Attaque «terroriste» à la prison d'Alençon: Comment sont pris en charge les détenus radicalisés?

PENITENTIAIRE Environ 1.200 prisonniers de droit commun ont été identifiés comme « radicalisés », en plus des 500 personnes incarcérées pour terrorisme islamiste

20 Minutes avec AFP

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Deux surveillants ont été blessés par un détenu radicalisé à Condé-sur-Sarthe.
Deux surveillants ont été blessés par un détenu radicalisé à Condé-sur-Sarthe. — SICCOLI PATRICK/SIPA

Après l’agression de deux surveillants par un détenu radicalisé à la prison de Condé-sur-Sarthe, l’une des plus sécurisés de France, c’est toute la gestion de ces prisonniers qui est remise en question. La ministre de la Justice a admis ce mercredi qu’il existait « encore des failles » dans la sécurisation de ces détenus dangereux.

Sur plus de 70.000 détenus en France, environ 500 personnes sont incarcérées pour des faits de terrorisme islamiste (TIS) et 1.200 prisonniers de droit commun ont été identifiés comme « radicalisés », a rappelé Nicole Belloubet. Des chiffres stables depuis un an, mais auxquels pourraient s’ajouter les djihadistes qui reviendront de Syrie.

Quatre mois pour les évaluer

Ces détenus ont vocation à passer par des quartiers d’évaluation de la radicalisation (QER). Dans ces quartiers, où interviennent notamment psychologues, référents religieux, conseillers pénitentiaires d’insertion et de probation (CPIP), les détenus sont évalués pendant environ quatre mois. Il existe cinq QER en France, notamment dans la prison de Vendin-le-Vieil (Pas-de-Calais), l’une des plus sécurisées de France avec celle de Condé-sur-Sarthe (Orne), où a eu lieu mardi l’attaque qualifiée de « terroriste » par la garde des Sceaux.

Début décembre, selon la direction de l’administration pénitentiaire (DAP), il restait près de 150 TIS à évaluer. Les détenus de droit commun radicalisés commenceront à être évalués en mars. « Nous avons commencé l’année dernière, nous sommes en quelque sorte dans une période intermédiaire », a déclaré la ministre ce mercredi. Etant un détenu de droit commun, Michaël C., qui a attaqué avec un couteau en céramique deux surveillants, n’était pas encore passé par un QER.

1.500 places prévues

Les TIS et les détenus radicalisés peuvent être placés, selon leur dangerosité, soit à l’isolement, soit en quartier de prise en charge de la radicalisation (QPR), soit en détention ordinaire. Mais en février 2018, le Premier ministre Edouard Philippe a annoncé que les détenus radicalisés seraient incarcérés dans des « quartiers étanches », séparés du reste de la population carcérale. A terme, 1.500 places sont prévues dans ces quartiers.

Il y a 100 places pour les détenus terroristes et radicalisés les plus dangereux et violents en quartiers d’isolement (QI). Les QPR sont réservés aux « gros profils », des cadres djihadistes, des prosélytes dont « on ne veut pas qu’ils déteignent sur le reste de la détention », selon une source pénitentiaire. « C’est une prison dans la prison », avec un très fort niveau d’encadrement, où il y a un suivi individuel pour lutter contre la radicalisation violente.

Un suivi « extrêmement attentif »

Michaël C. ne se trouvait ni en QI ni en QPR. Mais « il était traité dans un établissement qui prend en charge des profils lourds », a défendu la ministre. Il n’était « pas simple à gérer, donc il faisait l’objet d’un suivi extrêmement attentif », a assuré Nicole Belloubet.

En juin, le renseignement pénitentiaire surveillait 3.000 personnes. Il a un triple objectif : la prévention du terrorisme, la prévention du crime organisé et la sécurité pénitentiaire. Les effectifs du renseignement pénitentiaire doivent atteindre 400 personnes d’ici 2020. Mais ces dispositifs n’ont pas permis d’éviter l’attaque de Condé-sur-Sarthe.

« Il nous faut comprendre pourquoi, alors que l’on disposait de données de services de renseignement, celles-ci n’ont pas été utilisées pour affecter ce détenu dans l’un des quartiers qui aurait pu mieux le prendre en charge », a déclaré devant l’Assemblée nationale la ministre, qui a diligenté une mission de l’Inspection générale de la justice.