Plan sur les violences scolaires: Que faire pour les élèves exclus de plusieurs bahuts?

EDUCATION Ce plan discuté ce mercredi en Conseil des ministres, envisage la création de structures dédiées à ces poly exclus

Delphine Bancaud
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Une adolescente devant un établissement scolaire
Une adolescente devant un établissement scolaire — Pixabay
  • Les élèves renvoyés de plusieurs établissements cumulent des retards dans les apprentissages, des difficultés relationnelles et un sentiment de dévalorisation. Et présentent un vrai risque de décrochage.
  • Le plan contre les violences scolaires envisage la création d’établissements spécifiques pour ces polys exclus, inspirés des internats relais qui existent déjà.
  • Mais la réussite de telles structures repose avant tout sur les moyens financiers et humains qui y seront consacrés.

En 2016-2017, 23.732 élèves ont été exclus définitivement de leur établissement. Et ceux qui ont été renvoyés de plusieurs bahuts posent le plus de problème, car ils cumulent des retards dans les apprentissages, des difficultés relationnelles et un sentiment de dévalorisation.

Et bien souvent lorsqu’ils arrivent dans un nouvel établissement, ces élèves qui auraient besoin d’une attention particulière ne bénéficient pas d’une prise en charge personnalisée, faute de disponibilité des personnels éducatifs et de stratégie sur le sujet. « Il n’y a pas de processus d’accueil codifié. Chaque établissement gère ces élèves comme il le peut avec les moyens du bord », confirme Philippe Vincent, secrétaire général du SNPDEN (principal syndicat des chefs d’établissement).

Des structures dédiées pour les poly exclus

Du coup, loin de s’apaiser en intégrant un nouvel établissement, ils font souvent partie des fauteurs de troubles des collèges et lycées et certains finissent par décrocher scolairement. Le plan contre les violences scolaires qui était en discussion ce mercredi en Conseil des ministres et qui sera annoncé par le gouvernement dans les prochaines semaines, prévoit justement des mesures pour venir en aide à ces élèves poly exclus. « Elles dépendent des ministères de la Justice, de l’Intérieur, de la Santé et de l’Education et tous les arbitrages ne sont pas encore faits », explique l’entourage de Jean-Michel Blanquer à 20 Minutes.

Mais le ministre de l’Education a déjà affirmé qu’il souhaite la création de structures dédiées pour ces élèves renvoyés de plusieurs établissements. Une option suggérée par le rapport du groupe de travail chargé de réfléchir au futur plan, dont 20 Minutes s’est procuré certains extraits. Celui-ci recommande ainsi de « créer des internats tremplins pour des élèves de collèges et de lycées qui en sont à leur deuxième exclusion dans les treize régions académiques ».

Une démarche volontaire pour s’inscrire

Selon le rapport, « l’internat apparaît comme condition de la réussite du dispositif. La rupture momentanée des élèves avec leur famille, leur groupe social ou leur environnement effectif est censée permettre un travail de recadrage comportemental, base d’une poursuite de scolarité avec une remise à niveau ».

« Ces structures fonctionneraient sur le principe des internats relais créés en 2014 et qui accueillent des jeunes exclus pour violences. Il en existe 10 aujourd’hui. Il s’agirait de les développer pour en avoir un dans chaque académie », explique à 20 Minutes le député LREM Stéphane Testé, coauteur du rapport. « Les élèves volontaires de 12 à 18 ans y seraient accueillis en effectif réduit sur la base du volontariat et d’un contrat formalisé avec leur famille. Les jeunes pourraient y être admis pour des périodes variables, en fonction de leurs besoins et avant qu’ils retournent dans un établissement classique. L’objectif est de les resocialiser et d’éviter qu’ils décrochent », poursuit le député.

L’échec des ERS reste gravé dans les mémoires

Une perspective qui séduit plutôt les chefs d’établissements : « Toute réponse qui permet de garder ces jeunes dans un dispositif éducatif est positive », indique ainsi Philippe Vincent. Du côté de la rue de Grenelle, on se montre aussi enthousiaste, en se référant à l’efficacité des internats relais : « Ils permettent à ces élèves de bénéficier d’un accompagnement individualisé renforcé avec un éloignement du lieu de vie habituel jusqu’à la reprise d’un parcours de formation ». Cependant, certaines questions demeurent sur ces structures. Notamment si on se réfère aux dispositifs développés dans le passé pour répondre à cette problématique des élèves poly exclus et qui n’ont pas été probants.

Ainsi, sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy avaient été créés les établissements de réinsertion scolaire (ERS), qui accueillaient des élèves perturbateurs de 13 et 16 ans. Ils avaient été supprimés en 2014 par le gouvernement Hollande. Selon le rapport du groupe de travail chargé de réfléchir au futur plan contre les violences scolaires, l’échec des ERS était dû au fait qu’ils accueillaient des élèves aux profils très différents, et pas uniquement des polys exclus : « Dès lors les ERS se sont trouvés au carrefour de problématiques éducatives, sanitaires, judiciaires et sociales, ce qui a gravement complexifié la prise en charge de ces publics ». Par ailleurs, certains ERS étaient plus axés sur la discipline que sur les aspects pédagogiques. « Fort de ce constat, il est nécessaire que les internats relais accueillent des jeunes ayant la même problématique de départ », insiste Stéphane Testé.

L’argent, le nerf de la guerre

Reste à savoir aussi si les pouvoirs publics mettront suffisamment de moyens dans ces structures. « Car pour qu’elles soient efficaces, il faut qu’elles soient dotées d’équipes pluridisciplinaires (enseignants, travailleurs sociaux, personnels de santé…) et d’équipements sportifs et artistiques pour éviter les temps libres trop importants », estime Philippe Vincent. Et les arbitrages financiers entre les ministères pourraient d’ailleurs faire partie des raisons du retard à l'allumage de ce plan contre les violences scolaires, attendu depuis plusieurs semaines…