Avignon: Appartements, friche d’artistes et auberge de jeunesse… Une ancienne prison se transforme en lieu de vie

REPORTAGE Les travaux de réhabilitation de l’ancienne prison Saint-Anne à Avignon pour la transformer en lieu de vie ouvert ont débuté ce mercredi

Adrien Max

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Vue aérienne de la futur cour des Doms avec le palais des Papes en arrière plan à Avignon.
Vue aérienne de la futur cour des Doms avec le palais des Papes en arrière plan à Avignon. — Mairie d'Avignon
  • L’ancienne prison Saint-Anne à Avignon va être réhabilitée en lieu de vie mêlant logement, centre médical, friche d’artistes et auberge de jeunesse.
  • La municipalité a souhaité un lieu ouvert afin de redynamiser le quartier de la Banasterie, tout en poursuivant leur positionnement stratégique sur l’art et la culture.

Ils vont dormir à l’ombre des murs d’une prison. Ou plutôt d’une ancienne prison. Les travaux de réhabilitation de la prison Saint-Anne, fermée en 2003, à Avignon ( Vaucluse) ont débuté ce mercredi. Ils se concentreront pendant près de deux ans derrière ces murs d’enceinte qui en impose, niché entre le rocher des Doms et le Rhône dans le quartier de la Banasterie.

Un édifice au cœur du centre ancien où partout ressurgit le patrimoine de la cité des papes. C’est l’une des raisons pour laquelle Cécile Helle, maire d’Avignon depuis 2014, a souhaité la conservation bâtiment érigé à la fin du XVIIe siècle.

La vue extérieure de l'ancienne prison Saint-Anne à Avignon, avant sa transformation.
La vue extérieure de l'ancienne prison Saint-Anne à Avignon, avant sa transformation. - Mairie d'Avignon

« Ce quartier de la Banasterie fait partie du centre historique d’Avignon, il s’agit d’un quartier résidentiel où les animations manquaient. Nous avons voulu ouvrir ce lieu autrefois symbole de l’enfermement pour y faire venir de nouveaux habitants ainsi que des animations afin de redynamiser le quartier », explique Cécile Helle.

Avantages et désavantages patrimoniaux

Pour cela la ville a fait appel à un groupement solidaire de société dont La compagnie Immobilière d’investissement, l’entreprise Girard, filiale de Vinci, le groupe François 1er et les cabinets d’architecture Fabre & Speller et BauA. Autant de sociétés pour autant de programmes. « La cour des Doms regroupera environ 70 logements, une auberge de jeunesse de 150 lits, une crèche, un centre de santé, mais aussi une salle de coworking et une friche artistique » détaille Vincent Speller, l’un des architectes du projet.

Une réhabilitation lourde pour cette ancienne prison, qui implique forcément des difficultés. « Il faut que cette histoire dramatique liée à la prison devienne une qualité de la modernité que nous souhaitons amener au site. Tout en marquant la différence entre l’ancien et le moderne avec le choix du métal ou d’une verrière comme matériau. Il y a bien sur des difficultés patrimoniales, comme le besoin d’apporter de la lumière sans trop dénaturer l’édifice », précise l’architecte.

Un aperçu de la future cour des Doms à Avignon.
Un aperçu de la future cour des Doms à Avignon. - Mairie d'Avignon

Des difficultés patrimoniales qui offrent également des avantages, comme l’explique Christophe Bouillé, du groupe François 1er, en charge de la commercialisation des 68 futurs logements. « Au rez-de-chaussée les appartements disposeront de près de 4 mètres de hauteur sous plafond avec un accès à un jardin privatif. Au premier étage nous conservons les voûtes des anciennes cellules, et enfin au dernier étage, grâce à une surconstruction nous proposons des duplex avec vue grâce à des panneaux vitrés. Ces particularités, couplées à une offre de service conséquente, attirent les acheteurs puisque près de 40 % des logements sont déjà vendus. » Pour un prix moyen autour de 5.000 euros le m2, ce qui en fait des logements haut de gamme.

La culture, dans l’ADN de la ville

Le volet culturel et artistique de ce futur lieu a émergé naturellement selon la mairesse. « Avignon est une ville exceptionnelle et culturelle, cela fait partie de son ADN. Nous essayons de voir comment donner une dimension culturelle à chacun de nos projets. Il manquait un espace de création pour les arts plastiques, voilà qui est résolu. Et l’emplacement de la cour des Doms permet de prolonger le cheminement culturel jusqu’à ce quartier », se réjouit-elle.

Vue de la cour intérieure de la future cour des Doms à Avignon
Vue de la cour intérieure de la future cour des Doms à Avignon - Mairie d'Avignon

« J’accueille ce projet de manière très positive, il permet de gérer notre vieux patrimoine culturel. Tout en développant les arts graphiques qui étaient vraiment le parent pauvre de la ville, qui a tout misé sur le théâtre », se félicite Francis, un Avignonnais.

Françoise, Michelle et Danielle habitent toutes les trois le quartier de la Banasterie. Elles sont ravies de voir disparaître, en partie, les hauts murs d’enceinte de l’ancienne prison, avec qui elles ont toujours vécu. « Ça fait plaisir de voir ce quartier bouger, qu’il ne soit plus qu’un lieu de passage, mais aussi de vie. De voir que l’argent de la vente de la prison servira à réhabiliter d’autres rues et que la prison s’ouvre enfin sur le quartier », considère l’une. « Je suis assez sceptique, témoigne au contraire une autre. Les médecins partent du centre-ville pour des lieux plus pratiques, et beaucoup de commerces ferment leurs portes dans le centre. Pourquoi viendraient-ils ici alors que c’est très compliqué de se garer ? » Réponse au dernier trimestre de 2020, lorsque la cour des Doms sera livrée.