Accusations d'agressions sexuelles chez les jeunes du PCF: «Ce n’est pas du tout le mythe du violeur inconnu»

TEMOIGNAGES Ce week-end, deux jeunes femmes ont décidé de raconter publiquement, sur Twitter, les agressions sexuelles et les viols qu’elles affirment avoir subis, dénonçant également l’inaction de leurs organisations

Manon Aublanc

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Les délégués du Parti communiste français réunis pour leur conférence nationale. (Illustration)
Les délégués du Parti communiste français réunis pour leur conférence nationale. (Illustration) — AFP

Plusieurs jeunes femmes, appartenant au Mouvement des jeunes communistes (MJCF) ou à l’Union des étudiants communistes (UEC), les branches jeunesse du Parti communiste français (PCF), ont affirmé, la semaine dernière, avoir été victimes d’agressions et de violences sexuelles. Deux d’entre elles, Léa Tytéca et Mathilde Beuscher, ont décidé de livrer leurs témoignages, à visage découvert, ce mercredi, aux journalistes de l’Humanité.

Ce week-end, les deux jeunes femmes, toutes deux membres du MJCF et du PCF, ont décidé de raconter, sur Twitter, les agressions sexuelles et les viols qu’elles indiquent avoir subis, dénonçant également l’inaction de leurs organisations : « Nous avons tout essayé, mais rien n’a bougé avant que nous nous mettions à témoigner publiquement sur les réseaux sociaux », explique Mathilde Beuscher, 25 ans, fonctionnaire au ministère de la Culture, avant d’ajouter : « J’ai le sentiment que beaucoup, y compris chez les communistes, ne comprennent pas à quel point le viol est grave. C’est aussi pour raconter cela que nous avons tenu à parler publiquement. »

« Je n’ai pas raconté ça dans mes premiers témoignages, à cause de la honte »

En février 2017, Mathilde se rend à Angers pour l’anniversaire d’un ami militant et dort dans son lit. « Il me prend la main pour que je le masturbe. Je résiste mais il pousse plus fort, je réussis à enlever ma main. Je lui ai dit non, du coup il essaye de me masturber moi. J’avais les cuisses fermées mais il a forcé le passage. Il m’a attouchée mais j’ai enlevé sa main. Je n’ai pas raconté ça dans mes premiers témoignages, à cause de la honte, mais, voyant que je n’avais toujours pas envie de coucher avec lui, il m’a fait un cunnilingus », raconte la jeune femme. Plusieurs mois après, elle le confronte : « Il me dit qu’il ne se souvient pas mais qu’il me croit, que c’est un viol, qu’il ne mérite pas d’être communiste, qu’il est dangereux et va disparaître. »

Mais celui qu'elle décrit comme son agresseur ne part pas et Mathilde continue de le croiser régulièrement. La jeune femme se confie à d’autres militants et se fait traiter « de menteuse ». Pendant ce temps-là, lui gravit les échelons et devient permanent au sein du parti. La jeune femme tombe en dépression et se fait hospitaliser. En mai 2018, Mathilde alerte par mail une responsable locale du PCF. Elle n’obtient pas de réponse, mais apprend que le contrat de travail de l'individu n’est pas renouvelé. « Aujourd’hui, je voudrais d’abord qu’on me croie à la JC et au PC avant de porter plainte, j’ai besoin d’un environnement où je ne suis pas prise à partie », confie-t-elle.

« Ce n’est pas du tout le mythe du violeur inconnu »

Léa Tytéca, militante et élue au bureau national de l’Union des étudiants communistes (UEC), a, elle aussi, décidé de témoigner sur Twitter. La jeune femme connaissait celui qu'elle présente comme son agresseur, un « élu municipal dans une ville importante du Loir-et-Cher », et affirme avoir été violée à l’âge de 19 ans.

« Ce n’est pas du tout le mythe du violeur inconnu. Nous militions ensemble, je l’aimais bien même, on était amis », raconte-t-elle. En juillet 2016, la jeune femme tient le bar de l’UEC, à Paris. Léa accepte de raccompagner le jeune homme à son auberge de jeunesse. « Il n’arrêtait pas de me dire “je vais te baiser” et d’essayer de m’embrasser, moi je lui disais non, on aurait dit un autre gars, j’avais très peur », poursuit-elle, avant d’expliquer avoir été violée.

Léa recroise son cet homme quelques semaines plus tard qui explique ne pas se souvenir de la soirée. Comme Mathilde, la jeune femme tombe, elle aussi, en dépression et décide d’en parler un an plus tard. « Personnellement, je ne pensais pas m’exposer au viol en prenant ma carte… Ce qui est fou, c’est qu’en tant que femme, tu culpabilises de faire perdre un cadre à l’orga, alors que toi aussi, tu es quelqu’un de précieux », déplore-t-elle. Le jeune militant est discrètement évincé du MJCF par la direction.

« Selon la version officielle, il est parti de lui-même, moi j’aurais voulu que ce soit dit publiquement », confie Léa. Lundi soir, le PCF a annoncé, dans un communiqué, la « suspension de ses droits d’adhérent » et a demandé au jeune homme de démissionner de son mandat électif.