Voici 1.600 ans, ils faisaient de Toulouse leur capitale... Mais qui étaient les Wisigoths?

HISTOIRE L’association « Toulouse Wisigothique » ravive le souvenir d’une époque très lointaine et d’un peuple méconnu du grand public

Nicolas Stival

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Cette plaque-boucle retrouvée à Toulouse remonte à la fin du Ve ou au début du VIe siècle, lorsque les Wisigoths avaient fait de cette ville leur capitale.
Cette plaque-boucle retrouvée à Toulouse remonte à la fin du Ve ou au début du VIe siècle, lorsque les Wisigoths avaient fait de cette ville leur capitale. — Musée Saint-Raymond
  • Samedi, une journée de conférences gratuites aura lieu à Saint-Pierre-des-Cuisines, pour évoquer Toulouse au temps des Wisigoths.
  • Arrivé voici 1.600 ans, ce peuple de Germains orientaux a fait de la ville la capitale d’un vaste royaume jusqu’en 507 et la défaite face aux Francs.

C’est le premier événement d’envergure organisé par l’association « Toulouse Wisigothique », née en octobre 2017. Samedi, de 10 h à 18 h, l’auditorium de Saint-Pierre-des-Cuisines accueillera une journée de conférences gratuites, pour marquer le 1.600ème anniversaire de l’avènement de la ville comme capitale des Wisigoths (prononcez « vizigo »).

Malgré un nom qui « claque », l’histoire de France a relégué au second plan ce peuple de Germains orientaux, au profit des Francs de Clovis, fondateur de la dynastie mérovingienne. Pourtant, Théodoric Ier et ses descendants ont contrôlé pendant près d’un siècle un immense territoire qui, dans les années 470, s’étendait de la Loire au détroit de Gibraltar.

Maître de conférence en archéologie de l’antiquité tardive (IVe-Ve siècles) à l’université Jean-Jaurès, mais aussi secrétaire générale de « Toulouse Wisigothique », Emmanuelle Boube nous aide à y voir plus clair.

Wisigoths, d’où venez-vous ?

A l’époque, le GPS n’existait pas. Avant d’arriver à Toulouse, les Wisigoths ont suivi un chemin très long et tortueux, depuis les rives de la Baltique (Scandinavie ou Pologne), dès les Ier et IIe siècles de notre ère, en passant par le nord-ouest de la mer Noire.

Une plaque-boucle de l'époque des Wisigoths à Toulouse, conservée au musée Saint-Raymond.
Une plaque-boucle de l'époque des Wisigoths à Toulouse, conservée au musée Saint-Raymond. - Musée Saint-Raymond

Inutile de fantasmer sur une supposée pureté ethnique des « cousins » des Ostrogoths, avec lesquels ils formaient la famille des Goths et dont ils se sont séparés vers le IIIe siècle. « Au fil du temps, à la suite d’alliances, la composition de ce peuple devient plus complexe, il se transforme en une sorte de fédération de peuples », indique Emmanuelle Boube.

L’arrivée brutale des Huns, débarqués sans prévenir des steppes d’Asie centrale vers 375, chamboule la donne. Effet domino garanti : les Wisigoths demandent asile dans l’Empire et, après quelques décennies en Dacie (l’actuelle Roumanie), mettent le cap à l’ouest.

Comment sont-ils arrivés à Toulouse ?

Avis aux amateurs d’uchronie : que serait devenue Toulouse (environ 20.000 ou 25.000 habitants à l’époque) si les Wisigoths avaient réussi à passer en Afrique du nord, leur premier objectif, depuis le sud de l’Italie ? L’échec de leur tentative évite aux historiens de se poser la question. Nous sommes alors après 410, date du sac de Rome par le roi Alaric Ier, qui consterne les contemporains.

Chrétiens depuis le IVe siècle (version arienne), les Wisigoths remontent vers la Gaule en 412-413. Ils prennent leurs quartiers à Toulouse – non sans un dernier détour par l’Espagne – quelques mois avant le début du règne du grand Théodoric (419-451). « Les raisons de leur installation sont peu connues, mais c’était sans doute pour pacifier une partie de la Gaule », note Emmanuelle Boube.

Pas de passage en force : un traité (foedus) a été passé avec l’empereur romain d’Occident Honorius. « Le peuple fédéré conserve son roi, ses coutumes et reçoit la jouissance de terres. Il donne en échange sa force armée à Rome. » Gagnant-gagnant ? Pas vraiment. De plus en plus puissants face à un pouvoir romain en déliquescence, les Wisigoths parviennent à une indépendance de fait vers 470, sous le règne d’Euric.

Quelles traces ont-ils laissées dans la ville ?

La victoire du Franc Clovis sur Alaric II, tué lors de la bataille de Vouillé en 507, sonne le glas du royaume de Toulouse. Lequel aura laissé peu de traces malgré près d’un siècle d’existence et la succession de cinq rois. Le temps a fait son œuvre et, surtout, les Wisigoths n’étaient pas des bâtisseurs. « Les peuples de l’époque des migrations empruntent le plus souvent le cadre de vie romain, ses espaces et ses édifices », observe Emmanuelle Boube.

Dans les années 1980, sous l’hôpital Larrey, les fondations d’un grand bâtiment sont retrouvées, interprétées comme celle du palais des rois goths. « De l’église de la Daurade à celle de Saint-Pierre-des-Cuisines, nous sommes au cœur du quartier du pouvoir royal wisigoth du Ve siècle », développe l’historienne. En 2011, des fondations de la même période perceront sous le chantier de l’école d’économie, à l’Arsenal.

Quelques autres témoignages de l’époque ont été mis à jour, dans des tombes : essentiellement des parures métalliques (fibules, plaques‐boucles). C’est le cas, près de Toulouse, à Seysses et au Vernet. Ou bien, toujours dans le territoire de l’Aquitaine antique, à Saint-­Laurent­‐des­‐Hommes (Dordogne), Blanzac-Porcheresse (Charente) et Pezens (Aude).

Le souvenir persiste aussi dans certains noms de lieux comme Villegoudou (à Castres dans le Tarn) ou Goudourville (village du Tarn-et-Garonne), des toponymes dérivés du latin « villa gothorum ». Souvent oubliés en France, les Wisigoths le sont beaucoup moins en Espagne, où leur royaume de Tolède ne disparaîtra qu’en 711, après l’invasion arabe.