huit voitures ont été notamment incendiées mercredi soir.

De notre envoyée spéciale à Grenoble,

Sur leur tee-shirt blanc, une phrase : « Adam, Fatih, plus jamais ça ». Près de 2.000 personnes ont pris part mercredi après-midi à la marche blanche en hommage aux deux jeunes victimes, décédées à scooter samedi à Grenoble alors qu'elles étaient prises en chasse par la police.

Assises sur un banc, trois copines discutent, roses blanches à la main. Elles attendent que le cortège s’élance. Sabrina, tête voilée, détourne pudiquement son regard embué. Les victimes, elles les connaissaient « un peu ». « Ils étaient dans notre lycée », lâche-t-elle avec émotion. « Adam était un garçon attachant. Ce qui lui est arrivé, ça nous touche forcément », complète l’une de ses amies sans parvenir à finir sa phrase. Le silence s’installe. « Désolée, je ne trouve pas mes mots », s’excuse-t-elle, serrant un peu plus la fleur qu’elle a à la main.

« La solidarité, c’est la base du quartier »

Quelques mètres plus loin, Inès et Mathilde, toutes deux âgées de 16 ans, s’avancent vers la foule massée près du collège Anatole-France. Elles aussi sont venues rendre hommage aux deux adolescents, qu’elles n’avaient jamais rencontrés. « Il y a trois ans, mon grand frère a été tué dans une fusillade. Nous avions aussi organisé une marche blanche. Beaucoup de monde nous avait rejoints. J’avais été très touchée », explique Inès, sous le regard protecteur de sa camarade.

« A l’époque, nous avions reçu tellement de soutien, de solidarité, de la part des gens du quartier. J’ai envie de rendre la même chose aujourd’hui. Je les comprends », ajoute l’adolescente. Et d’insister : « On parle souvent des quartiers en mal. On ne retient que les vols, les incendies ou la violence mais ici, il y a beaucoup d’entraide. La solidarité, c’est la base du quartier. On est comme une grande famille ».

Marie-Carmen, 39 ans, mère de trois enfants, est venue avec ses deux filles. Elle n’a jamais quitté le quartier qu’elle affectionne plus que tout. « Les gens ici sont formidables. Ils ont le cœur sur la main ». Son aînée de 15 ans était amie avec Adam. Elle-même est proche du père de la victime. « C’est mon voisin », commence-t-elle. « Je trouve ça très triste. J’ai vu grandir le petit… », lâche-t-elle dans un sanglot avant que ne lui montent des larmes dans les yeux.

Marche silencieuse

« Cela me fait de la peine de voir de si jeunes vies brisées. C’était des gamins. Et comme tous les gosses, ils font des conneries », poursuit-elle. « Adam était un garçon sans histoire. Il s’est trouvé un peu au mauvais moment au mauvais endroit. Je n’ai rien contre la police mais je pense que s’il n’y avait pas eu cette pression, il ne serait pas mort », ajoute-t-elle.

Derrière une vaste banderole, la famille avance lentement, serrés les uns contre les autres. Sur le parcours, des carcasses de voitures calcinées témoignent encore des émeutes ayant éclaté les soirs précédents. Le silence règne. Le cortège s’élance en direction du lieu où les deux victimes ont perdu la vie. Dans les rangs, personne ne pipe mot. Des consignes ont été données. C’était le souhait de la famille. Les parents de Fatih, partis en Turquie enterrer leur fils, ont appelé au calme. « On veut que la justice soit faite mais pas dans la violence », précise Eline, la cousine de la victime. « On demande que les violences cessent. Cela ne servira à rien. Ils doivent désormais reposer en paix ».

Le père d’Adam qui souhaitait que son fils soit enterré dans la même tombe que son copain, peine à parler. « C’est dur », finit-il par concéder, espérant que « la justice fasse son travail ». « On a ôté la vie à ces deux enfants car ils n’avaient pas de casque. C’est comme si on me tuait car je ne mettais pas de ceinture de sécurité en voiture », lance Karim, un ami du père de Fatih. Les deux familles se sont constituées partie civile.

« Un accident »

Adam et Fatih circulaient sans casque sur un scooter de grosse cylindrée, volé et dépourvu de plaque, lorsqu’ils ont trouvé la mort samedi soir en percutant un autocar, tandis qu’un véhicule de la brigade anticriminalité les poursuivait.

Une information judiciaire a été ouverte pour éclaircir les circonstances du drame, mais le parquet évoque pour l’heure « un accident ». Les deux jeunes étaient connus des services de police pour des faits de petite délinquance.